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TRAITÉ THÉOLOGICO-POLITIQUE, Baruch Spinoza Fiche de lecture

Baruch Spinoza

Baruch Spinoza

Spinoza (1632-1677) commence sans doute la rédaction du Tractatus theologico-politicus (TTP) en 1665, à cause, écrit-il dans une lettre, des théologiens qui le traitent d'athée. Il entreprend donc de critiquer leurs préjugés et de défendre la liberté de philosopher. Il est conduit pour ce faire à aborder les sujets les plus brûlants dans les conflits politiques et religieux aux Pays-Bas, qui sont pourtant alors le pays le plus tolérant d'Europe : l'interprétation de l'Écriture sainte, la croyance aux prophètes et aux miracles, la légitimation de l'État, les rapports entre État et Église, le degré de liberté que le souverain doit accorder aux Églises et aux individus. L'ouvrage paraît anonymement en 1670. Il déchaîne aussitôt une vague de polémiques et de dénonciations. Six ans plus tard, Spinoza entreprend de le compléter par des notes (Adnotationes) en vue d'une nouvelle édition, interrompue par sa mort en 1677. Le livre avait été officiellement condamné par la cour de Hollande en 1674, en même temps que le Léviathan de Hobbes, La Philosophie interprète de l'Écriture sainte de Louis Meyer et un recueil de textes sociniens.

Une exégèse de la Bible

Le sous-titre l'indique : il s'agit de montrer que la « liberté de philosopher » n'est nuisible « ni à la piété ni à la paix et à la sécurité de l'État », mais qu'elle leur est au contraire indispensable. Il faut donc prendre le contre-pied des arguments usuels, qui voient dans cette liberté un germe d'impiété et de discorde civile. Les quinze premiers chapitres traitent la question théologique en s'appuyant sur la Bible, admise comme fondement de la piété ; les cinq derniers abordent la partie politique, à partir d'une théorie du contrat social, reconnue comme légitimation de l'État. Mais dans les deux cas, l'analyse va subvertir les conceptions courantes des deux principes dont elle se réclame.

La lecture de l'Écriture s'appuie sur le principe, hérité du calvinisme, « scriptura sola » (l'Écriture s'interprète seulement par elle-même, et non pas par des commentaires issus de la tradition, ni par l'autorité d'un magistère), mais Spinoza n'a recours à ce principe que pour établir le sens du texte ; en ce qui concerne sa vérité, c'est la Raison qui juge. Encore l'étude de l'« Écriture seule » entreprend-elle surtout de montrer que les différents livres de la Bible ne peuvent avoir été écrits par les personnages auxquels on les assigne traditionnellement : Moïse n'est pas l'auteur du Pentateuque, Josué du Livre de Josué, etc. C'en est donc fini de la confusion entre autorité et authenticité. Quant aux prophètes, Spinoza ne les considère ni comme des esprits supérieurs en intelligence, comme le font les théologiens, ni comme des imposteurs politiques, comme le pense le courant libertin : ce sont plutôt des hommes à l'imagination vive, émus par la justice et la charité, qui les prêchent de façon communicative mais sans arguments démonstratifs ; la compréhension de ce qu'est la révélation prophétique renvoie donc d'abord à la différence entre entendement et imagination. Rien dans les sources de la piété ne s'oppose alors à la liberté de philosopher (c'est-à-dire de penser sur Dieu, la physique ou l'État) puisque celle-ci est issue de l'entendement, que la piété ne concerne pas.

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Écrit par

  • : professeur des Universités à l'École normale supérieure des lettres et sciences humaines

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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