THINK TANKS

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Origines du phénomène

Il y a encore discussion sur la genèse des think tanks. Si l'on accorde volontiers qu'il s'agit plutôt d'un phénomène anglo-américain, d'aucuns repèrent son émergence aux États-Unis au milieu du xixe siècle, alors que d'autres considèrent que les Britanniques en ont la primeur. De toute manière, une des premières organisations qui a opéré comme un think tank moderne et sans aucun doute la première qui put revendiquer une vraie influence sur les décideurs publics est la Sociéte fabienne britannique. Elle est fondée en 1884 avec l'ambition d'opérer une « perméation » du champ politique par les idées qu'elle défendait et que ses adhérents contribuaient largement à diffuser. Si aujourd'hui on associe à juste titre cette société toujours existante au Parti travailliste britannique, l'ambition originelle des ses fondateurs, Sidney et Beatrice Webb et George Bernard Shaw, entre autres, était de mener en faveur de la vision fabienne du changement social un travail de conversion intellectuelle auprès de tous les partis britanniques existants. Cette vision se voulait progressiste, en rupture avec le marxisme naissant car les Fabiens croyaient à la possibilité de réformer le capitalisme par des changements graduels, cumulatifs et acquis par la voie parlementaire, et accordaient une importance essentielle à la fois au rôle des experts dans la transformation sociale et à celui de l'État, que les Fabiens considéraient comme un outil neutre pouvant être mis au service de leur vision du progrès. On voit là ce qui va devenir, au cours de la première moitié du xxe siècle, le socle idéologique des travaillistes britanniques : réformisme, gradualisme et étatisme.

La Société fabienne fait cependant exception dans ce qu'il est convenu d'appeler la première vague de création de think tanks aux États-Unis et en Europe, dans la mesure où ses visées idéologiques et politiques sont assez saillantes et déterminent largement le type de démarche qu'elle entreprend. Ainsi, les principales personnalités de la Société fabienne abandonnent assez rapidement leur démarche trans-parti et n'hésitent pas à afficher leur soutien au seul parti travailliste : Sidney Webb sera d'ailleurs un des co-auteurs de la nouvelle constitution du parti en 1918, dont le quatrième article affirme clairement que le but est d'œuvrer à la « propriété commune des moyens de production, de distribution et d'échange ».

Par contraste, pendant la première moitié du xxe siècle, au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la grande majorité des think tanks affichent une neutralité politique, même si celle-ci n'est pas toujours rigoureusement respectée dans les faits, et mettent en avant leur expertise dans tel ou tel domaine de la politique publique plutôt que leurs convictions ou leurs accointances politiques. On voit ainsi apparaître, aux États-Unis et en Europe, des organismes de recherche indépendants spécialisés dans l'analyse des relations internationales. Ils viennent étayer une expertise gouvernementale considérée comme insuffisamment développée, défaillante ou trop contrainte par les contingences conjoncturelles. On peut citer ici, pour le Royaume-Uni, le Royal Institute of International Relations, appelé aussi Chatham House, fondé en 1920, ou l'American Institute of International Relations aux États-Unis, qui deviendra en 1920 le Council on Foreign Relations (C.F.R.) : ces deux instituts vont servir de modèle pendant plusieurs décennies à leurs homologues dans d'autres pays. Pendant la période de l'entre-deux-guerres on voit donc proliférer ces organismes spécialisés en affaires internationales au sein de l'Empire britannique – au Canada (1928), en Afrique du Sud (1934), en Inde (1936), en Nouvelle-Zélande (1938) – et en Europe, où sont fondés l'Institut pour les études de politique internationale en Italie (Istituto per gli studi di politica internazionale, I.S.P.I., 1933) ou le Centre d'études de politique étrangère français (C.E.P.E., 1935). Tous ces instituts ont en commun une posture de neutralité politique – même si dans le cas du C.F.R. et de Chath [...]

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FABIAN SOCIETY ou SOCIÉTÉ FABIENNE

  • Écrit par 
  • Roland MARX
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Les « Fabiens » constituent depuis 1884 le plus célèbre club de pensée socialiste en Angleterre . Gros de quelques centaines de membres dans les années 1890, il en compte 2 462 en 1909, dont plus de la moitié sont des Londoniens. Ce nombre a plus que doublé à notre époque. Depuis sa naissance, on y a vu figurer la plupart des grands intellectuels de gauche, à commencer par G. B. Shaw et les Webb, […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Keith DIXON, « THINK TANKS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/think-tanks/