GUILLEM SYLVIE (1965- )

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Une volonté d'ouverture

En France, les rancunes sont tenaces contre Sylvie Guillem, suite à son départ de l’Opéra de Paris, lui reprochant de trop se disperser. C'est ne pas comprendre la force de son exigence artistique. Après les grands rôles romantiques, elle diversifie ses expériences.

Après un premier film avec le Suédois Mats Ek, Wet Woman, pièce courte, âpre, haletante, une chaîne de télévision française donne carte blanche à Guillem pour la nuit de la Saint-Sylvestre 1995. Pour cette émission, intitulée « Evidentia », elle demande à William Forsythe de danser en solo tandis que Jonathan Burrows (ex-danseur du Royal Ballet et chorégraphe d'avant-garde minimaliste) écrit pour elle un solo Yellow Blue et que Mats Ek crée le duo Smoke qui souligne la sensualité de la danseuse.

En 1998, à la demande de Jorma Uotinen, alors directeur du Finish Ballet d'Helsinki, Sylvie Guillem donne sa version chorégraphique de Giselle qu'elle débarrasse de son imagerie conventionnelle pour rendre plus vivant le peuple des villageois. La même année, elle songe à composer un répertoire personnel et reprend La Danse d'été et La Danse de la sorcière de Mary Wigman, ballets réunis sous le nom de Classic Instinct. La rencontre, en 2003, avec le jeune chorégraphe Russell Maliphant déclenche une collaboration fructueuse : Broken Fall et Two en 2004 donnent une dimension différente à Sylvie Guillem, qui poursuit dans cette voie en 2006 avec le danseur Akram Khan pour Sacred Monsters, sur des rythmes kathak (une danse classique du nord du Bangladesh). En 2009, Sylvie Guillem crée, avec Robert Lepage et Russell Maliphant, Eonnagata. Ce spectacle (sur l’androgynie autour du chevalier d’Éon) brouille les frontières entre la danse et le théâtre et puise dans la technique de l’onnagata du théâtre japonais kabuki une représentation stylisée de personnages féminins jouées par des acteurs.

En octobre 2011, elle crée, à Londres, 6 000 miles away, spectacle qui tire son nom de la distance qui sépare cette ville britannique du Japon. Par ce titre, elle rend hommage aux victimes de la catastrophe de Fukushima (mars 2011). Cette œuvre réunit deux créations – Rearray de William Forsythe (créée pour elle et Nicolas Le Riche) et Bye de Mats Ek (solo créée pour elle) – ainsi qu’un duo de Jiří Kylián pour Aurélie Cayla et Lukas Timulak (deux ex-solistes du Nederlands Dans Theater de la Haye). Ce même mois, elle se rend au Japon et se produit dans huit villes dont Iwate et Iwaki, proches de Fukushima. Heureuse de s’engager, elle baisse son cachet et reverse le quart à des associations pour les orphelins et les animaux. Mais comme ce pays est aussi le plus grand pourfendeur des baleines, Sylvie Guillem impose qu’un stand de l’organisation internationale Sea Sherpherd conservation society (vouée à la protection des océans) soit installé dans les théâtres où elle se produit. 6 000 miles away a ensuite été repris dans plusieurs villes du monde dont Singapour et Paris.

Très vite reconnue comme un monstre sacré, danseuse incomparable tant par sa technicité que par son exigence artistique, Sylvie Guillem s'inscrit dans la lignée des grands, comme Noureev ou Barychnikov, avides d'ouverture. Celle qui confia à une journaliste qu'elle aimerait être le noir et le feu reste l'une des figures les plus captivantes de la danse – impulsive, rebelle et vibrante.

En 2015, l’année de ses cinquante ans, Sylvie Guillem met fin à sa carrière après trente-neuf années passées à danser. Sa longue tournée mondiale d’adieux, qui a débuté à Londres en mai 2015, s’est achevée au Japon le 31 décembre. Dans plusieurs villes du monde (dont Paris en septembre), elle a présenté son dernier programme intitulé Life in progress qui comprend une création d’Akram Khan, Techné, un duo de Russell Maliphant, Here and After (qu’elle interprète avec Emanuela Montanari, danseuse de la Scala de Milan), et Bye, pièce que Mats Ek avait créée spécialement pour elle en 2012.

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LE RICHE NICOLAS (1972- )

  • Écrit par 
  • Jean-Claude DIÉNIS, 
  • Agnès IZRINE
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Dans le chapitre « Un danseur classique très contemporain »  : […] À compter de ce moment, Nicolas Le Riche enrichit son répertoire, à la fois à travers les prises de rôle et les créations. Parmi celles-ci, on retiendra Camera obscura de Roland Petit (1994), Sylvia de John Neumeier (1997) où le chorégraphe américain met à mal l'imagerie mythologique, Casanova d'Angelin Preljocaj (1998), le subtil Doux Mensonges (1999) de Jiri Kylian, Appartement de Mats Ek où […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Bernadette BONIS, Jean-Claude DIÉNIS, Agnès IZRINE, « GUILLEM SYLVIE (1965- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sylvie-guillem/