SPORTL'année 2002

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Jeux Olympiques d'hiver : émotions, exploits et polémiques

Du 8 au 24 février 2002, c'est avec une certaine inquiétude que le monde du sport a tourné ses regards vers Salt Lake City, théâtre des XIXes jeux Olympiques d'hiver. En effet, la métropole des mormons n'avait obtenu l'organisation de ces Jeux que grâce à la corruption de plusieurs membres du C.I.O. Et surtout, il s'agissait là du premier événement de cette ampleur organisé aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001. La crainte d'actions terroristes hantait bien sûr les esprits, mais une autre inquiétude existait : que des mesures de sécurité trop drastiques viennent gâcher la fête et que, dans ce contexte, le patriotisme des Américains ne s'exacerbe en chauvinisme. Finalement, les dispositifs de sécurité furent bien acceptés. On retiendra avant tout de ces Jeux l'émotion et les exploits de grands champions, malgré diverses polémiques.

Dès la cérémonie d'ouverture, suivie en direct par 2,5 milliards de téléspectateurs, le ton était donné, avec l'entrée dans le stade du drapeau de Ground Zero, retrouvé dans les ruines du World Trade Center, et ouvrant le défilé de quelque 2 400 sportifs représentant 77 pays ; les 52 000 spectateurs ont ensuite réservé un accueil triomphal aux hockeyeurs américains (les auteurs du « miracle de la glace »), vainqueurs en 1980 à Lake Placid de leurs adversaires soviétiques, en pleine guerre froide, qui embrasèrent collectivement la vasque olympique. L'Amérique avait ainsi rappelé au monde sa douleur et réaffirmé sa puissance. Le sport pouvait reprendre ses droits.

Dès le 12 février, les Jeux proposaient un grand moment d'émotion : la Française Carole Montillet, porte-drapeau de sa délégation lors de la cérémonie d'ouverture, encore marquée, comme toute l'équipe, par le décès de son amie Régine Cavagnoud, remportait la descente, alors qu'elle ne s'était jamais imposée dans la discipline en Coupe du monde. Ce succès lui vaudra d'être élue « champion des champions français » en fin d'année par le quotidien L'Équipe. Émotion encore le 15 : en snowboard, la Française Isabelle Blanc, en pleurs à Nagano car elle avait manqué la dernière porte du slalom géant alors qu'une médaille lui semblait promise, prenait une éclatante revanche en dominant en finale sa compatriote Karine Ruby. Le 20, l'Américain Jim Shea, vainqueur de la compétition de skeleton, apportera lui aussi son lot d'émotion, en dédiant son succès à son grand-père, Jack Shea, double champion olympique de patinage de vitesse en 1932, décédé un mois auparavant. Plus cocasse fut l'émotion de l'Australien Steven Bradbury, vainqueur du 1 000 mètres en short-track en raison de la chute collective de ses quatre concurrents ! Et comment ne pas évoquer celle de Wayne Gretzky, le célèbre hockeyeur canadien, devenu le coach de l'équipe nationale, qui, en battant les États-Unis (5-2) en finale, se voit couronnée championne olympique pour la première fois depuis 1952, après un demi-siècle d'attente ?

Ces XIXes jeux Olympiques d'hiver furent surtout marqués par d'immenses champions, qui auront dominé leur discipline comme rarement. En biathlon, le Norvégien Ole Einar Björndalen a remporté les trois épreuves individuelles inscrites au programme ainsi que le relais. La dimension de cet exploit prend encore plus de relief si l'on sait que, dans cette discipline mariant ski de fond et tir, toute cible manquée peut instantanément coûter plusieurs places. En combiné nordique, le Finlandais Samppa Lajunen s'est également imposé dans toutes les épreuves (les deux compétitions individuelles et le relais). En ski alpin, la Croate Janica Kostelic, diminuée par une blessure durant toute la saison, a d'abord remporté le combiné. Elle a ensuite obtenu une surprenante médaille d'argent lors du super-géant alors qu'elle est surtout une spécialiste des épreuves techniques, avant de priver la Française Laure Pequegnot, pour 7 centièmes de seconde, de la médaille d'or en slalom et, enfin, d'écraser ses rivales lors du slalom géant. Toujours en ski alpin, le Norvégien Kjetil Andre Aamodt, vainqueur du combiné et du super-géant, porte à dix-sept le total des médailles qu'il a obtenues lors des jeux Olympiques ou des Championnats du monde – un record. En saut à skis, le duel annoncé entre le Polonais Adam Malysz, leader de la Coupe du monde, et l'Allemand Sven Hannawald a été arbitré par le jeune Suisse Simon Ammann, qui s'est imposé lors des deux concours individuels, lui qui n'avait encore jamais connu le succès en Coupe du monde.

Ces Jeux furent aussi secoués par le « scandale » du patinage artistique, monté en épingle par les médias nord-américains : lors de l'épreuve par couple, le 11 février, le jury avait accordé la victoire (par 5 voix contre 4) aux Russes Berezhnaïa-Sikharulidze plutôt qu'aux Canadiens Sale-Pelletier, mécontentant le public ; la Française Marie-Reine Le Gougne fut accusée d'avoir voté en faveur des Russes à la suite de « pressions ». Jacques Rogge, président du C.I.O., décida, sur proposition du président de la Fédération internationale de patinage (I.S.U.), Ottavio Cinquanta, d'attribuer deux médailles d'or. Un jugement de Salomon qui aura au moins le mérite d'obliger l'I.S.U. à réformer complètement le système de notation.

Et, bien sûr, il faut évoquer les cas de dopage : le fondeur espagnol Johann Mühlegg, contrôlé positif au darbepoetin alfa, une hormone peptidique apparentée à l'EPO, dut rendre sa médaille d'or du 50 kilomètres avant d'être exclu des Jeux. Il conserva pourtant, en raison d'un règlement suranné, ses deux autres titres, acquis avant le contrôle ; les fondeuses russes Larissa Lazutina et Olga Danilova furent elles aussi convaincues de dopage, tout comme le skieur britannique Alain Baxter, troisième du slalom.

La délégation française a obtenu un joli résultat d'ensemble : avec onze médailles – quatre en or (les titres de Marina Anissina et Gwendal Peizerat, en danse sur glace, et de Jean-Pierre Vidal, en slalom, s'ajoutant aux succès déjà évoqués de Carole Montillet et d'Isabelle Blanc), cinq en argent (Raphaël Poirée, poursuite, biathlon ; Karine Ruby, slalom géant parallèle, snowboard ; Doriane Vidal, half-pipe, snowboard ; Sébastien Amiez, slalom, ski alpin ; Laure Pequegnot, slalom, ski alpin) et deux en bronze (Richard Gay, bosses, ski acrobatique ; équipe masculine de relais, biathlon) –, elle se classe au sixième [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « SPORT - L'année 2002 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sport-l-annee-2002/