LEWITT SOL (1928-2007)

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« Clarté, beauté, enjouement. Simplicité, logique, ouverture » sont les quelques mots venus à l'esprit du commissaire d'exposition Gary Garrels pour définir le travail de Sol LeWitt. Né en 1928 à Hartford dans le Connecticut, Solomon LeWitt est le fils de deux émigrés russes qui se sont installés aux États-Unis à la fin du xixe siècle. Après avoir obtenu son diplôme en arts plastiques à l'université de Syracuse (1949), il devient assistant à l'université de l'Illinois, puis effectue un premier voyage en Europe avant d'être enrôlé et de participer à la guerre de Corée. En 1953, il s'installe à New York, reprend ses études à la Cartoonists and Illustrators School et accumule les petits travaux de graphiste et d'illustrateur. Sa fréquentation du milieu de l'architecture − il fut un temps l'assistant de Ieoh Ming Pei − et sa découverte de l'œuvre « sérielle » du photographe Eadweard Muybridge joueront à terme un rôle important dans l'échafaudage de son esthétique, l'artiste étant particulièrement sensible au fait que le partage des tâches chez les architectes puisse déboucher sur une séparation entre l'élaboration de l'idée et sa concrétisation.

La trajectoire de Sol LeWitt n'en demeure pas moins lente et graduelle. En effet, il poursuit, parallèlement à ses travaux alimentaires, une carrière de peintre d'obédience expressionniste abstrait tout en copiant régulièrement des toiles de maîtres anciens. En 1960, il obtient un travail au musée d'art moderne de New York (MoMa), d'abord en tant que libraire, puis en tant que réceptionniste de nuit. Ces activités lui permettent surtout de rencontrer d'autres confrères également embauchés au musée : Dan Flavin, Robert Mangold, Robert Ryman, Scott Burton et la critique Lucy Lippard. Or ces confrères sont réfractaires à un expressionnisme abstrait qu'ils jugent exsangue et se montrent réceptifs aux nouvelles possibilités offertes, notamment en termes de réduction et de déduction, par les œuvres d'artistes aussi différents que Jasper Johns, Ellsworth Kelly ou Frank Stella qui sont montrées au MoMa dans le cadre de l'exposition Sixteen Americans (1959-1960). Convaincu, à la suite d'interminables discussions et réflexions sur le devenir de la peinture, que l'objet tableau est arrivé à un point de non-retour, LeWitt commence progressivement à ouvrir celui-ci à une troisième dimension. En s'attachant à des formules géométriques simples et permutables, il conçoit ses premières structures et pièces murales en 1962 (Wall Structures et Wall Pieces). En 1963, il réalise des structures prenant appui sur le sol (Floor Pieces), puis en 1964, des structures modulaires « ouvertes ». La même année, il démissionne du MoMa pour se concentrer sur une œuvre qu'il cherche à épurer et à radicaliser et abandonne dans cette perspective le noir, privilégié jusqu'alors au profit d'un blanc émaillé et poli débarrassé de toute facture personnelle.

À partir de 1965, Sol LeWitt met en place de nouveaux systèmes rationnels et commence à incorporer plus ostensiblement des options sérielles. Quand bien même on serait tenté d'inscrire ces œuvres dans la continuité d'un art abstrait géométrique, LeWitt semble finalement peu se soucier du résultat visible et formel. L'artiste est en effet essentiellement attaché aux différentes formules ou systèmes qui préfigurent les objets réalisés, démontrant que l'« idée » lui importe plus que sa concrétisation. Aussi n'est-il pas étonnant que le nom de LeWitt soit assimilé au phénomène de l'art conceptuel, dont il aura été – il est l'auteur des Paragraphs on Conceptual Art (1967) et des Sentences on Conceptual Art (1969) – l'un des instigateurs et principaux protagonistes. L'année 1968 voit la réalisation de deux œuvres capitales et parfaitement représentatives de l'art conceptuel. La première « structure », selon le terme utilisé par l'artiste, Buried Cube Containing an Object of Importance but Little Value, est un cube enterré (et donc invisible) dans le jardin d'un collectionneur néerlandais contenant, comme nous l'indique le titre, un objet important mais de faible valeur. La seconde a été conçue pour l'ouvrage collectif Xerox Book et se traduit par un système de 24 permutations donnant lieu à de multiples variations autour de lignes verticales, horizontales et diagonales. Deux d'entre elles seront transposées à une échelle agrandie sur les cimaises de la Paula Cooper Gallery de New York. Il s'agit du premier d'une longue série de wall drawings (« dessins muraux ») qui seront « pensés » par l'artiste et dans la grande majorité des cas − fidèles en ce point à leur exigence conceptuelle − exécutés par des assistants afin de gommer toute forme de subjectivité.

Les années 1970 sont marquées par une activité abondante et diversifiée ; livres multiples, dessins, structures et dessins muraux visent à développer d'infinies variations autour d'idées simples ou élaborées. Celle de 1980 marque un tournant important avec la publication de Autobiography. Inventaire photographique de sa maison et de son atelier, ce livre témoigne d'un élan de subjectivité, que l'artiste ne s'était pas autorisé depuis ses travaux de jeunesse, et annonce en conséquence l'« adoucissement » de son œuvre à venir. LeWitt étoffe en effet dans les années 1980 ses répertoires de formes et de couleurs avant de renouer avec une pratique picturale, qui aboutit à la réalisation de gouaches et aquarelles, dont la sensualité est diamétralement opposée au caractère austère de ses années conceptuelles.

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  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

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Pour citer l’article

Erik VERHAGEN, « LEWITT SOL - (1928-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sol-lewitt/