SNORRI STURLUSON (1179-1241)

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Un maître écrivain

Dans l'état présent des connaissances, on est en mesure d'attribuer à Snorri la paternité de trois œuvres au moins : une des plus importantes sagas dites de famille, Egils Saga Skallagrímssonar (La Saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve), qui est l'un des chefs-d'œuvre du genre et dont le grand mérite est d'avoir rapporté la part la plus vaste de la production poétique du principal scalde islandais qui fut aussi un viking de premier ordre et un redoutable magicien ; l'Edda en prose et la Heimskringla, toutes composées, vraisemblablement, entre 1222 et 1235.

L'Edda dite en prose (parce qu'elle fond en un tout d'innombrables citations de poèmes et un long commentaire en prose) a sûrement été rédigée pour éclairer l'Edda poétique, sans doute compilée vers la même époque par des inconnus et qui rassemble les grands poèmes gnomiques, mythologiques et héroïques de la tradition religieuse nordique. Snorri se donnait avant tout un but pédagogique : éclairer les vieux mythes menacés d'oubli ou d'incompréhension après deux siècles de christianisme ; donner aux jeunes poètes les clefs de l'art difficile des scaldes, tant en ce qui concerne le choix du vocabulaire spécifique de cette poésie que sa métrique complexe. Il n'est pas exclu qu'en outre Snorri ait voulu rappeler son peuple aux anciennes traditions sacrées et faire pièce, ce faisant, aux ballades populaires et à la vague d'imitations d'œuvres européennes (hymnes d'église, poésie épique et courtoise) qui déferlait sur l'Islande via la Norvège ou la Grande-Bretagne. À cet effet, son Edda, écrite dans une langue simple au style clair et souple teinté d'un humour retenu, propose une initiation complète en trois parties équilibrées. La Gylfaginning (La Fascination de Gylfi), composée sans doute en second lieu, est une commode affabulation, émaillée de citations poétiques, des grands événements suggérés de façon souvent obscure par les textes de l'Edda poétique ; les poèmes eddiques ou scaldiques, les traditions religieuses et les superstitions populaires s'y trouvent m [...]


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Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Régis BOYER, « SNORRI STURLUSON (1179-1241) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/snorri-sturluson/