FREYR

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Comme son père, Njördhr, et comme sa sœur (ou son double féminin), Freyja, le dieu nordique Freyr, de la famille des Vanes, est incontestablement maître de la fertilité-fécondité, même si, à une époque récente, des glissements de sens ou des recoupements tendent à faire de lui une divinité plus martiale. Sa personnalité, le culte qu'on lui voua et les mythes qui le concernent appellent diverses remarques.

D'abord, il convient de noter que son antiquité pourrait être fort grande. Son nom, en vérité, signifie « seigneur » et pourrait n'être pas, originellement, un nom propre. Il se serait agi du maître (comme pour Baldr, mais peut-être dans une perspective différente), maître de la paix, des bonnes saisons, de la féconde reproduction des hommes, des animaux et des plantes (árgudh, dieu des bonnes récoltes et des années prospères). À ce titre, un mythe (sans doute assez récent dans l'affabulation qu'on lui connaît aujourd'hui, mais à coup sûr ancien comme le monde et vérifié par de nombreuses histoires similaires dans tout le domaine indo-européen) tel que celui que rapporte le Skírniför (dans l'Edda poétique) relève d'une explication animiste si immédiate qu'il se passe de longs commentaires. Le dieu Freyr s'y éprend de la géante Gerdhr (symbole de la terre féconde) et dépêche son messager-hypostase Skírnir (le brillant), en lui confiant son épée-phallus, pour obliger la belle, par des conjurations magiques, à s'unir à lui. Gerdhr finit par accepter et fixe la date et le lieu de leurs noces : au printemps, dans une île verdoyante. Ainsi se réalise l'union du dieu de la fécondité et de la terre ; c'est la version nordique du sacre du printemps. Le fait que Freyr habite Álfheimr (Monde-des-Alfes), les Alfes étant aussi des divinités de la fécondité, et tout ce qu'on peut savoir du culte qui lui était voué, et qui était, semble-t-il, assuré par des femmes (gydhjur, hofgydhjur), viennent confirmer le caractère avant tout agraire et pacifique de ce dieu. Les toponymes qui portent son nom, exceptionnellement nombreux si l'on compare avec les autres dieux du Nord, attestent ce culte des forces naturelles : Champ-de-Freyr (Frösåker) ou Pré-de-Freyr (Frös/v/in) par exemple. On a dû lui vouer un culte processionnel, tout comme à son père Njördhr (Nerthus, selon Tacite), puisque l'Edda lui attribue un bateau merveilleux, Skidhbladnir, qui « pouvait se replier comme un mouchoir et s'emporter dans la poche », image plaisante, peut-être, pour évoquer un bateau démontable et entreposable d'une année à l'autre, comme peuvent l'avoir été certains bateaux représentés sur les gravures rupestres de l'âge du bronze scandinave, ou conservés naguère dans le folklore.

De plus, bien des indices prouveraient que Freyr fut peut-être le dieu suprême aux origines. Les formules de serments, de toasts sacrés, d'imprécations magiques (nidh) que nous ont conservées les anciens textes de lois et les sagas mettent son nom au premier rang avec celui de Njördhr. Il était nommé « dieu du monde » (veraldar godh) et « seigneur des Ases » (ása jadharr), expression où la confusion entre Ases et Vanes ne laisse pas de dérouter ; la première de ces appellations s'est conservée très longtemps chez les Lapons, qui l'ont évidemment reprise aux Scandinaves.

Fait plus passionnant encore, Freyr est beaucoup moins difficile à localiser géographiquement que ses pairs. Il semble qu'il ait été surtout révéré en Suède centrale, chez les Svíar (qui ont donné leur nom à la Suède, en suédois Sverige : Sve-Rige, c'est-à-dire en vieux norois Svía-Riki, royaume des Svíar). Ceux-ci, en effet, faisaient remonter la généalogie de leurs rois — mythiques à l'origine, et sacrés — à la célèbre « famille » des Ynglingar, dont la capitale se serait située à Uppsala, à quelques kilomètres de la ville qui porte actuellement ce nom. Or Freyr est couramment appelé par les textes anciens Yngvi-Freyr, ou encore Ingunnar-Freyr, ce qui renvoie directement à la tribu germanique des Ingaeuones mentionnée par Tacite au début de sa Germania, ou encore aux Ing anglo-saxons dont on sait qu'ils étaient d'origine danoise. Il est clair, en conséquence, que son implantation et son authenticité sont beaucoup plus nettes que celles d'Ódhinn, par exemple.

Enfin, dieu de la fécondité, il est de manière patente le dieu de l'act [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Régis BOYER, « FREYR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/freyr/