HAMADA SHŌJI (1894-1978)

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Décrété « trésor national vivant » en 1955, Hamada Shōji fut l'un des animateurs les plus actifs du mouvement Mingei (art populaire) qui a redonné vie à l'artisanat nippon au cours des années 1930.

Né à Kawasaki, non loin de Tōkyō, Hamada, qui voulait devenir peintre, fréquenta, dès son adolescence, les galeries d'avant-garde de la capitale. Ayant remarqué les œuvres de Bernard Leach, jeune Anglais né en Extrême-Orient, qui avait travaillé avec le descendant de la lignée d'Ogata Kenzan, le grand céramiste du xviiie siècle, il décida de se consacrer à la poterie et entra au département de céramique de l'Institut de technologie de Tōkyō.

Il y rencontra Kawai Kanjirō (1890-1966), qu'il suivit à l'Institut de recherches céramiques de Kyōto. Mais, dans ces deux établissements, les études restaient théoriques et l'usage du tour était négligé. Hamada y fut initié par son maître Itaya Hazan (1872-1963) qui lui permit de fréquenter son atelier. À Kyōto, il poursuivit ses exercices avec Kawai, en utilisant un four de fortune. Ayant rendu visite à Leach qui résidait près de Tōkyō en compagnie de Yanagi Sōetsu (1889-1961), esthéticien et philosophe, il noua avec les deux artistes une longue amitié. Leach étudiait les techniques de la céramique japonaise : intéressé par les études folkloriques effectuées en Occident, Yanagi voulait sauver, alors qu'il en était encore temps, le riche artisanat de son pays. Cet idéal trouva son plus parfait accomplissement dans l'œuvre de Hamada. Leach projetant de s'établir en Cornouailles, Hamada, alors âgé de vingt-trois ans, lui proposa de l'accompagner pour l'aider à construire un four. Il y vécut trois ans, étudiant avec Leach, influencé par Yanagi, les techniques traditionnelles des potiers anglais (grès vernis au sel, vernis au plomb). De retour au Japon, qu'il affirmait avoir quitté pour mieux le comprendre, il se fixa à Mashiko, petit village de la préfecture de Tochigi, au nord-est de Tōkyō. Depuis 1852, des potiers-paysans qui fournissaient la capitale en ustensiles de cuisine travaillaient dans ce village. Hamada y construisit un four ascendant de huit chambres qui permettait la cuisson de grès à haute température et, rejetant l'enseignement scientifique reçu dans sa jeunesse, il utilisa les matériaux du cru : argile, bois pour la cuisson et la préparation des couvertes, qu'il colorait avec des résidus de fer obtenus chez le forgeron ou avec le vert de gris de vieux objets en cuivre. Bien qu'il ait passé quelques hivers à Okinawa auprès d'artisans qui conservaient l'ancienne tradition des grès rehaussés de quelques touches d'émaux vert et rouge, il vécut surtout dans sa résidence campagnarde, s'efforçant de créer des pièces utilitaires et fonctionnelles. Pour lui, le décor avait peu d'importance. Ses œuvres, qu'il refusa toujours de signer, sont identifiables grâce à quelques éléments végétaux rapidement tracés à l'aide d'un pinceau fait de poils arrachés au cou de son chien et maintenus par quelques lianes. Son habileté au tour imprimait à ses créations une spontanéité qu'il prisait par-dessus tout. Hamada reprit aussi des procédés anciens : tampon, grattage des surfaces, incisions qui lui permettaient d'obtenir des effets variés, rehaussés par la superposition de couvertes posées par trempage, aspersion ou à la brosse (hakeme). Ses tons kaki et bruns sont d'une richesse sans égale. Avec Yanagi et Kawai, il parcourait le Japon à la recherche d'artisans qu'ils encourageaient à revenir aux techniques d'antan pour lutter contre une production industrielle envahissante. C'est au cours d'un de ces voyages qu'il inventa, avec Yanagi, le terme et le mouvement Mingei qui aboutirent en 1936 à la création du Mingei-kan (musée des Arts populaires) où furent réunis des œuvres d'art traditionnel (poteries, étoffes, papiers imprimés). Des pièces provenant d'Okinawa et de Corée – modèles de maintes créations japonaises – y avaient été également rassemblées. En 1929, Hamada retourna en Europe en compagnie de Yanagi puis, en 1952-1953, se rendit aux États-Unis où il devait revenir à maintes reprises. Laissant la parole à ses compagnons Leach et Yanagi, il répondait aux questions des étudiants en maniant le tour devant eux car, comme de nombreux maît [...]

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Écrit par :

  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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LEACH BERNARD (1887-1979)

  • Écrit par 
  • Anthony CHRISTIE
  •  • 797 mots

Fils d'un juge du British Colonial Service, Bernard Leach, né à Hong Kong, fut envoyé en Angleterre pour les besoins de son éducation et, à l'âge de seize ans, entra à la Slade School of Art, où il suivit les leçons de dessin de Tonks. Il fréquenta ensuite la London School of Art ; là, Brangwyn lui enseigna l'eau-forte. En 1909, sous l'influence des écrits de Lafcadio Hearn, il se rendit au Japon […] Lire la suite

Pour citer l’article

Madeleine PAUL-DAVID, « HAMADA SHŌJI - (1894-1978) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/shoji-hamada/