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La Tasmanie

S'il existe encore des aborigènes australiens, et qui résistent à l'assimilation européenne, le dernier Tasmanien est mort en 1877, et ils étaient de trois mille à cinq mille en 1800 ; c'est que, d'une part, la loi édictée en Australie, en 1842, pour protéger les aborigènes contre la « chasse à l'homme » n'avait pas cours en Tasmanie ; c'est que, d'autre part, l'immensité du continent australien, lentement exploré par les Européens, offrait encore de vastes zones de refuge. Il n'en était pas de même en Tasmanie. À l'arrivée des Européens, les Tasmaniens habitaient la côte et la moitié orientale de l'île. Les hauts reliefs occidentaux n'étaient pas occupés. Bien que peu élevé (1 500 m), le relief y est très accidenté, buriné par les glaciers pléistocènes. Par ailleurs, l'essentiel de la nourriture venait de la mer : mammifères marins, crustacés, coquillages, mais on ne mangeait ni les poissons de mer ni les poissons d'eau douce. Pour se déplacer en mer, le long des côtes, et franchir les estuaires, on utilisait des radeaux et des embarcations en forme de pirogues et fabriquées en raccordant des plaques d'écorce d'eucalyptus, ou en réunissant trois flotteurs faits de bottes de roseaux ou de joncs. On chassait également les reptiles, les oiseaux et les mammifères terrestres : marsupiaux et monotrèmes, plus nombreux et plus variés qu'en Australie, le dingo, grand prédateur, n'ayant pas pénétré en Tasmanie. Les Tasmaniens utilisaient encore l'outillage non emmanché, caractéristique de la Core tool and scraper tradition australienne : galets aménagés, grattoirs nucléiformes, éclats à peine retouchés. Leurs javelines étaient sans armature et ils ne connaissaient ni le propulseur, ni le boomerang, ni le bouclier. Cela s'explique par leur isolement de l'Australie depuis le postglaciaire, soit avant les innovations qui, en Australie, apparaissent avec la Small tool tradition. Aucun échange ne fut alors possible à travers le détroit de Bass, car leurs frêles embarcations ne leur permettaient pas d'aller en mer au-delà d'une dizaine de kilomètres. C'est ainsi qu'ils pouvaient encore se rendre, en bonne saison, sur les îles situées près de la côte nord-ouest et, notamment, sur les îles Hunter et Robbins. Mais ils ne pouvaient plus atteindre l'île de King ni le groupe des Furneaux. La population s'y éteignit lentement, du fait de l'insuffisance de ressources alimentaires et de l'impossibilité d'aller se ravitailler en Tasmanie, du fait, également, du déséquilibre génétique causé par cet isolement. C'est sur l'île de Hunter que fut mis au jour le plus ancien site actuellement connu : 22 750 ans ± 420 B.P. Dans le même site furent découverts, avec l'outillage de la Core tool and scraper tradition, des pointes en os datant de 19 000 à 18 000 B.P. Il en est de la préhistoire tasmanienne comme de l'ancienne période australienne. D'une part, une relative stabilité des milieux géographiques pléistocènes et, ici, holocènes peut expliquer ce conservatisme culturel. D'autre part, on ne saurait conclure, en considérant l'outillage comme archaïque, à la grande « primitivité » des Tasmaniens. Comme tous les habitants de Sahul, ils avaient le souci de l'avenir de leurs morts, peignaient de motifs symboliques ou réalistes des objets rituels. Ils ont aussi laissé de nombreux pétroglyphes.

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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José GARANGER, « SAHUL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sahul/