SAHARA OCCIDENTAL

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Ancienne province espagnole située au nord-ouest de l'Afrique et composée des territoires du Rio de Oro, au sud, et de la Saguia el-Hamra, au nord, le Sahara occidental est bordé à l'ouest par l'océan Atlantique et entouré par le Maroc, l'Algérie et la Mauritanie.

Au milieu du xive siècle, les Portugais découvrent une baie qu'ils identifient à tort comme le Rio de Oro (sûrement le fleuve Sénégal). La région côtière est peu explorée par les Européens jusqu'à ce que des marchands écossais et espagnols s'y établissent, au milieu du xixe siècle. Après la signature de traités de commerce en 1884, le gouvernement espagnol revendique un protectorat sur la zone côtière et veut poursuivre son expansion, qui est entravée par des revendications françaises en Mauritanie. Le cap Juby (Tarfaya) est occupé par l'Espagne en 1916 et La Güera en 1920 ; Smara et l'intérieur des terres le sont en 1934.

En 1957, le Maroc, indépendant depuis l'année précédente, revendique le territoire. Les troupes espagnoles refoulent des incursions militaires marocaines et, en 1958, Madrid réunit formellement le Rio de Oro et la Saguia el-Hamra en une province, le Sahara espagnol. Cependant, la situation se complique avec les revendications sur la province, en 1960, de la part de la Mauritanie nouvellement indépendante et, également, avec la découverte, en 1963, d'énormes gisements de phosphates à Bou Craa, dans la partie nord du Sahara espagnol. La province devient donc un enjeu économique de taille pour le pays qui en prendra possession.

En mai 1973, deux groupes de militants nationalistes, des Sahraouis étudiant à Rabat et des Sahraouis réfugiés en Mauritanie, fusionnent pour former le Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro, le Front Polisario, dont le programme est largement inspiré du programme algérien de lutte pour l'indépendance. L'Espagne annonce son retrait. Le Maroc demande un avis à la Cour internationale de justice sur le statut juridique du territoire avant la colonisation espagnole, et interprète celui-ci à son avantage, puisque la Cour reconnaît l'existence de certains liens d'allégeance unissant les tribus nomades de la région aux souverains marocains, tout en précisant que « ces liens ne sont pas de nature à modifier l'application du principe d'autodétermination ». Hassan II organise alors, en octobre 1975, la Marche verte, à l'issue de laquelle 300 000 Marocains occupent le nord du Sahara espagnol (les deux tiers). L'Espagne se retire l'année suivante, laissant le Maroc et la Mauritanie se partager le territoire (accord de Madrid, 14 novembre 1975). En réaction, le Front Polisario proclame en 1976 la République arabe sahraouie démocratique (R.A.S.D.) en exil (reconnue par environ soixante-dix pays et admise à l'O.U.A. en 1982). Des combats sporadiques continuent entre le Front Polisario, soutenu par l'Algérie où il est basé (à Tindouf), et les forces marocaines et mauritaniennes.

Front Polisario et République arabe sahraouie démocratique, 2006

Photographie : Front Polisario et République arabe sahraouie démocratique, 2006

Défilé militaire de membres du Front Polisario (armée de libération du peuple sahraoui), en 2006, lors du trentième anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique. 

Crédits : Mohamed Messara / EPA

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En 1979, la Mauritanie signe un accord de paix avec le Front Polisario ; en réponse, le Maroc annexe la partie mauritanienne du Sahara occidental. Rabat sécurise le triangle vital formé par les mines de Bou Craa, l'ancienne capitale coloniale de Laayoune et la ville de Smara, tandis le Front Polisario continue ses raids. L'O.N.U. propose un plan de paix en 1988, qui prévoit la tenue d'un référendum d'autodétermination : soit l'indépendance sous l'égide du Front Polisario, soit l'intégration au Maroc. La proposition étant acceptée par les deux parties, un cessez-le-feu intervient en 1991 et une force de maintien de la paix chargée de préparer le référendum, la Minurso (Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental) est mise en place en avril 1991. Mais le Maroc déplace des dizaines de milliers « de colons » sur le territoire afin d'influer sur le vote. Le Polisario souhaite quant à lui que seuls les 74 000 Sahraouis recensés par l'Espagne en 1974 et leurs enfants puissent voter. Cette divergence sur la définition du corps électoral bloque, depuis le début des années 1990, l'organisation du référendum. Parallèlement, le Maroc poursuit la mise sous contrôle du territoire, alors que le Polisario doit faire face à des défections dans ses rangs et à un soutien moindre de la part de l'Algérie, préoccupée par ses problèmes intérieurs.

Ni la Minurso, ni les deux plans proposés en 2001 et en 2003 par James Baker, ancien secrétaire d'État américain nommé envoyé spécial de l'O.N.U., n'ont abouti à un accord, que ce soit sur la composition du collège électoral, ou sur l'avenir éventuel du Sahara occidental. Rabat a présenté à l'O.N.U., en avril 2007, un projet d'autonomie du Sahara sans perspective d'indépendance, que le Front Polisario a rejeté. Bien que des discussions aient été engagées, la résolution du conflit dans un avenir proche semble très hypothétique.

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Pour citer l’article

« SAHARA OCCIDENTAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sahara-occidental/