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HASSAN II (1929-1999) roi du Maroc (1961-1999)

Hassan II, roi du Maroc, 1965 - crédits : Keystone/ Hulton Royals Collection/ Getty Images

Hassan II, roi du Maroc, 1965

Né à Rabat le 9 juillet 1929, Moulay Hassan reçoit une éducation orientale et européenne, puis obtient une licence et un diplôme des hautes études de droit à la faculté de Bordeaux. Associé dès son plus jeune âge à la cause du nationalisme marocain, il partage avec son père les vicissitudes de son engagement politique et l'énorme prestige populaire conquis dans cette épreuve. Désigné en 1957, puis investi officiellement prince héritier, il exerce, jusqu'à la mort subite de Mohammed V en février 1961, d'importantes responsabilités politiques et militaires qui révèlent de réelles aptitudes à gouverner. Solennellement intronisé avec l'accord des Chorfas alaouites, des oulémas et des autorités du pays, il inscrit son action politique dans la trace des principes et des objectifs définis par son père. Il fait adopter en 1962 une Constitution qui codifie l'autorité religieuse du roi et la suprématie institutionnelle de la monarchie au sein d'un cadre parlementaire et d'un multipartisme dont l'expérience tourne court en 1965. Instaurant l'état d'exception, Hassan II concentre tous les pouvoirs autour du palais et d'un réseau d'élites administratives tissé sous l'égide du ministre de l'Intérieur. L'absolutisme royal devient la trame d'un système qui s'accommode d'une corruption intensive, d'une répression sélective et d'un enrichissement outrancier. La nouvelle Constitution de 1970 pérennise un régime autocratique et profondément inégalitaire.

En 1971 et 1972, les attentats manqués de l'armée, jusqu'ici solide alliée du trône, décident le roi à entamer un dialogue politique avec l'opposition. La révision constitutionnelle de 1972 échoue, mais elle crée les conditions d'une unité nationale que le danger extérieur va précipiter. Profitant de la décolonisation du Sahara espagnol, le roi parvient à mobiliser autour de lui, grâce au succès de la Marche verte (nov. 1975), l'ensemble des forces politiques. Par ailleurs, avec les mesures de marocanisation et de récupération des dernières terres étrangères, Hassan II recrée indirectement les conditions d'une nouvelle emprise sur des élites sociales en quête de promotion. Fort de ce nouveau consensus politique, le roi va engager un long processus de démocratisation, qu'il maîtrisera jusqu'à sa mort. Pendant la décennie 1977-1986, avec le soutien électoral de partis loyalistes créés pour la circonstance, Hassan II s'entoure de gouvernements appelés à assumer le poids financier du conflit saharien et le coût social de la politique d'ajustement engagée en 1983.

Dans le même temps, il réactive les ressources symboliques et politiques du makhzen, fondé sur la constitution de réseaux d'influence personnels, familiaux ou régionaux et sur la maîtrise des ressources économiques et financières du royaume. Face à l'emprise souterraine mais réelle d'un islamisme susceptible de menacer les bases de son pouvoir, Hassan II réinvestit, en tant que commandeur des croyants, le champ religieux et réorganise un Islam à sa dévotion.

À partir de 1986, la pression intérieure et internationale l'oblige à opérer des concessions sur le terrain des droits de l'homme et des libertés, dont les violations répétées ternissent l'image « démocratique » d'un État qu'il souhaite ancrer dans l'espace politique et économique européen. Les retombées politiques de la crise du Golfe et l'ampleur du déficit social attestée par des émeutes tragiques en 1990 l'amènent à opérer de nouvelles avancées sur le terrain institutionnel. La Constitution de 1992 marque un rééquilibrage des pouvoirs et un alignement sur les normes de l'État de droit qui emportent l'adhésion de la quasi-totalité des forces politiques. Après un premier échec à l'issue des élections[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Hassan II, roi du Maroc, 1965 - crédits : Keystone/ Hulton Royals Collection/ Getty Images

Hassan II, roi du Maroc, 1965

Autres références

  • BASRI DRISS (1938-2007)

    • Écrit par Universalis
    • 238 mots

    Homme d'État marocain, ministre de l'Intérieur de 1979 à 1999. Né le 8 novembre 1938 à Settat, au sud de Casablanca, Driss Basri commence sa carrière à Rabat comme commissaire principal de police, avant d'être chargé de la sécurité interne au ministère de l'Intérieur peu après l'accession au trône de...

  • BEN BARKA AL-MAHDI (1920-1965)

    • Écrit par Universalis, Emile SCOTTO-LAVINA
    • 701 mots
    • 1 média

    Homme politique marocain, opposant au roi Hassan II.

    Issu du petit peuple de la médina de Rabat, al-Mahdi ben Barka est né en janvier 1920. Servi par d'exceptionnelles qualités intellectuelles et par une opiniâtreté exemplaire, il prépare l'agrégation de mathématiques lorsque l'action politique...

  • MAGHREB - Le Maghreb politique

    • Écrit par Karima DIRÈCHE
    • 7 493 mots
    • 5 médias
    ...Houari Boumediene, qui sera chef de l'État jusqu'en 1978. Ce n'est qu'en 1988 que le F.L.N. acceptera le multipartisme. Au Maroc, l'arrivée au pouvoir du roi Hassan II, en 1961, succédant à son père Mohammed V, s'accompagne d'un mode de gouvernance despotique fondé sur la ...
  • MAROC

    • Écrit par Raffaele CATTEDRA, Myriam CATUSSE, Universalis, Fernand JOLY, Luis MARTINEZ, Jean-Louis MIÈGE
    • 20 360 mots
    • 20 médias
    Le règne d'Hassan II (1961-1999) commence par l'adoption d'une Constitution qui marque l'emprise du monarque sur la société (1962). Le jeune roi étend son assise locale via le développement d'un maillage administratif serré et d'une ingénierie électorale qui s'affine de scrutin en scrutin....
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Voir aussi