KONGO ROYAUME DU

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La société

Les Kongo n'auraient pu édifier un royaume de large extension – quelques vastes agglomérations présentant des caractères urbains, une civilisation active – sans disposer d'une infrastructure suffisante. Leur économie est agricole, pré-industrielle et déjà marchande.

L'assise économique

L'agriculture repose sur les « grains » : sorgho, millet, éleusine, maïs et riz, sur l'igname, le manioc (importé et diffusé vers la fin du xvie siècle) et certaines légumineuses (pois), sur l'exploitation du bananier, du palmier (véritable symbole kongo en raison des usages multiples de cette richesse naturelle) et d'autres arbres ou plantes (dont la canne à sucre). Les Kongo sont des agriculteurs habiles. Les travaux de la terre sont principalement à la charge des femmes, mais les hommes – en dehors de leurs tâches militaires, artisanales ou commerciales – assurent la préparation des terrains de culture en procédant à l'abattage des arbres et au débroussage. L'agriculture extensive, avec des jachères de durée variable, est la forme la plus courante de la mise en valeur agricole ; mais elle comporte une technique plus spécifiquement kongo : la culture sur butte ou sur billons. Il importe d'ajouter que les techniques agricoles associent le rite à l'outil ; elles s'articulent sur un système de pratiques, de croyances et de symboles qui visent la fertilité et la prospérité. Malgré la qualité des terres et le savoir-faire, les périodes de soudure peuvent entraîner une disette qui impose le recours aux produits de la cueillette.

Les Kongo pratiquent l'élevage (poule, chèvre, mouton, porc, vache), mais ils ne paraissent pas avoir constitué des troupeaux nombreux quoi qu'en disent quelques chroniqueurs. Les animaux domestiques sont associés aux positions sociales : seuls le roi et les « nobles » ont le droit de posséder des vaches. La pêche occupe une place non négligeable, et certains poissons dits « royaux » doivent être exclusivement réservés au souverain. La chasse – qui assure l'essentiel de la nourriture carnée – demande, à la fois, compétence et connaissance rituelles ; le chasseur assure sa propre sécurité et recherche le succès de ses entreprises, grâce à des rituels personnels et à une magie spécifique.

À Kongo, les détenteurs des techniques artisanales ne connaissent pas de discrédit, bien au contraire : les métiers de forgeron et de tisserand (étoffes de raphia) sont exercés par les aristocrates. À la première place se situe l'art des métaux, et notamment du fer. Le forgeron, maître du fer, du feu et de l'eau, créateur des armes et des outils, est détenteur d'un pouvoir qui l'assimile aux chefs (et il peut être l'un d'eux), ainsi qu'aux prêtres et aux magiciens. Le cuivre est travaillé – par les procédés dits « à ciel ouvert » et « à la cire perdue » –, et à partir du xviie siècle se multiplient les anneaux et manilles qui servent à la fois de parure, de trésor clanique et de marque exprimant la condition du porteur. La fonte du plomb paraît connue. C'est par leurs qualités de vanniers et leur extrême habileté textile que les Kongo attirent l'attention des chroniqueurs sur leurs arts et métiers. L'art du tissage ne recourt pas aux matières premières classiques, mais à des fibres végétales provenant surtout du palmier raphia. Des étoffes produites (fort diversifiées), on a dit « qu'elles sont vraiment belles et curieusement travaillées » ; certaines d'entre elles servent de monnaie.

Malgré l'insuffisant aménagement de l'espace (les communications ne disposent ni de routes véritables – mais d'un réseau de pistes bien repérées – ni de moyens de transport autres que le portage humain), le commerce est très actif. Il se présente sous un double aspect. Celui des marchés locaux, périodiques et nombreux, où « le prix ou le troc de chaque chose est bien déterminé » ; le marché n'assure pas seulement la fonction d'un centre d'échange, il est aussi lieu d'asile et foyer sacré, endroit d'intense relation où se conduisent négociations politiques et matrimoniales. Celui des échanges à longue distance, contrôlés soit par le roi, soit par les notables des provinces, qui portent sur le sel, les tissus, le bétail, les objets importés. D'une économie en partie destinée à la subsistance, en partie mise au service de l'État et de l'aristocratie, l'influence et les contraintes étrangères feront une économie inhumaine puisque le trafic concernera principalement les esclaves destinés à l'exportation. Il convient d'ajouter que le Kongo dispose d'une monnaie (de coquillage et/ou d'étoffe) ; tous les souverains sont attentifs au bon fonctionnement du système monétaire et au bon rendement des mécanismes fiscaux alimentant le Trésor royal.

Les rapports sociaux

Le fondement de la société réside dans la parenté entendue au sens large ; cette dernière accentue les relations matrilinéaires, qui créent la véritable communauté de sang et instaurent un rapport privilégié entre oncle et neveu maternels, entre frères utérins et, au-delà, entre cousins maternels. Sur la base de cette parenté par le sang se forment des groupes sociaux fondamentaux : les lignages (constitués par la descendance d'un ancêtre unique) regroupés en clans, regroupés eux-mêmes en tribus. Clans et lignages encadrent la vie quotidienne des villageois kongo. La famille conjugale est polygynique, si l'époux est de « bonne naissance » et peut tenir son rang : un chroniqueur précise que « les nobles et les principaux » capitalisent les femmes alors que le commun parvient difficilement à se marier.

C'est reconnaître que la société kongo comporte des inégalités fort apparentes. Celles que l'on pourrait dire primaires privilégient les hommes par rapport aux femmes, les aînés par rapport aux cadets. La hiérarchie fondamentale est constituée par un système d'ordres et de rangs : aristocrates, hommes libres, «  esclaves ». Ces derniers, situés hors de toute communauté clanique, sont la propriété du maître qui les transmet par héritage ; il bénéficie de leur travail et de leur talent ; en contrepartie, il doit les traiter convenablement et assurer leur mariage comme celui de tous les gens de sa maison. Les esclaves forment ainsi la majeure partie de la classe laborieuse. Les Portugais établis au Kongo renforcèrent cette structure de subordination en y associant l'exploitation pure et simple ; puis ils l'utilisèrent pour alimenter le commerce négrier.

Au sommet de toutes les hiérarchies se place le roi, rituellement séparé de ses sujets. Il symbolise Kongo ; sa personne et le pays font corps, sont mystiquement liés, solidaires dans le système des forces qui régissent la vie et la [...]

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Georges BALANDIER, « KONGO ROYAUME DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/royaume-du-kongo/