ROME ET EMPIRE ROMAINLa religion romaine

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La religion après Auguste

Le culte impérial

La fondation du principat augustéen fut un événement aussi important au point de vue religieux qu'au point de vue politique. Ce régime nouveau s'appuie sur la divinisation de César, après sa mort en 44 avant J.-C. César avait compris que tout renouvellement politique devait s'appuyer sur un renforcement des valeurs religieuses, qui avaient perdu beaucoup de leur efficacité. Les rites du culte public étaient négligés ou tournés en dérision. Les auspices étaient délaissés. Les augures ne croyaient plus à leur science. La philosophie avait sapé les croyances traditionnelles, mais stoïcisme, épicurisme, académisme reconnaissaient l'existence des dieux, et étaient seulement en désaccord sur la nature des honneurs à leur rendre. Parmi le peuple s'était développée la croyance dans le caractère divin de certains personnages qui dominaient la vie politique : d'abord Scipion l'Africain, puis Marius et Sylla. César capta ce charisme à son profit. Il se fit élire grand pontife, puis développa autour de lui une légende de divinité. Mais c'est Auguste qui utilisa pour son propre compte l'héritage de son père adoptif. Ayant fait proclamer César dieu, il devenait lui-même « fils de dieu » et s'élevait ainsi au-dessus de l'humanité. Il fit répandre le bruit qu'il était le fils d'Apollon, se plaça sous la protection du dieu et associa le culte de son genius à celui que l'on rendait, dans les quartiers des villes, aux lares des carrefours. Il transposa ainsi à l'échelle de la ville le culte domestique ; il devenait le « père » de la communauté (pater patriae) ; et les citoyens étaient du même coup liés à lui par la pietas comme les membres d'une maisonnée le sont au père.

Cette innovation essentielle se produisit d'une manière progressive ; elle s'intégra dans une politique de restauration des cultes nationaux : réfection des temples ruinés, nomination de prêtres pour compléter les collèges, retour des rites à leur pureté primitive, développement des jeux, qui redevenaient des moyens de provoquer la communion du peuple avec ses dieux. Lui-même appartenait à tous les collèges sacerdotaux et, dès qu'il le put, devint grand pontife. Pour symboliser son caractère religieux, il se fit discerner le surnom d'Augustus, c'est-à-dire « béni » par les dieux, investi de l'efficace suprême par la bienveillance des divinités. D'autre part, Auguste s'attribuait graduellement le monopole du titre d'imperator, dénomination militaire et religieuse dans laquelle le général, désigné comme tel sur le champ de bataille par les soldats au soir d'une victoire, trouve l'assurance de sa propre efficace, qui le met au-dessus des simples citoyens. Au temps de la République, cette dangereuse propriété était solennellement déposée par les imperatores aux pieds du Jupiter Capitolin, dans la cérémonie du triomphe. Auguste, lui, fut triomphateur à vie et, bien vite, le seul à pouvoir célébrer le triomphe. Ainsi confisqua-t-il à son seul profit la théologie de la Victoire, l'une des grandes forces religieuses (en partie empruntée aux rois hellénistiques) de la République finissante. Augustus, imperator Auguste apparut bientôt comme l'image même de toute excellence (uirtus), et on déposa dans la curie un bouclier symbolisant ses « vertus » : uirtus (fermeté), clémence, justice et pietas. Ainsi se poursuivait, par le détour des abstractions, cette quête du divin caractéristique de la religion romaine.

Les religions étrangères

Auguste avait lutté contre la tendance qui portait les Romains à accueillir les religions étrangères, et surtout orientales, bien que lui-même attachât une grande importance aux croyances astrologiques. Il bannit la religion d'Isis et Sarapis, qui, de Campanie, avait pénétré à Rome au temps de Sylla. Pourtant, la venue à Rome des cultes orientaux et leur développement constituent l'un des traits les plus importants de la religion sous l'Empire. Pendant la deuxième guerre punique, les Livres sibyllins avaient ordonné d'installer à Rome, sur le Palatin, le culte de Cybèle, la Grande Mère des dieux, mais ce culte, violent et pathétique, avait été discipliné comme l'avait été en 186 avant J.-C. le mysticisme de la religion dionysiaque, importée d'Italie méridionale. Les autorités redoutaient [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

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Pour citer l’article

Pierre GRIMAL, « ROME ET EMPIRE ROMAIN - La religion romaine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-la-religion-romaine/