KOOLHAAS REM (1944- )

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L'architecte, « gestionnaire d'échelles »

Plusieurs des propositions qu'il soumet à des concours frappent par leur radicalité. Ainsi pour l'hôtel de ville de La Haye (1986), le terminal maritime de Zeebrugge (1989), la Bibliothèque de France, « bloc solide d'information », conteneur cubique percé de cavités « informes » (1989), le centre d'art Z.K.M. de Karlsruhe (1989), les bibliothèques universitaires de Jussieu dont les niveaux sont articulés comme au terme d'un pliage (1992).

L'idée de congestion le guide dans l'organisation du quartier d'Euralille (1988-1996) qui se veut une mise en scène de l'incertitude, une exaltation du mouvement et des réseaux, de la densification et d'un certain désordre moderne. Il rassemble ainsi, autour de la gare et du centre commercial de la ville, un ensemble de bureaux, dont certains bâtiments indépendants sont conçus par Jean Nouvel, Christian de Portzamparc ou Kazuo Shinohara. Le palais Congrexpo (1990-1994) illustre sa théorie de la grandeur (bigness) selon laquelle, au-delà d'une certaine taille, la construction devient impersonnelle et échappe à tout dialogue avec le contexte urbain. Il opte aussi pour l'utilisation de matériaux économiques, tels que le plastique et le contreplaqué.

Paru en 1995, imprimé à 130 000 exemplaires en trois ans, son livre S,M,L,XL marque par sa nouveauté graphique et le message doctrinal qu’il contient. Koolhaas y expose notamment la théorie d'une ville « générique », sans qualité ni identité particulière, amnésique, appelée à se répandre inexorablement. Selon l'auteur, l'architecte doit être perçu comme l'unique « gestionnaire d'échelles », capable d’organiser la ville, de construire les bâtiments, de produire le mobilier urbain et gérer l'habitat. En 1998, Rem Koolhaas crée A.M.O., une structure consacrée à la recherche théorique sur l’architecture et l’urbanisme, appliquée aux domaines des médias, de l’édition ou du commissariat d’expositions.

Koolhaas, qui a reçu en 2000 le prix Pritzker, aime les topologies étranges comme dans le théâtre de la Danse de La Haye, aux volumétries spectaculaires et aux vives couleurs (1980-1987), le curieux ensemble Nexus, constitué de 24 maisons-patios en nappe dense à Fukuoka (1989-1991), le Kunsthall de Rotterdam, au parcours en spirale continue (1987-1992), le projet pour le concours de l'Opéra de Cardiff (1994) et l'Educatorium d'Utrecht (1994-1997), dans lesquels le sol se boucle pour devenir toiture. Il dessine quelques maisons singulières, véritables icônes de l'architecture contemporaine. Notamment la villa Dall'Ava à Saint-Cloud (1983-1991), construite en tôle ondulée, verre, marbre et béton, magnifique télescopage et détournement de thèmes modernistes et à Floirac, près de Bordeaux, une maison paradoxale et légèrement cruelle (1994-1998), structurée autour de la plate-forme élévatrice du fauteuil mobile de son propriétaire tétraplégique.

Ambassade des Pays-Bas à Berlin, R. Koolhaas

Photographie : Ambassade des Pays-Bas à Berlin, R. Koolhaas

Rem Koolhaas, ambassade des Pays-Bas à Berlin, 2003. L'architecte a reçu le prix de l'Union européenne Mies Van der Rohe pour ce cube vitré de huit étages, reliés en façade par une circulation spiralée continue offrant une vue panoramique sur la capitale allemande. 

Crédits : L. M. Peter/ AKG

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L'agence O.M.A. s'inscrit dans le paysage urbain avec notamment la réalisation des magasins Prada de Soho à New York (2001) – organisé autour de l'escalier qui, tel une vague, dynamise et structure l'espace –, puis à Los Angeles (2004), la bibliothèque centrale de Seattle (2004), le nouveau campus de l'institut technologique de l'Illinois à Chicago (2003), le siège de la banque Rothschild à Londres (2006), le théâtre Wyly à Dallas (2009), les trois tours d’habitation, de bureaux et de loisirs De Rotterdam (2013). Notons également, parmi les réalisations muséales, l'extension du Whitney Museum de New York (2001), la Casa da Música (2005) à Porto, Portugal, ou le Zollverein Kohlenwäsche (2006) à Essen, Allemagne. La biennale de Venise lui décerne le lion d’or (2010) pour l’ensemble de sa carrière et l’invite à diriger la 14e biennale internationale d’architecture (2014) pour laquelle il choisit le thème « Absorbing Modernity ».

Fort du succès de ses réalisations en Europe et aux États-Unis, Rem Koolhaas ouvre, en 1991, une antenne de l'O.M.A. à Pékin et s'investit dans des problématiques propres au développement des villes asiatiques. Il réalise des plans d'urbanisme pour Bangkok, Hanoï, Séoul, ainsi que des constructions telles que l'immeuble du H-Project Cultural Center et le S.N.U., le musée de l'Université nationale de Séoul (1996-2005). Pour l'ouverture des jeux Olympiques de 2008, il conçoit le bâtiment de la CCTV, le siège de la télévision chinoise, à Pékin, comme un monumental ruban de Möbius de plus de 100 mètres de hauteur. Dans les années 2010, il réalise le Taipei Performing Arts Centre à Taïwan, dont les trois salles de spectacle sont conçues pour fonctionner de manière séparée ou bien combinée.

Il travaille également, en France, à la réalisation d’un parc des expositions à Toulouse, d’une bibliothèque à Caen, de l’extension de l’École centrale de Paris-Saclay et de l’aménagement du quartier environnant.

Il anime à l'université Harvard des séminaires de recherche consacrés aux mutations urbaines dans le monde contemporain. Sa volonté de comprendre ces phénomènes est souvent perçue comme une preuve de cynisme et comme une fascination pour le chaos, contribuant à façonner à ce théoricien marquant une réputation sulfureuse.

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Pour citer l’article

François CHASLIN, « KOOLHAAS REM (1944- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rem-koolhaas/