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RÉDUCTIONNISME & HOLISME

Doctrine de la matière, dont le but est d'expliquer le principe qui produit les choses, le matérialisme est une doctrine de l'unité, qui prétend rendre compte de la variété et de la diversité, en plaçant cette unité dans une substance, dont toutes les formes et propriétés susceptibles de se rencontrer sont des transformations. Cela se manifeste, dès l'origine, chez les premiers penseurs antésocratiques. L'idée de réduction apparaît ensuite, lorsque l'identité a été découverte, avec les possibilités qu'elle offre pour répartir des êtres différents en classes. Des choses distinctes peuvent être traitées comme identiques sous le rapport des propriétés qui leur sont communes. On procède ainsi quand on explique la qualité par la quantité, ce qui est un genre de réduction. Un autre trait du monisme matérialiste est l'explication par une seule espèce de cause. Ce type d'explication peut être caractérisé de réducteur, par comparaison avec des systèmes qui admettent plusieurs sortes de causalité. Le réductionnisme tend à dériver le supérieur (le conscient, le vital) de l'inférieur (le physico-chimique). N'attribuant de réalité qu'aux constituants les plus petits de l'univers et interprétant les niveaux d'organisation supérieurs en termes des inférieurs, il apparaît comme un aspect du matérialisme, autant que postuler une matière faite d'éléments indécomposables et absolus (particules fondamentales, « briques d'univers ») est essentiel à cette doctrine. Lorsqu'on a égard à la différence entre la réalité en soi et les théories ou les modèles, on présente le réductionnisme comme une thèse sur les théories plutôt que sur leurs objets. Elle affirme alors la réductibilité du niveau de description supérieur (biologique) au niveau de description inférieur (physico-chimique). Concession à l'idéalisme de la « philosophie des sciences » ? Pas seulement. Cela inclut une référence à des réductions comme celle de la thermodynamique à la mécanique statistique. On peut aussi mettre le réductionnisme sous le patronage de Descartes, qui considérait les vivants comme des machines descriptibles par figure et mouvement. Cette conception justifie l'emploi exclusif de méthodes d'analyse et de décomposition : les propriétés d'un tout devant se déduire des propriétés de ses parties, les organismes seront explicables à partir des éléments qui les composent. C'est un exemple de réduction, puisque l'explication élaborée dans un domaine (la mécanique : figure et mouvement) est étendue à un autre domaine (le biologique) : l'étude des systèmes inanimés commence par la description d'états et de mouvements (changements quantitatifs) des parties qui les composent. La biologie moléculaire d'aujourd'hui est-elle un héritage de la tradition cartésienne ? Certains pensent qu'une description de ce genre n'épuise pas le fonctionnement des systèmes animés.

Ce type de réduction d'une description à une autre (qu'on appelle épistémologique) laisse un résidu. La prétendue réduction des mathématiques à la logique, qui en est le paradigme, a été un fiasco. ( On peut faire valoir que l'échec est fécond, puisqu'il a été l'occasion d'approfondir et de développer les méthodes axiomatiques en mathématiques : les erreurs en science sont parfois plus instructives que mainte vérité factuelle dépourvue d'intérêt.) Les réductions épistémologiques offrent prise à malentendu. On peut dire que toute loi physique est a priori vraie en biologie et en sociologie, parce que toute fonction vitale et tout fait social ont une base physico-chimique. Mais, comme énoncé vrai dans ces disciplines « surbordonnées », une loi physique est inintéressante, dépourvue de contenu et d'information.[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université Paris-XII-Val-de-Marne, Créteil

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DESCRIPTION ET EXPLICATION

    • Écrit par Jean LARGEAULT
    • 9 388 mots
    • 1 média
    ...positiviste, qui réduit l'explication à la description légale, c'est-à-dire en termes d'énoncés de rapports quantitatifs constants. Meyerson a critiqué ce réductionnisme en montrant qu'il ne rend pas justice à la tendance explicative des sciences. D'abord, la physique – la discipline qui passe, à l'époque...
  • EMPIRISME

    • Écrit par Edmond ORTIGUES
    • 13 324 mots
    • 1 média
    ...vérités analytiques (ou fondées sur les significations indépendamment des faits) et des vérités synthétiques (ou fondées sur les faits). Le second, le réductionnisme, consiste à croire que chaque énoncé doué de signification équivaut à une construction logique à partir de termes qui renvoient à l'expérience...
  • EXPÉRIENCE

    • Écrit par Pascal ENGEL
    • 7 147 mots
    • 1 média
    ...scientifiques échoue, si l'on entend réduire le raisonnement scientifique à une forme de raisonnement inductif (cf. Popper, in Jacob, 1980). Une autre critique du réductionnisme positiviste est venue de Quine (1960), qui soutient que la notion de signification – et par conséquent de signification empirique – est...
  • RATIONALISME

    • Écrit par Gilles Gaston GRANGER
    • 7 634 mots
    ...moins localisée du système où il prend sens permettrait en général de le justifier, à l'extrême limite au prix d'une modification de la logique même... Poussant à l'extrême le thème authentiquement rationaliste de l'interdépendance des vérités scientifiques, la doctrine « holiste » se déploie pour ainsi...

Voir aussi