PYGMÉES

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La philosophie implicite des Mbuti

Le dénuement matériel des Mbuti, effrayant pour un étranger, n'est pas ressenti par eux comme une privation. Ne trouvent-ils pas au jour le jour, et sans trop de peine, ce dont ils ont besoin ? Nourriture, eau claire, abri, tout est à la portée de la main. Aussi chérissent-ils cette relative absence de souci matériel qui explique leur répugnance à s'attacher à la terre par l'agriculture, et leur refus de tout rituel formaliste. La pluie ne manque jamais chez eux. N'étant pas obligés de forcer la nature, ils n'ont recours qu'à un minimum de pratiques magiques.

Les Noirs essayent, sans trop de succès, de leur inculquer leurs croyances à la sorcellerie, notamment au sujet de la responsabilité des décès. Quant aux « esprits » qui hantent la forêt, l'histoire suivante, racontée par Turnbull, illustre l'usage que les Mbuti en font : l'un d'eux partit un jour au village de son patron, les mains vides, et en revint chargé de bananes et de riz. Interrogé sur cette aubaine, il répondit sans rire qu'il s'était mis en route avec de la viande séchée pour son patron ; en chemin, un « esprit » la lui avait volée, en allant jusqu'à prendre la forme de sa défunte grand-mère. Effrayé et apitoyé par cette histoire macabre, son patron l'avait comblé de présents.

Alors que les Noirs considèrent le sang menstruel comme impur et dangereux, et entourent la puberté féminine de précautions magiques, les Mbuti, au contraire, se réjouissent de l'événement, promesse de postérité. À cette occasion une hutte spéciale est construite, où quelques filles pubères sont réunies. L'accès en est défendu par des femmes plus âgées armées de fouets. Le soir, ce lieu est pris d'assaut par les jeunes gens, et ceux qui parviennent à l'intérieur on le droit de faire l'essai d'une épouse éventuelle, en poussant le « flirt » plus ou moins loin. Pendant la journée, les filles se promènent munies d'un fouet dont elles usent volontiers sur le dos du garçon le plus admiré.

La seule croyance religieuse profonde et vécue des Mbuti est le culte de la forêt, dont ils se disent les enfants. Lorsque survient le malheur ils se réunissent, loin du village, afin de la « réveiller » car manifestement elle s'était endormie. Ils ne lui adressent aucune prière précise, mais cherchent à lui plaire en chantant leurs plus beaux chants, espérant retrouver ainsi sa protection bienveillante. Cette cérémonie, appelée molimo, est l'affaire des hommes, tandis que l'elima, fête de la puberté féminine, est celle des femmes. Quand la célébration du molimo a été décidée, les hommes vont chercher en secret une trompe du même nom cachée dans la forêt ; généralement en bois tendre ou en bambou, elle peut n'être qu'un tuyau de plomb volé sur la grand'route. Lorsque, le soir, les femmes entendent le son du molimo qui s'approche, elles se réfugient dans les huttes. Les hommes passent la nuit à danser et à chanter autour du feu, et le matin le départ de la trompe marque le passage du sacré au quotidien. Le molimo peut se prolonger pendant plus d'un mois ; il cessera lorsque la forêt aura prouvé de nouveau sa bienveillance en rétablissant le cours normal des choses.

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Jacques MAQUET, « PYGMÉES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pygmees/