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PRÉVÔT

Agent du pouvoir seigneurial dans la France féodale, le prévôt (ou praepositus) est une sorte d'intendant doté de pouvoirs étendus : il administre, juge, perçoit les multiples taxes et amendes au nom du seigneur. Il représente aussi les premiers Capétiens sur le domaine royal, mais ses abus de pouvoir et les plaintes des populations qui s'ensuivent décident le roi à le placer sous le contrôle et l'autorité du bailli, évolution qui s'accomplit dans la seconde moitié du xiie siècle. L'avidité des prévôts, leurs brutalités et leurs exactions ont leur source dans la structure même de l'institution : donnée en fief ou vendue à ferme, la charge enrichissait son titulaire dans la mesure où il pressurait davantage clercs, bourgeois ou paysans. Celui qui recevait cette charge en fief cherchait, en outre, à la rendre héréditaire, acquérant ainsi encore plus d'indépendance vis-à-vis du pouvoir. Un certain nombre de villes, notamment dans le centre de la France, sont administrées par des prévôts qui en limitent les libertés soit au nom du roi, soit au nom du seigneur. Paris, qui n'a jamais reçu de charte de franchise, restera jusqu'à la fin de l'Ancien Régime une ville de prévôté. C'est Étienne Boileau, le plus célèbre des prévôts de Paris, qui, vers 1260, réformera la fonction. Le prévôt de Paris est désormais nommé par le roi et siège au Châtelet, d'où il exerce des pouvoirs équivalant à ceux des baillis. La capitale possède aussi, dès le Moyen Âge, un autre prévôt qui, d'abord chef des marchands de l'Eau, devient en fait le maire de Paris sous le nom de prévôt des marchands. Recruté dans la riche bourgeoisie qui se partage les charges municipales, il sera, sous l'Ancien Régime, nommé par le roi.

Au xive siècle, les prévôtés sont dessaisies de presque tous leurs pouvoirs, sauf en matière de justice locale. La multiplication des juridictions, en particulier la création des présidiaux au xvie siècle, accélère la décadence de ces tribunaux qui végéteront ou même disparaîtront avant la Révolution française.

— Solange MARIN

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BAILLI

    • Écrit par Solange MARIN
    • 311 mots

    Celui à qui est baillée (donnée) une mission. Commissaires royaux investis de pouvoirs d'administration, de justice et de finances, les baillis sont apparus vers la fin du xiie siècle. L'institution baillivale répondait à la double nécessité d'affermir le pouvoir du roi sur son domaine et...

  • BOILEAU ou BOILLESVE ÉTIENNE (1200 ou 1210-1270)

    • Écrit par Jean FAVIER
    • 232 mots

    Officier royal français. D'origine noble, peut-être orléanaise, Étienne Boileau est prévôt d'Orléans en 1259, puis de Paris en 1261. C'est sous son gouvernement que cette fonction essentielle — le prévôt est l'administrateur royal ordinaire — cesse d'être affermée pour être dorénavant...

  • CAPÉTIENS (987-1498)

    • Écrit par Jacques LE GOFF
    • 8 060 mots
    ...villes de leur royaume – foires et marchés –, notamment à Paris. Louis VI crée sur la rive droite le marché neuf des Champeaux, noyau du quartier des Halles. Sur ces domaines, les Capétiens installent au xie siècle des agents domaniaux, lesprévôts, chargés de percevoir droits et redevances.
  • CHÂTELET GRAND & PETIT

    • Écrit par Marcel LE CLÈRE
    • 788 mots

    L'appellation de Châtelet vient peut-être du castellum (petit fort) élevé par Jules César au nord de Lutèce pour en défendre et en surveiller l'accès. Les Mérovingiens y dressèrent une grosse tour en bois que conforta Charles le Chauve (870) jusqu'à ce que Louis VI le Gros construisît,...

  • Afficher les 7 références

Voir aussi