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CHÂTELET GRAND & PETIT

L'appellation de Châtelet vient peut-être du castellum (petit fort) élevé par Jules César au nord de Lutèce pour en défendre et en surveiller l'accès. Les Mérovingiens y dressèrent une grosse tour en bois que conforta Charles le Chauve (870) jusqu'à ce que Louis VI le Gros construisît, en 1130, un petit château fort (chastelet) qui commandait l'entrée du Grand-Pont qu'il venait de jeter sur la Seine et qui était, avec le Petit-Pont, le seul axe de pénétration dans la Cité. Sous Philippe Auguste, cet édifice perdit sa vocation militaire en raison de la construction des remparts de Paris et devint le siège officiel du prévôt de Paris, représentant du roi pour l'administration de la vicomté de Paris (la charge de vicomte n'existait plus depuis l'accession de Hugues Capet au trône de France). Les fonctions prévôtales, telles qu'elles furent exercées jusqu'à la Révolution de 1789, étaient politiques et militaires à l'origine ; elles devinrent exclusivement judiciaires sous l'Ancien Régime, mais l'importance du personnage apparaît sur son sceau qui est aux armes mêmes du roi et peut remplacer le sceau royal en certaines occasions.

Reconstruit plusieurs fois, notamment en 1242, 1506 et 1684, le Grand Châtelet occupait approximativement la place qui porte actuellement son nom, mais il jouait le rôle de porte de Paris, nom qu'il a d'ailleurs porté. Sa façade principale donnait sur la rue Saint-Denis et il était traversé par une ruelle sombre de vingt-huit mètres débouchant du côté de la Seine. Tournant le dos au Pont-au-Change, on voyait à gauche la porte du tribunal où siégeaient au nom du prévôt : un lieutenant civil aux fonctions analogues à un actuel président de tribunal de grande instance, un lieutenant criminel cumulant le rôle actuel de procureur de la République et de président d'un tribunal des flagrants délits criminels et, à partir de 1674, un lieutenant de police chargé des flagrants délits correctionnels (outre le soin d'assurer la police générale de la Ville). Autour de ces personnages gravitaient soixante-quatre conseillers, quarante-huit commissaires de police, une centaine de notaires et autant d'huissiers, plus de deux cents procureurs (avocats).

À droite (trottoir actuel du Théâtre de la Ville), on trouvait les prisons : vingt sinistres cellules et six salles de police dont quelques-unes situées à dessein au-dessous du niveau du fleuve, ce qui les rendait particulièrement malsaines. Tout autour du bâtiment à tourelles se pressaient, depuis le Moyen Âge, les échoppes des vingt bouchers, « conventionnés » de père en fils, et seuls autorisés à pratiquer l'abattage des animaux. D'où les noms des voies : rue de la Tuerie, du Pied-de-Bœuf, des Veaux... et surtout la puanteur et la saleté régnant à longueur d'année. Enfin, on y avait installé la Morgue au xviie siècle, où étaient recueillis chaque nuit jusqu'à quinze cadavres de bourgeois tués dans les rues ; leurs familles venaient les reconnaître par un étroit judas pratiqué dans la porte du local. Tout près, on appliquait le supplice de la « question aux prévenus » : absorption forcée d'eau (coquemars), brodequins ou élongation des membres.

La Révolution supprima les juridictions prévôtales et le bâtiment délaissé fut démoli en 1802. Sur la place ainsi constituée, Napoléon Ier fit édifier en 1808 une fontaine, colonne haute de vingt-deux mètres, surmontée d'une victoire ailée due au sculpteur Bosio.

Le Petit Châtelet défendait l'entrée sud de Paris et, pendant du Grand Châtelet, commandait l'accès au Petit-Pont. Le 20 février 886, avec une petite garnison de douze hommes, il tint tête à une invasion de deux mille Normands qui finalement le brûlèrent avec ses défenseurs. Réédifié en bois, le Petit Châtelet fut détruit par une inondation[...]

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Écrit par

  • : docteur en droit, commissaire divisionnaire de la ville de Paris, ancien chargé de cours à l'Institut de criminologie et à l'Institut international d'administration

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • POLICE SOUS L'ANCIEN RÉGIME

    • Écrit par Vincent MILLIOT
    • 4 135 mots
    • 1 média
    Paris ne se distingue a priori nullement des autres villes du royaume, tant la diversité des pouvoirs de police s'y retrouve. La juridiction royale du Châtelet, dont le poids ne cesse de s'affirmer depuis la fin du Moyen Âge, joue toutefois un rôle fondamental dans la construction d'une police qui s'émancipe...

Voir aussi