POLOGNE

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quelques données-clés.
Nom officielRépublique de Pologne (PL)
Chef de l'ÉtatAndrzej Duda (depuis le 6 août 2015)
Chef du gouvernementMateusz Morawiecki (depuis le 11 décembre 2017)
CapitaleVarsovie
Langue officiellepolonais
Unité monétairezloty (PLN)
Population38 138 000 (estim. 2022)
Superficie (km2)311 895

L'échec des réformes

Lorsque Gomulka partit en décembre 1970, son successeur Edward Gierek déclara que les erreurs sérieuses qui ont été commises par l'ancienne direction du parti ont abouti à une crise politique ouverte et finalement ont mené le pays au bord de la catastrophe. Selon Gierek, la tragédie est venue du fait que rien n'a été tenté sur le plan politique et que « l'emploi de la force – rien que de la force – a été la seule réponse aux manifestations ouvrières ».

Mais Gierek ne tirera pas les conclusions de son propre diagnostic. L'année 1976 avec l'emploi de la force – rien que de la force – le prouvera. Toutefois, il ne s'agirait pas uniquement de la question de l'emploi de la force.

La Pologne des années 1971-1983 se caractérise, en effet, par la continuité des crises cycliques de plus en plus graves issues d'un hiatus qui va en s'approfondissant entre le pouvoir du parti dirigeant (inscrit dans la Constitution en février 1976) et la majorité de la société. Par ailleurs, l'emprise soviétique issue des accords de Yalta provoque de plus en plus le mécontentement de la population, surtout à mesure que celle-ci réalise que les dispositions des accords de Yalta sur les élections libres et démocratiques en Pologne devant aboutir à un gouvernement légal n'ont pas été respectées.

La période 1977-1983 a été riche en publications, d'abord clandestines, puis légales, qui dévoilaient les faits historiques passés sous silence ou déformés durant trente ans. Ainsi, l'un des traits significatifs des dernières années a été la prolifération des documents et des commentaires historiques indiquant notamment qu'en 1944-1945 la majorité de la population soutenait le gouvernement polonais en exil à Londres et non celui que soutenait Moscou, que les groupements prosoviétiques étaient minoritaires et, enfin, que les élections de janvier 1947, prévues par les grandes puissances à Yalta, ont été falsifiées (selon les publications non gouvernementales) ou qu'elles « ne furent pas aussi régulières qu'elles auraient dû l'être... » (selon les publications du Parti ouvrier unifié polonais en 1981-1982).

Les porte-parole du gouvernement ont publiquement reconnu, entre 1980 et 1983, que la terreur régnait en Pologne entre 1948 et 1956 et que l'instauration du pouvoir communiste en Pologne avait été due essentiellement au « rapport des forces internationales ».

Andrzej Werblan, ancien secrétaire du comité central du POUP, a constaté que « dans le passé il y avait eu une manipulation de la vie publique », que « le rôle dirigeant du POUP avait été mal exercé » parce que l'appareil du parti remplaçait et doublait l'administration politique et économique d'État en exerçant ainsi le pouvoir de fait – sans responsabilité.

Pour Jerzy Wiatr (conseiller à l'époque du général Jaruzelski), « le pouvoir d'État n'a jamais résolu son problème initial, à savoir l'antagonisme entre les gouvernants et les gouvernés ». Pour les dirigeants actuels, « le penchant socio-démocratique et technocratique de Gierek » – premier secrétaire du POUP entre décembre 1970 et septembre 1980 – « a mené la Pologne d'une crise à l'autre aboutissant aux événements d'août 1980 ». En réalité, les dix années du gouvernement Gierek se divisent en deux périodes : celle de 1970 à 1975, liée à un certain progrès politique et économique taxé parfois de « petite stabilisation », grâce au relâchement des contraintes socioculturelles et au développement industriel rendu possible par d'importants emprunts auprès de la France, des États-Unis et de l'Allemagne de l'Ouest, et la période de 1975 à 1980 qui voit l'aggravation des difficultés économiques.

Edward Gierek, 1977

Photographie : Edward Gierek, 1977

Edward Gierek, premier secrétaire du Parti communiste polonais de 1970 à 1980. 

Crédits : Wojtek Laski/ Getty Images

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Le tournant de 1975

En 1975, le gouvernement procède à une réforme administrative dont le mot d'ordre est la « réduction de la bureaucratie ». Cette réforme aboutit à la liquidation des administrations de district et à la multiplication des voïvodies (préfectures) qui passent de 22, dont 5 départements urbains, à 49, dont 3 départements urbains : Varsovie, Cracovie et Lodz.

En 1975, également, le gouvernement publie un projet de Constitution, profondément remaniée par rapport à celle de 1952. On y voit pour la première fois l'affirmation précise du rôle dirigeant du parti (art. 3) et l'obligation d'amitié avec l'URSS (art. 6 et préambule). Ces textes définissent les objectifs de la nation, de l'État et de la Constitution en termes « d'indépendance et de souveraineté de la nation polonaise » en même temps qu [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-IV
  • : directeur scientifique au C.N.R.S., professeur à la faculté de droit de l'université de la Sarre
  • : maître de recherche au C.N.R.S.
  • : directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : docteur en études politiques, ancien chargé de recherche au C.N.R.S., ancien chargé de cours à l'université de Paris-II
  • : historien, chargé d'enseignement à l'Institut d'études européennes, université de Paris-VIII
  • : docteur d'État ès lettres, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean BOURRILLY, Georges LANGROD, Michel LARAN, Marie-Claude MAUREL, Georges MOND, Jean-Yves POTEL, Hélène WLODARCZYK, « POLOGNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pologne/