FOMENKO PIOTR (1932-2012)

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Piotr Fomenko appartient à la grande histoire du théâtre russe d'après le dégel. Metteur en scène-pédagogue, réalisateur de plusieurs films de cinéma et de télévision, il dirigeait depuis 1993 une jeune troupe, l'Atelier Piotr Fomenko, aujourd'hui couronnée de nombreux prix – apothéose d'une carrière difficile dans la Russie brejnevienne.

Né le 13 juillet 1932 à Moscou, Piotr Fomenko est d'abord passé par l'Institut musical Gnessine (classe de violon), puis par la faculté des lettres de l'Institut pédagogique de Moscou, avant d'apprendre le jeu de l'acteur à l'école-studio du Théâtre d'Art, d'où il est renvoyé au bout de deux ans et demi, puis de se former comme metteur en scène au G.I.T.I.S. (Conservatoire d'art dramatique), dans la classe d'Andreï Gontcharov où il suit les cours de N. Gortchakov, N. Popov, M. Knebel. Dès la troisième année, il assiste Gontcharov au théâtre de la Malaïa Bronnaïa. En 1961, commence un long parcours qui va le conduire dans près de quarante théâtres de l'U.R.S.S., de Moscou à Tbilissi, en passant par le théâtre de la Comédie de Léningrad (Cette charmante vieille maison d'Alexis Arbouzov, 1973 ; La Forêt d'Alexandre Ostrovski, 1979), le seul lieu qu'il dirigera, de 1977 à 1981. En 1965, il monte L'Instruction de Peter Weiss à la Taganka que dirige Iouri Lioubimov. L'année suivante, sa mise en scène de La Mort de Tarelkine, d'Alexandre Soukhovo-Kobyline est interdite à Moscou, tout comme en 1968 Mystère-Bouffe de Maïakovski, présenté dans une nouvelle version de M. Razovski. Si Fomenko n'est pas un homme de compromis, il n'est pas non plus l'homme des affrontements directs. L'errance fut son moyen de résistance, comme le travail avec le théâtre étudiant de l'université Lomonossov où il monte Svetlov, Maïakovski et des auteurs non publiés comme Ionesco et Beckett. Mais là aussi la censure veille, qui condamne Le Jour de Tatiana, montage sur la gaieté de l'ébriété à la russe.

Dès le début des années 1980, Piotr Fomenko équilibre cette vie artistique intense, mais fragilisée par la censure, en la consacrant en partie à la pédagogie au Gitis. La seconde promotion qu'il forme – recrutée en 1988 et qui bénéficie de l'air frais de la perestroïka – termine le Gitis sans vouloir se disperser. Révélés par Loups et brebis d'Ostrovski, leur spectacle de fin d'études en 1992, toujours joué aujourd'hui, les jeunes acteurs veulent continuer à progresser ensemble et possèdent déjà à leur actif un véritable répertoire. Cette troupe exceptionnelle, bientôt baptisée Atelier Piotr Fomenko, vagabondera dans les théâtres moscovites et les festivals étrangers avant de trouver en 1997 son lieu – un vieux cinéma qu'une banque aide à réhabiliter. Depuis leur inauguration en janvier 2000, les deux petites salles ne désemplissent pas. Il est prévu que ce lieu trop exigu, soit complété par un théâtre construit à proximité, au bord de la Moskova, sur un terrain donné par la mairie de Moscou, les travaux étant financés par le mécénat. Fomenko défend la conception originale d'un théâtre rattaché à l'Atelier, alors que, dans l'histoire du xxe siècle, c'est plutôt celle du studio ou de l'atelier dépendant du théâtre qui a prévalu.

Son expérience professionnelle, qui l'a mis en contact avec de nombreuses troupes, a fait comprendre à Fomenko que la grande mise en scène est celle qui se consacre à la formation de grands comédiens, capables de matérialiser le dessein du metteur en scène. Au début des années 1990, alors que les plus célèbres metteurs en scène de la période de stagnation sont morts (Efros, Tovstonogov) ou s'appuient sur leur gloire passée (Lioubimov, Efremov), Fomenko voit sa carrière prendre un élan nouveau. Sa renommée, jusque-là plus discrète, grandit, en même temps que celle de ses « fomenki », Iouri Stepanov, Karen Badalov, les jumelles Koutepova, Galina Tiounina, Madlena Djabraïlova, Polina Agoureeva. Il a aussi formé des metteurs en scène qui travaillent à l'Atelier (S. Genovatch, I. Popovski) ou ailleurs (I. Rybkine).

En dehors de l'Atelier, Fomenko donne Les Innocents coupables d'Ostrovski (1993), un de ses auteurs préférés (il montera également La Forêt, en 2004), avec les acteurs chevronnés du théâtre Vakhtangov ; il secoue l'inertie de la vieille troupe en installant ce spectacle à succès dans le [...]

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  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur du Laboratoire de recherche sur les arts du spectacle

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Pour citer l’article

Béatrice PICON-VALLIN, « FOMENKO PIOTR - (1932-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/piotr-fomenko/