PIERRE DE CORTONE (1596-1669)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La vie et l'œuvre de Pierre de Cortone, peintre et architecte, sont indissolublement liées à l'histoire du mouvement baroque, dont il fut un des premiers et des plus éminents représentants. Il a marqué de son empreinte l'évolution de la peinture italienne, en créant quelque chose de neuf, qui répondait en même temps aux exigences de la société contemporaine ; il est parvenu à réaliser un heureux accord entre ses moyens d'expression et le sentiment nouveau de grandeur et de richesse qu'imposaient les hauts dignitaires de l'Église catholique et l'esprit monarchique régnant à l'époque, et il sut se maintenir dans cette voie jusqu'à la fin, encouragé en cela par les louanges et les récompenses dont il bénéficia largement durant sa longue existence. Certain d'avoir laissé une trace profonde dans son siècle, il ne donna aucun signe de fatigue ou d'épuisement, même dans l'exécution de ses toutes dernières œuvres.

Vénus en chasseresse apparaît à Énée, P. de Cortone

Photographie : Vénus en chasseresse apparaît à Énée, P. de Cortone

Pierre de Cortone (1596-1669), Vénus en chasseresse apparaît à Énée, huile sur toile, vers 1635. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

Afficher

L'époque n'était certes pas des plus favorables pour la culture et l'histoire italiennes : vers le milieu du siècle, au moment où l'artiste atteignait à sa pleine maturité, la paix de Westphalie consacrait la cristallisation de deux blocs antagonistes, et la scission religieuse apparaissait désormais insurmontable. Dans le nouvel équilibre qui s'instaure, avec le déclin de l'Empire germanique et de l'influence pontificale, Rome perd l'hégémonie politique, mais n'en continue pas moins d'imposer ses canons en matière d'art, grâce aux peintres, sculpteurs et architectes baroques qui réussissent à créer les formes d'expression les plus appropriées à l'esprit des forces nouvelles constituées au xviie siècle. Bien qu'associé au destin de Rome et se situant au début d'une époque caractérisée par le passage actif à des tendances esthétiques qui proposaient les images propres à exalter les principes des nouvelles classes dirigeantes, Pierre de Cortone a pu se considérer comme l'instigateur d'une manière de peindre et de décorer qui, en dépit des variations de la mode, se prolongea pendant plus d'un siècle et bénéficia de plus d'une extraordinaire diffusion.

Il n'est pas douteux qu'en raison de sa contribution majeure au nouvel élan donné à l'Europe entière, à partir de la première moitié du xviie siècle, par la culture artistique de Rome Pierre de Cortone doive être tenu pour la personnalité la plus influente parmi les peintres italiens de sa génération ; et cela, pourtant, à un moment où surgissait en Europe une culture plus libre, plus moderne, non seulement dans la bourgeoise Hollande, mais aussi dans la vieille, aristocratique et décadente Espagne, alors que Rembrandt, Vermeer, Vélasquez participaient, par des voies diverses, au renouvellement en profondeur de la peinture.

Telle fut la position de Pierre de Cortone, et tel aussi le destin historique du baroque.

Le peintre des Barberini

Pietro Berrettini, dit Pietro da Cortona ou en français Pierre de Cortone, du nom de sa ville natale en Toscane, entre tout jeune dans l'atelier du peintre florentin Andrea Commodi qui lui inculque les premiers rudiments de l'art ; il semble bien que, dès cette époque, il ait commencé à se livrer à une véritable activité picturale. Il accompagne Commodi à Rome en 1612, et reste avec lui pendant deux ans avant de rejoindre l'atelier de Baccio Ciarpi. Rome est alors le siège d'une intense activité artistique, sous l'impulsion du pape Paul V et de son neveu Scipion Borghese, activité qui imprime un cours nouveau au goût de l'époque. Pierre travaille assidûment à reproduire les œuvres de l'Antiquité (il dessine en particulier les reliefs de la colonne Trajane) ; parmi les modernes, il est séduit surtout par les décorations de Polidoro da Caravaggio. C'est de ce premier séjour romain que datent les fresques de la villa Arrigoni à Frascati, celles de la galerie du palais Mattei di Giove (1622-1623), les copies de la Vierge du Titien (Capitole, Rome) et de la Galatée de Raphaël (galerie de l'académie de saint Luc, Rome) et le Serment de Sémiramis (collection Mahon, Londres), œuvres qui signalent déjà clairement l'apparition d'une nouvelle expression. Mais sa première réalisation d'envergure est sans dou [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Médias de l’article

Vénus en chasseresse apparaît à Énée, P. de Cortone

Vénus en chasseresse apparaît à Énée, P. de Cortone
Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

photographie

Plafond du palais Barberini, P. de Cortone

Plafond du palais Barberini, P. de Cortone
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professore libero docente di storia dell'arte medievale e rinascimentale
  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  PIERRE DE CORTONE (1596-1669)  » est également traité dans :

LE BRUN CHARLES (1619-1690)

  • Écrit par 
  • Jennifer MONTAGU
  •  • 3 110 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Un peintre officiel »  : […] Né à Paris, fils d'un sculpteur de second ordre, Le Brun fit montre d'un talent précoce. Son premier maître fut François Perrier, mais, dès avant 1633 ou 1634, la protection du futur chancelier Séguier lui avait ménagé une entrée dans l'atelier de Simon Vouet, le peintre le plus en vogue de Paris. Cependant, il se lassa vite des travaux subalternes dont on le chargeait et il partit pour Fontainebl […] Lire la suite

TAPISSERIE

  • Écrit par 
  • Pascal-François BERTRAND
  •  • 7 992 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Baroque et classicisme : le xviie siècle »  : […] Bruxelles, qui avait été le haut lieu de la tapisserie au xvi e  siècle, dut céder sa suprématie aux manufactures françaises au siècle suivant. Les tapissiers anversois, qu'avaient rejoints des liciers émigrés de la capitale du Brabant, proposaient une production abondante, mais qui n'était pas toujours de grande qualité. En Hollande, le principal centre de tissage était Delft. En 1597, Henri IV o […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Giuliano BRIGANTI, Claude MIGNOT, « PIERRE DE CORTONE (1596-1669) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-de-cortone/