PASSY ANDRÉ DEWAVRIN, dit LE COLONEL (1911-1999)

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Compagnon de la Libération, il fut l'unique chef des services secrets de la France libre.

Né le 9 juin 1911 à Paris, dans une famille d'industriels, André Dewavrin, licencié en droit et polytechnicien, est professeur adjoint de fortification à Saint-Cyr en 1938-1939. Rapatrié de Norvège, cet officier de vingt-neuf ans rallie de Gaulle dès la fin de juin 1940 et devient chef des 2e et 3e bureaux d'un état-major encore très réduit. Avec l'industriel André Manuel, il constitue à Londres un service de renseignements entièrement français, soucieux de « faire ressortir la valeur des efforts de la France résistante ». Passy recrute des non-professionnels sur critères patriotiques et, à partir des vingt-neuf agents clandestins des dix-huit premiers mois, il multiplie les informateurs en France occupée ; le seul réseau Rémy passe, en moyenne mensuelle de courriers expédiés vers Londres, de 50 à 1 000 pages. Avec un bureau de codes et déchiffrement, quatre sections (action, renseignements, évasions, archives), la section de contre-espionnage de Roger Wybot et son fichier, le Bureau central de renseignements et d'action (B.C.R.A.) devient une formidable machine de guerre clandestine dont le chef révèle « une solidité, une clarté de vue et un talent d'organisation hors pair, doublés d'un esprit d'entreprise toujours en éveil » (J.-L. Crémieux-Brilhac).

Passy effectue personnellement en France occupée, du 26 février au 16 avril 1943, la mission Arquebuse et s'emploie à regrouper ses réseaux principaux autour de deux centrales de transmissions, Coligny et Prométhée. Si les liaisons et transmissions du B.C.R.A. restent toujours sous contrôle britannique et se ralentissent parfois au gré des tensions franco-anglaises, l'Intelligence Service apprécie ses renseignements. Malgré les arrestations, Londres recevra 3 472 messages des services d'action en juillet 1944 et, en comptant ceux des agents de renseignements, la moyenne atteindra 170 télégrammes par jour. La section R.F. du Special Operations Executive (S.O.E.) est le canal de ses actions militaires en France, dont de spectaculaires sabotages à Pessac, Allouis, Le Creusot ; la section F du S.O.E. agit, quant à elle, sous la seule autorité du colonel Buckmaster, mais Passy reconnut sa valeur stratégique.

Vilipendé par beaucoup, dont la philosophe Simone Weil, qui rejetait les « techniciens de la conspiration », le B.C.R.A. de Passy fut, avec sa section politique animée par des hommes de gauche, l'indispensable lien entre la France occupée et ceux qui incarnaient la légitimité française dans l'effort de guerre allié.

Passy a fait du B.C.R.A. de Londres, au sein de la Direction générale des services spéciaux d'Alger, un état-major de l'action en France où s'élaborèrent les grands plans de sabotage destinés à paralyser les forces nazies au moment du débarquement (plans vert pour les voies ferrées, Tortue-Bibendum pour les routes, violet pour les transmissions téléphoniques, bleu pour les lignes à haute tension).

Institués par Passy dès 1943, les délégués militaires régionaux facilitèrent la coordination clandestine des combattants avant que les missions Jedburgh, qui associaient des officiers alliés, ne dynamisent les maquis durant l'été de 1944. Après avoir été chef d'état-major du général Kœnig, commandant en chef des Forces françaises de l'intérieur (F.F.I.), Passy participa personnellement en Bretagne, en août 1944, à la plus efficace offensive commune des troupes de Patton et des F.F.I., dont le général Eisenhower écrivit qu'elles lui rendirent le service de quinze divisions.

Malgré sa réputation, fausse, de fasciste, André Dewavrin, qui devait appeler à voter Mitterrand en 1981, avait aidé aux liaisons clandestines avec le P.C.F. et financé le réseau communiste Fana. La présence à ses obsèques de Lise Ricol, ancienne déportée, veuve d'Artur London et organisatrice des premières manifestations de femmes dans Paris occupé, a témoigné de l'unité nationale que le gaullisme symbolisa dans la France de 1944.

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « PASSY ANDRÉ DEWAVRIN, dit LE COLONEL (1911-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/passy/