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WYBOT ROGER WARIN dit ROGER (1912-1997)

Fondateur, en 1944, de la Direction de la surveillance du territoire (D.S.T.), Roger Wybot la dirigea jusqu'en 1958, s'y montrant, selon Paris-Match, comme un « alliage infernal de Cagliostro et de Vidocq ». Né à Paris le 13 octobre 1912, Roger Warin fait des études scientifiques ; officier d'artillerie en 1936, il se bat pendant la campagne de France puis, avec la 1re D.F.L., de 1942 à 1944, sur les fronts d'Afrique et du sud de la France. Mais si ses services militaires lui valent sa croix de compagnon de la Libération, c'est à Londres, au Bureau central de renseignements et d'action (B.C.R.A.) de la France libre, que Roger Wybot trouve et son nom définitif et sa vocation policière.

Responsable du contre-espionnage du B.C.R.A. en 1941-1942, il s'y forme à la détection des agents ennemis et va poursuivre après la guerre la traque des nazis et de leurs collaborateurs. Créée par ordonnance du 16 novembre 1944, la Direction de la surveillance du territoire, rattachée au ministre de l'Intérieur via la Direction générale de la Sûreté nationale, exerce sur le sol français les fonctions que remplira, en direction de l'étranger, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (S.D.E.C.E.). Service civil cependant couvert par le « secret-défense », la D.S.T. est subdivisée, le 22 novembre 1944, en Service de documentation, Service central de recherche et d'exploitation, Police des communications radio-électriques et Service central de manipulation. Mêlée aux intrigues partisanes, elle n'échappe pas au reproche fait à tous les services spéciaux : contribuer parfois à discréditer le régime qu'ils sont censés servir.

« L'écurie Wybot » mène à bien très rapidement l'interception de dix mille collaborateurs des services allemands grâce aux opérations « Liqui » et « Extra Liqui », mais Roger Wybot reconnaît que, jusqu'en 1947, ses services jugent normal d'utiliser des anciens de l'Abwehr et de la Gestapo. Il veille toutefois à avoir des autorisations écrites de son ministre et met aussi « sous le coude » des dossiers délicats. C'est en effet à la D.S.T. qu'on demande d'élucider plusieurs affaires de trahisons des années de l’Occupation : dossiers de l'O.C.M. à Bordeaux, du réseau Alliance, de l'arrestation de Jean Moulin. Sur cette tragédie, c'est dans le bureau de Roger Wybot que René Hardy reconnut une seule fois sa responsabilité, malgré son premier acquittement, après qu'on lui eut présenté la preuve de son arrestation par Barbie.

Durant la guerre d’Indochine, la D.S.T. mit au jour « l'affaire des généraux », qui fut utilisée par des centristes contre des ministres socialistes, et « l'affaire des fuites », dans laquelle le secrétaire général de la Défense nationale fut convaincu d'avoir laissé communiquer au Parti communiste ses notes secrètes sur les réunions du Comité de défense nationale. La mise en accusation du chef d'état-major de l'armée en 1949, la mise en cause de ministres en 1954 et des années d'actions anticommunistes valurent à Roger Wybot de nombreux ennemis. Il contribua à préparer le retour au pouvoir du général de Gaulle dans l'espoir que ce dernier encouragerait son activisme pour l'Algérie française mais il fut relevé de ses fonctions dès le 15 décembre 1958. Il s'est estimé « congédié comme un malfaiteur » mais fut cependant nommé inspecteur général des services et écoles de police et, de 1968 à 1972, directeur de l'Inspection générale de la police nationale.

Acupuncteur amateur et auteur de pièces de théâtre, Roger Wybot, mort à Paris le 26 septembre 1997, a confié au journaliste Philippe Bernert son portrait de sphinx, publié en 1975 sous le titre Roger Wybot et la bataille pour la D.S.T.

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Écrit par

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • PASSY ANDRÉ DEWAVRIN, dit LE COLONEL (1911-1999)

    • Écrit par Charles-Louis FOULON
    • 730 mots

    Compagnon de la Libération, il fut l'unique chef des services secrets de la France libre.

    Né le 9 juin 1911 à Paris, dans une famille d'industriels, André Dewavrin, licencié en droit et polytechnicien, est professeur adjoint de fortification à Saint-Cyr en 1938-1939. Rapatrié de ...

Voir aussi