LANGUES ET LANGAGE ORIGINE DES

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Le débat sur l'apparition du langage

Si la plupart des chercheurs pensent que la faculté de langage n'est pas apparue après l'émergence de notre espèce, le consensus est moins net sur la question de savoir si elle était apparue avant, autrement dit, si d'autres espèces d'hominidés, notamment les Néandertaliens, possédaient un langage de même nature que le nôtre.

Le processus d'hominisation, qui a duré six à huit millions d'années, a comporté de nombreuses étapes. Deux stades sont généralement considérés comme les plus pertinents dans les discussions sur l'émergence et l'évolution du langage : l'apparition d'Homo erectus, il y a 1,7 million d'années environ, et la naissance de notre propre espèce, Homo sapiens moderne, il y a quelque cent mille ans. Homo erectus a représenté un incontestable succès évolutif : premier hominidé à sortir d'Afrique, il a conquis tout l'Ancien Monde, et il a connu un développement continu de ses facultés cognitives et de sa technologie, conduisant ainsi à la naissance des différentes lignées d'Homo sapiens archaïques (comme l'homme de Néandertal en Europe, l'homme de Rhodésie en Afrique, l'homme de Solo à Java, ou peut-être, découvert plus récemment – octobre 2004 – en Indonésie et encore sujet à controverse, l'homme de Flores), qui maîtrisaient le feu, la chasse aux gros mammifères, la construction d'habitats, etc. Quant à notre espèce, issue de l'un de ces groupes d'Homo sapiens archaïques en Afrique de l'Est, elle s'est à son tour dispersée sur toute la planète, supplantant les autres descendants d'Homo erectus, qui auraient fini par disparaître entièrement (il y a environ trente mille ans pour les Néandertaliens, plus récemment encore pour l'homme de Flores), sans se mêler à notre espèce, si l'on suit la thèse du goulot d'étranglement. C'est à des représentants de notre espèce que l'on doit ce que l'on a appelé « l'explosion symbolique », qui a commencé il y a quelque trente mille ans, et dont l'art pariétal (grottes ornées comme la grotte Chauvet ou la grotte de Lascaux) représente l'expression la plus spectaculaire.

Aurochs et chevaux, Lascaux

Photographie : Aurochs et chevaux, Lascaux

La représentation de bêtes sauvages dans les grottes ornées marque un moment clé de l'histoire de la représentation. On y voit se former un système de pensée global, où l'humain éprouve le pouvoir d'abstraction de l'image. Aurochs et chevaux, peintures magdaléniennes (15 000 ans avant... 

Crédits : Fine Art Images/ Heritage Images/ Getty Images

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La plupart des chercheurs qui travaillent aujourd'hui sur le problème de l'origine du langage s'accordent à penser que le système de communication des hominidés s'est lui aussi développé en deux étapes, qu'il est tentant de faire correspondre respectivement aux succès d'Homo erectus et d'Homo sapiens moderne, même si l'on ne dispose d'aucun élément vraiment probant qui pourrait valider complètement cette thèse.

On a cru dans les années 1980 pouvoir utiliser des données fossiles sur la conformation anatomique de l'appareil phonatoire. On sait en effet que les humains ont un conduit vocal très différent de celui des grands singes, avec en particulier une position plus basse du larynx, qui permet de proférer une très grande variété de sons, mais qui présente aussi un inconvénient majeur : on peut s'étouffer en avalant « de travers » (obstruction de la trachée artère par de la nourriture). La descente du larynx n'a donc pu devenir un avantage évolutif qu'en raison d'une pression de sélection liée au langage. On a donc cherché à reconstruire la forme du conduit vocal de différents hominidés à partir d'éléments osseux fossiles (notamment la forme de l'os hyoïde). Les premières simulations, réalisées par Philip Lieberman, semblaient prouver que les premiers Homo erectus n'étaient pas très différents des grands singes de ce point de vue, et que l'homme de Néandertal lui-même n'avait pas la capacité de produire toute l'étendue des sons du langage humain. Mais l'interprétation de ces derniers résultats a été infirmée par d'autres simulations. De plus, il n'est pas dit qu'un répertoire sonore aussi développé que le nôtre soit un prérequis pour l'émergence du langage humain, et, à vrai dire, l'existence des langues des signes, utilisées par les sourds, montre que le langage humain peut se passer de l'ensemble de l'appareil phonatoire !

Les données sur la taille et la conformation du cerveau ont aussi été mises en relation avec l'évolution du langage. Le coefficient d'encéphalisation (qui mesure le volume de l'encéphale relativement à la taille corporelle) a connu une forte augmentation au cours des derniers cinq cent mille ans chez [...]

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Aurochs et chevaux, Lascaux

Aurochs et chevaux, Lascaux
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Crâne de l'homme de Kabwe

Crâne de l'homme de Kabwe
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Bernard VICTORRI, « LANGUES ET LANGAGE ORIGINE DES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/origine-des-langues-et-langage/