GARCIA NICOLE (1948- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Née en 1948 à Oran, en Algérie, Nicole Garcia entre au conservatoire à Paris dont elle sort en 1967 avec un prix de comédie moderne. Elle passe alors une licence de philosophie puis joue au théâtre Brecht, Corneille, Musset, Tchekhov, Shakespeare (mis en scène par Roger Planchon). Elle débute à l'écran en 1974 avec Que la fête commence de Bertrand Tavernier, sans abandonner vraiment les planches (Deux sur la balançoire de W. Gibson, dirigé par Bernard Murat en 1986 et 1987). En 1980, elle obtient le César du meilleur second rôle pour Le Cavaleur (Philippe De Broca). La même année, Les Uns et les autres (Claude Lelouch) et surtout, Mon oncle d'Amérique (Alain Resnais), où elle tient le rôle principal de Janine qui prend son destin en main, vont l'amener à travailler essentiellement pour un cinéma d'auteur exigeant signé Pierre Schoendoerffer, Laurent Heynemann, Claude Sautet, Joël Santoni, Jacques Rouffio, Nadine Trintignant, Bertrand Blier, Brigitte Roüan, Lucas Belvaux ou Claire Simon.

Nicole Garcia incarne généralement des personnages de caractères. Elle se montre tour à tour complexe, séduisante mais déterminée, jamais lisse ou superficielle, parfois manœuvrière (l'ex-épouse qui va débusquer à Cabourg l'homme volage accompagnée de sa fille et de la maîtresse dans Un homme à la mer, de Jacques Doillon, 1993), ambiguë (quand elle provoque le jeune professeur sous les yeux de son mari dans Péril en la demeure, Michel Deville, 1985), destructrice (lorsqu'elle est contrariée par son amant dans Aux petits bonheurs, Deville, 1993)... Claude Miller lui confie par deux fois un rôle très négatif : Betty Fisher et autres histoires (2004) s'ouvre sur le violent coup de folie qui traumatisera à jamais sa petite fille ; elle incarne aussi la star profondément désagréable pour tous ses proches dans La Petite Lili (2003), adaptation moderne de La Mouette de Tchekhov.

Passée à la réalisation avec Un Week-end sur deux (1990), portrait d'une mère comédienne divorcée (interprétée par Nathalie Baye) fuyant avec ses deux enfants en proie à une grave crise identitaire, Nicole Garcia s'applique dans ses films à creuser la veine psychologique caractéristique de la « nouvelle qualité française » en y insérant des personnages de « polar » un peu décalés, obligés de renoncer à leurs automatismes pour s'adapter à des milieux inhabituels. Dans une Nice hivernale vidée et plombée, Le Fils préféré (1995) raconte une recherche d'argent qui tourne à l'examen de conscience de Jean-Paul (interprété par un excellent Gérard Lanvin), piégé par son existence faite de petites arnaques et de drogue, aux abois de la mi-vie quand il se retrouve plongé dans la fratrie de son enfance et obligé de se confronter à son père. Place Vendôme (1998) vacille avec le personnage cassé de Marianne (Catherine Deneuve), errant dans le monde labyrinthique des diamantaires que son alcoolisme a mis à distance. La belle idée du film est de lui adjoindre un double, la jeune vendeuse arriviste qui va connaître des expériences voisines, de la tristesse et du désarroi au retour de la force vitale.

Après L'Emploi du temps (2001) de Laurent Cantet, L'Adversaire (2002) constitue la seconde adaptation du récit d'Emmanuel Carrère relatant l'affaire Roman. Les partis pris sont opposés : la cinéaste insiste sur les cinq meurtres (que Cantet occultait) dont elle fait le présent filmique d'où partent les flash-back qui structurent le film, et Daniel Auteuil se montre impressionnant parce qu'on ne sait pas s'il joue l'opacité ou la transparence du personnage. Dès lors, cet homme qui se noie fait vraiment peur. Dans Selon Charlie (2006), une poignée d'hommes se croisent, se ratent et se heurtent au gré du parcours incertain du petit Charlie, go between malhabile qui mélange les pièces du patchwork plutôt que d'essayer de tisser de véritables liens. Au lieu d'un suspense, on a alors un jeu de cache-cache, et ces afféteries de récit nuisent quelque peu à l'émotion. Nicole Garcia a en tous cas le goût d'utiliser tous les ressor [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

Classification

Autres références

«  GARCIA NICOLE (1948- )  » est également traité dans :

L'ADVERSAIRE (N. Garcia)

  • Écrit par 
  • Michel ESTÈVE
  •  • 953 mots

Après Laurent Cantet (L'Emploi du temps), Nicole Garcia s'inspire d'un même fait-divers : le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tuait sa femme, ses deux enfants et ses parents, puis tentait de se suicider en mettant le feu à sa maison. Sauvé, jugé il fut condamné à la prison à perpétuit […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « GARCIA NICOLE (1948- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicole-garcia/