SCHOENDOERFFER PIERRE (1928-2012)

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Né en 1928, écrivain et cinéaste soldat, peintre inspiré par la gloire militaire, analyste rigoureux de l'honneur et des valeurs du métier des armes comme de la camaraderie des combats, Pierre Schoendoerffer n'en oublie pas pour autant que ses personnages ne sont pas de purs acteurs de tragédies mais ont les pieds dans la boue et connaissent la nostalgie amère, ce qui fait d'eux des héros proches de ceux de Raoul Walsh, Samuel Fuller ou William Wellman.

Matelot à dix-neuf ans, engagé volontaire en 1952 pendant la guerre d'Indochine, aventurier remarqué, fait prisonnier à Diên Biên Phu, Pierre Schoendoerffer reste sur place une fois démobilisé et devient correspondant de guerre pour la presse écrite, les reportages photographiques et bientôt télévisés. Alors qu'il réalise des courts-métrages documentaires, sa rencontre avec Joseph Kessel l'oriente vers le cinéma de fiction. Il tourne en Afghanistan un sujet signé du romancier – La Passe du diable (coréalisé avec Jacques Dupont, 1956) – photographié par Raoul Coutard et produit par le jeune Georges de Beauregard, un des futurs grands producteurs de la Nouvelle Vague. Dans la foulée, les trois hommes portent à l'écran deux romans de Pierre Loti. Aux antipodes des premiers longs-métrages que tournent à ce moment Truffaut, Chabrol ou Godard, Ramuntcho (1958) et Pêcheurs d'Islande (1959) ne trouvent pas leur public.

Schoendoerffer écrit alors un roman et tourne aussitôt le film correspondant racontant le vécu d'opérations auxquelles il a pu participer afin de faire ressentir la fraternité virile liant les militaires de carrière. Au Laos en 1954, La 317e Section (1964) doit parcourir 150 kilomètres dans la brousse pour rejoindre une division chargée de porter secours aux forces françaises à Diên Biên Phu où la bataille décisive s'est engagée. Le jeune lieutenant (Jacques Perrin) et l'adjudant baroudeur (Bruno Cremer) ont des vues divergentes sur la façon de mener cette mission. Le cinéaste s'attache au quotidien le plus matériel (la végétation, le climat, le parcours, les « Viets »...) décrit dans un (faux) huis clos à la fois physique (un enfer vert dont il paraît impossible de sortir) et psychique (chacun étant retranché en soi même car aucun souvenir – notamment féminin – ne saurait les distraire des problèmes de survie qui assaillent la section). Tournés pour la télévision, La Section Anderson (1967) ou La Sentinelle du matin (1972) retrouvent les mêmes conditions qui permettent à Schoendoerffer d'évacuer en grande partie tout esprit militariste, patriotique, colonialiste, raciste et – au sens le plus large du terme – « politique » pour demeurer au plus près d'hommes en guerre, pensant et souffrant, respectueux d'un ordre mais réfléchissant à son bien-fondé.

Il faut reconnaître que les autres diptyques que forment toujours roman et film ne retrouveront plus pareil équilibre, que ce soit dans le thriller (le « soldat perdu » qui ne peut se réadapter à la vie civile : Objectif 500 millions, 1966), à propos de la guerre d'Algérie où les deux camps sont pratiquement renvoyés dos à dos (L'Honneur d'un capitaine, 1982), ou encore dans la fresque Diên Biên Phu (1991) au pesant parallèle entre Hanoï et le terrain de la bataille. Mais si le silence fait sur les causes de cette guerre d'indépendance est gênant, le tableau des hommes abandonnés à la mort et montrés pendant la dernière demi-heure est d'une force terrifiante.

Le Crabe-Tambour (1978) irrita ceux qui ont surtout vu dans ses personnages de vieux et pathétiques militaires ressassant leurs souvenirs de campagnes, accrochés à l'image d'un pittoresque lieutenant arborant un singe sur l'épaule. Mais il y a les rivages glacés du grand nord, l'approche de la mort, le déclassement d'un bâtiment de guerre affecté à l'assistance aux chalutiers et la peinture d'officiers droits dans leurs bottes regrettant la grandeur d'une France dont Schoendoerffer aimerait pouvoir être le chantre mais dont il se résout à peindre l'anachronisme avec un curieux sens du panache masochiste ! Plus de vingt ans après son roman Là Haut (publié en 1981), le cinéaste en fait à soixante-quinze ans un film somme – Là Haut, un roi au-dessus des nuages (2003) bâti autour d'un cinéaste baroudeur disparu en Thaïlande en plein tournage d'un film dont les rushes sont des extraits des propres films de Schoendoerffer...

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « SCHOENDOERFFER PIERRE - (1928-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-schoendoerffer/