DEVILLE MICHEL (1931- )

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en avril 1931, Michel Deville, ancien assistant de Henri Decoin, réalise d'abord, de 1960 à 1970, douze films écrits et montés par Nina Companeez, fille du scénariste Jacques Companeez, auteur de plus de soixante films entre 1936 et 1956. Dosant avec maîtrise et sens de l'équilibre des ingrédients souvent disparates, il va imposer une « Deville Touch » vive et tendre dans le ton d'une comédie à la sensibilité délicate. La fragilité des intrigues, le balancement entre douceur et cruauté, frivolité et gravité font déjà de Ce soir ou jamais (1960), Adorable Menteuse (1961) et À Cause, à cause d'une femme (1962) des bijoux délicieusement ciselés par une narration non conventionnelle et un sens plastique d'une rare élégance. Mais le cinéma ne respire en ce début des années 1960 qu'au rythme d'une Nouvelle Vague dont Deville prend le contre-pied. Il faudra attendre Benjamin, ou les Mémoires d'un puceau (1967), récit de l'éducation sentimentale et sexuelle d'un jeune homme dans la noblesse libertine du milieu du xviiie siècle, pour que le public et la critique s'intéressent de près à ces personnages qui choisissent toujours la nouveauté et l'aventure contre le confort du quotidien.

La fin de sa collaboration avec Nina Companeez, qui passe elle-même à la réalisation après Raphaël, ou le Débauché (1970), sombre peinture fastueuse d'un xixe siècle à la Musset, va accroître le côté sombre de l'inspiration de Deville qui perçait déjà dans Bye bye Barbara (1968) où les apparitions mystérieuses d'une jeune femme (Eva Swann) dégageaient une inquiétude et une souffrance transcendant le suspense policier. Deville laisse alors libre cours à son goût pour les défis cinématographiques. Dans chaque film, désormais, la forme devient le vecteur de son inspiration créatrice : si Dossier 51 (1978) est une mise au net de sa thématique (l'effrayante prise de possession, à son insu, d'un citoyen anonyme par les services secrets), c'est aussi un piège sans issue, constitué de microséquences montées à partir d'un roman de Gilles Perrault lui-même composé exclusivement de faux rapports de police. Le Voyage en douce (1979) construit également un double itinéraire psychologique en réunissant une série de souvenirs fournis par une quinzaine de scénaristes différents, tandis que La Maladie de Sachs (1999) adapte le roman de Martin Winckler qui rassemble les courtes notes du journal d'un médecin de campagne. Deville tourne aussi un film sans aucun dialogue (la virée à bicyclette de quelques gamins : La Petite Bande, 1983), filme le livre de Raymond Jean racontant la vie d'une héroïne qui fait profession de lire des livres (La Lectrice, 1988), tandis que Jean-Hugues Anglade et Marie Trintignant jouent tout nus les quatre-vingt-dix minutes du huis clos de Nuit d'été en ville (1990). En fait, c'est Le Paltoquet (1986), autre hallucinant huis clos mettant en présence huit personnages improbables jouant aux cartes dans un immense hangar, qui livre les clés de l'esthétique de Michel Deville. Le succès public couronne des films de plus en plus brillants mais aussi toujours davantage personnels.

Le mouvement est l'essence de cette œuvre où rien n'est stable, pas plus les personnages que la caméra. Et l'on ne peut innocemment s'appliquer en près de cinquante ans à fabriquer des « bulles de savon » (la majorité de ses trente longs-métrages) sans que cette activité ludique trouve son point d'ancrage au plus profond d'un désordre troublant du cœur et de l'esprit. En fait, la plupart des films de Michel Deville se présentent comme des harmoniques développés à partir des thèmes du voyeurisme et de la manipulation. Les femmes s'y essaient souvent aux intrigues dangereuses de la provocation et de la séduction (Nicole Garcia dans Péril en la demeure, 1985), les ressorts les plus évidents de nombreux films étant fournis par le désir que les personnages ressentent les uns pour les autres et par le regard que le réalisateur porte sur ces échanges. L'auteur compose des récits d'une fluidité parfaite (depuis la fin des années 1980 en collaboration avec Rosalinde Dammame, qui devient bientôt son épouse) à partir d'une série de rencontres qui trouvent en cours de route leur progression dramatique (Le Mouton enragé, 1973). Ou encore, l'intrigue peut faire écho aux chatoiements de la musique de Rossini (Les Capricieux, téléfilm, 1984) ou se fondre dans l'écheveau rocambolesque des [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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KARINA ANNA (1940-2019)

  • Écrit par 
  • Jacques KERMABON
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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « DEVILLE MICHEL (1931- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-deville/