MUTATIONNISME

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En 1901, le botaniste néerlandais Hugo De Vries, cofondateur de la génétique, propose une nouvelle théorie des mécanismes de l'évolution, appelée mutationnisme. Il participe ainsi à un débat qui divise la communauté scientifique depuis près d'un demi-siècle. Si les naturalistes ont adopté la théorie de l'évolution depuis 1859, année de la publication de L'Origine des espèces de Charles Darwin, ils demeurent en effet très divisés quant à l'explication de la transformation des espèces. C'est la sélection naturelle, selon Darwin, qui joue un rôle essentiel dans l'histoire de la vie. Comme il naît toujours plus d'individus qu'il n'en peut survivre (étant donné que les ressources sont limitées), les êtres vivants se trouvent en compétition : c'est la « lutte pour la vie ». Tous les organismes n'étant pas rigoureusement semblables mais, au contraire, sujets à des variations (dont quelques-unes sont héréditaires), certains individus se révèlent mieux adaptés à leur environnement. Ils se reproduisent davantage et propagent au sein de l'espèce leurs caractéristiques avantageuses. Jusque vers le milieu du xxe siècle, le mécanisme sélectif, qui reste aujourd'hui un facteur évolutif essentiel, ne convainc pourtant qu'une minorité de chercheurs. On reconnaît alors que la sélection naturelle joue simplement un rôle en éliminant les monstruosités, les variations tout à fait inadaptées à l'environnement, mais on lui refuse tout aspect créateur. Quelle est donc l'origine des variations évolutives ?

Pour certains auteurs finalistes, lesquels se situent délibérément en dehors de la stricte méthode scientifique, c'est Dieu qui guide l'évolution des espèces, dont les transformations se conforment à un plan visant à faire apparaître l'homme sur la Terre. D'autres chercheurs, suivant en cela Jean-Baptiste Lamarck, estiment que le milieu joue un rôle directeur sur l'organisme, via l'hérédité des caractères acquis. Dans cette hypothèse, les transformations subies par les individus au cours de leur vie seraient héréditaires, ce qui expliquerait à la fois l'origine des variations et leur caractère adaptatif. Mais, dès 1883, Weismann réfute définitivement l'hérédité de l'acquis en coupant la queue de ses souris de laboratoire sur un grand nombre de générations, sans observer de modification héréditaire. De Vries, à la suite de Weismann, exclut l'hérédité de l'acquis à l'origine des transformations évolutives. Depuis lors, seules restent prises en compte les variations indéfinies, c'est-à-dire celles qui ne sont pas d'emblée adaptatives.

L'analyse de l'hérédité

C'est en 1900 que De Vries, parmi d'autres chercheurs, redécouvre les lois de la transmission des caractères héréditaires (bientôt appelés gènes), lois déjà formulées par Gregor Mendel dès 1865, mais restées ignorées depuis lors. Ces règles statistiques montrent que les facteurs héréditaires se comportent comme des particules indépendantes juxtaposées, mais non fondues ensemble, qui se transmettent invariables – sauf mutations, comme le montre De Vries – à travers les hybridations et les générations successives. Ces facteurs héréditaires indépendants, qui se recombinent à chaque génération selon le probabilisme des lois de Mendel, furent identifiés avec les gènes situés dans les chromosomes – comme des perles dans un collier – par l'Américain Thomas Hunt Morgan dans les années qui suivent. Le concept de gène évolue ensuite, durant tout le xxe siècle, au gré des découvertes de la biologie cellulaire puis de la biologie moléculaire, qui confirme, dans leurs grandes lignes, les lois de Mendel et la théorie chromosomique de Morgan. À l'époque de T. H. Morgan, on estime généralement valide l'hypothèse classique : un gène = un caractère. Mais certains gènes ont des actions sur plusieurs caractères. Grâce à l'utilisation du concept d'« information », issu des recherches de la cybernétique, George Beadle et Edward Tatum proposent donc, en 1941, la relation un gène = une enzyme, le gène « s'exprimant » sous la forme d'une molécule protéique, laquelle peut faire partie de diverses chaînes métaboliques au sein de l'organisme. En 1953, James Watson et Francis Crick découvrent que les chromosomes contiennent une molécule d'ADN, ou acide désoxyribonucléique, qui recèle l'information génétique. En 1961, Jacques Monod et François Jacob affinent encore le concept de gène. D'une manière générale, l'information héréditaire codée dans les gènes se transmet de l'ADN à l'ARN, pour s'exprimer sous une forme protéique, après assemblage d'acides aminés conformément au code génétique.

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Écrit par :

  • : professeur agrégé d'histoire, docteur en lettres et sciences humaines, enseignant à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Cédric GRIMOULT, « MUTATIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mutationnisme/