MUTATIONNISME

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Le mutationnisme et l'évolution

Avec le mot « mutation », De Vries utilise un terme déjà introduit en paléontologie par Wilhelm Waagen pour caractériser la variation lente et graduelle des espèces fossiles suivie à travers les terrains géologiques. À cette époque, de nombreux paléontologues insistent d'ailleurs sur l'aspect heurté du rythme de l'évolution des lignées, inaugurant ainsi une conception saltationniste (par « saut ») du changement des espèces, une conception qui paraît s'accorder avec le mutationnisme.

Notons que, dans la théorie mutationniste, la sélection naturelle constitue un facteur évolutif secondaire, seulement capable d'éliminer les individus les plus monstrueux. Cependant, si, au début du xxe siècle, les preuves s'accumulent rapidement en faveur de l'existence des mutations génétiques, la plupart d'entre elles se révèlent nocives pour les individus qui les présentent, et, surtout, d'une ampleur beaucoup plus limitée que celles qu'avait postulées De Vries. Ainsi, dès 1918, se mettent en place les fondements d'une nouvelle discipline scientifique, la génétique des populations ; elle étudie, au sein du groupe reproducteur, le rôle évolutif des mutations génétiques ponctuelles, lesquelles changent à peine les caractères anatomiques, physiologiques et comportementaux de l'individu. Ronald Fisher montre alors, grâce à des calculs théoriques complexes, la complémentarité des mutations et de la sélection naturelle dans le processus évolutif. Au fil des générations, la sélection permet l'accumulation, au sein des populations de grand effectif, de mutations aux effets individuellement mineurs, ce qui, à force de temps, provoque un changement dans la composition des gènes de l'espèce. De nombreuses expériences menées notamment par Georges Teissier, Philippe L'Héritier et Theodosius Dobzhansky sur les drosophiles – les mouches du vinaigre –, en laboratoire et en plein air, valident cette hypothèse. En tenant compte aussi du rôle de l'isolement géographique, plusieurs naturalistes anglo-saxons aboutissent, entre 1937 et 1945, à la théorie synthétique de l'évolution. Celle-ci, toujours majoritairement admise, dans ses grandes lignes, par la communauté scientifique contemporaine, concilie ainsi mutationnisme et néo-darwinisme dans un ensemble théorique cohérent.

Mais les synthéticiens mettent surtout l'accent sur les micromutations, ou mutations ponctuelles, constituées de changements d'un petit nombre d'acides nucléiques dans la séquence d'un gène, ce qui rend le mutant peu différent de ses parents. D'autres types de mutations ont cependant été découverts, concernant notamment des remaniements chromosomiques (inversion, duplication, translocation, par exemple) ou génomiques, comme les cas de polyploïdie, lorsque le descendant mutant présente, au sein de son génome, un nombre multiple des chromosomes de l'espèce originelle. Des mutations intervenant sur des gènes initiant les principales étapes de l'ontogenèse peuvent aussi avoir des conséquences très importantes sur l'architecture globale (ou plus locale) de l'organisme. Tous les types de mutations semblent donc jouer un certain rôle dans l'évolution, y compris les macromutations chères à De Vries. C'est ce dont rend compte la théorie synergique de l'évolution (D. Buican, 1989), laquelle concilie les apports de Darwin et de De Vries, tout en considérant aussi les différentes formes de sélection à tous les niveaux d'intégration du vivant (génétique, cellulaire, individuel et social notamment).

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Écrit par :

  • : professeur agrégé d'histoire, docteur en lettres et sciences humaines, enseignant à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Cédric GRIMOULT, « MUTATIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mutationnisme/