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VINAVER MICHEL (1927-2022)

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Michel Vinaver - crédits : Brigitte Enguerand/ Divergence Images

Michel Vinaver

Michel Vinaver occupe une place singulière dans la vie théâtrale française, dont il s'est longtemps tenu éloigné. À l'écart des plateaux, il a élaboré une œuvre majeure et novatrice, qui a dès 1986 fait l'objet d'une publication complète et inspiré de grands dramaturges : Roger Planchon, Antoine Vitez, Jacques Lassalle, Alain Françon... Mais il a aussi entretenu durablement une relation ambivalente avec la scène, dans la mesure où il lui a fallu parfois attendre longtemps la création de certaines pièces et où il ne s'est pas toujours reconnu dans leur représentation. Le xxie siècle commençant lui a apporté une audience renouvelée, une reconnaissance internationale élargie, en même temps qu'une activité accrue liée à sa réconciliation avec le plateau.

« Un art du présent »

Né le 13 janvier 1927 à Paris de parents russes, Michel Grinberg s'est voulu écrivain dès son jeune âge. Après des études de lettres, la publication chez Gallimard de deux romans, Lataume(1950), et L'Objecteur (1951), sous le nom de Vinaver, emprunté à sa famille maternelle, il commence en 1953 une carrière professionnelle dans la société Gillette, qui le conduit à assumer des fonctions directoriales jusqu’en 1982. Une première pièce, Les Coréens (1955), remarquée par Roland Barthes, est montée successivement par Roger Planchon (1956) et Jean-Marie Serreau (1957). Mais le sort réservé aux deux suivantes, Les Huissiers (1957) et Iphigénie Hôtel (1959), qui ne seront mises en scène que tardivement, les responsabilités professionnelles et familiales, vont provoquer une décennie de quasi-silence. Une grande période de production – environ vingt années de Par-dessus bord (1969) à L'Émission de télévision (1988) – sera suivie d'une autre décennie de silence, avant le retour à l'écriture que marque King (1998). Mais celle-ci est occupée cette fois par des activités liées à la vie théâtrale : traductions, enseignement universitaire, direction de la collection Répliques pour l'élaboration d'un répertoire contemporain, mise en œuvre d'une méthode de micro-analyse des textes, mise en œuvre de cette technique dans deux ouvrages collectifs, Écritures dramatiques. Le xxie siècle apporte à l'œuvre de Michel Vinaver de nouvelles mises en scène, la seconde édition conjointe par l'Arche et Actes sud de son Théâtre complet qui inclut ses dernières pièces : King, 11 Septembre 2001, L'Objecteur, adaptation de son roman. Enfin, en 2014, il donne Bettencourt Boulevard, ou une histoire de France. Cette période est également marquée par la révélation de la mise en scène comme possible pratique personnelle.

Michel Vinaver a renoué avec l'écriture théâtrale, en ne la séparant plus de son activité professionnelle. À partir de 1967, il a ouvert l'immense chantier de Par-dessus bord. Cette pièce d'environ huit heures dans sa version intégrale évoque soixante personnages et vingt-cinq lieux différents, et innove par la polyphonie, la choralité, la disparition de la ponctuation. Vinaver a exorcisé sa propre dissociation dans un autoportrait où il se dépeint à la fois comme auteur et comme cadre dans une entreprise familiale de papier hygiénique menacée par une société américaine. Dès lors, le « champ du travail » va devenir son terrain d'élection ; la cellule professionnelle s'ajoute à la cellule familiale et au cercle privé jusqu'alors privilégiés par la comédie. Et s'affirme « le double thème, le thème jumelé de la quête d'appartenance (d'admission, d'acceptation, d'adhésion) et du malheur d'être rejeté, nié, exclu ». Un intérêt personnel pour le fondateur de la firme Gillette fait de King, chronique qui va de 1888 à 1932, une exception, avec Portrait d’une femme, pièce écrite en 1984 à[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences honoraire à l'université de Poitiers, critique théâtrale de La Quinzaine littéraire et de En attendant Nadeau

Classification

Pour citer cet article

Monique LE ROUX. VINAVER MICHEL (1927-2022) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 09/03/2023

Média

Michel Vinaver - crédits : Brigitte Enguerand/ Divergence Images

Michel Vinaver

Autres références

  • 11 SEPTEMBRE 2001 (mise en scène A. Meunier)

    • Écrit par
    • 927 mots

    Parmi les nombreuses célébrations, dix ans après les attentats qui eurent lieu aux États-Unis, les représentations de la pièce de Michel Vinaver, 11 Septembre 2001, revêtaient un caractère particulier. Tourné vers l'avenir, le spectacle d'Arnaud Meunier conduit avec des lycéens de Seine-Saint-Denis...

  • DRAME - Les écritures contemporaines

    • Écrit par
    • 6 535 mots
    • 2 médias
    D'une certaine manière, la dramaturgie de Michel Vinaver – sa première pièce, Les Coréens, remonte à 1956 –, qui met en scène le « tout venant de l'existence », la « vie la plus banale et la plus ordinaire », participe de ce choix du quotidien et de ce minimalisme. Mais elle le fait avec...
  • LITTÉRATURE FRANÇAISE CONTEMPORAINE

    • Écrit par
    • 10 290 mots
    • 10 médias
    ...crise de la famille sous la pression de l’Histoire ». Jacques Lassalle fait entendre les oppressions conjugales liées aux rémanences traumatiques. Michel Vinaver (La Demande d’emploi, 1973 ; Les Travaux et les jours, 1979) et Daniel Besnehard (Clair d’usine, 1983) mettent à nu le monde de l’entreprise...
  • THÉÂTRE OCCIDENTAL - La dramaturgie

    • Écrit par et
    • 12 279 mots
    • 3 médias
    ...autrefois chez Brecht, ce sujet épique est avant tout un sujet politique pour qui « l'exégèse de la fable » est indissociable d'un commentaire sur le monde. Chez Michel Vinaver (Les Coréens, 1956), le point de vue porté par la fable ne semble au contraire se construire qu'a posteriori, peut-être par méfiance...