BOUQUET MICHEL (1925- )

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Pour le grand public cinéphile, Michel Bouquet se confond avec la silhouette arrondie, le regard étonné, faussement naïf, teinté d'une lucidité parfois perverse qui fait son succès à la charnière des années 1960-1970, dans les films de Claude Chabrol, d'Yves Boisset (L'Attentat), Henri Verneuil (Le Serpent), José Giovanni (Deux Hommes dans la ville), Alain Corneau (France société anonyme), Claude d'Anna (L'Ordre et la sécurité du monde)... Pourtant, depuis 1947, Michel Bouquet a fait preuve au cinéma de capacités de renouvellement rares, même si sa passion essentielle demeure le théâtre.

Né à Paris le 6 novembre 1925 dans le XIVe arrondissement, Michel Bouquet a vécu jusqu’à quatorze ans dans un pavillon proche de la mairie des Lilas, en banlieue parisienne, avant d’être envoyé en pension à l’école Fénelon à Vaujours, en Seine-Saint-Denis. Il décrira plus tard cette pension comme proche de celle dépeinte par Jean Vigo dans Zéro de conduite. La discipline quasi militaire subie au long des sept années qu’il y passe éveille en lui un durable esprit rebelle. Par la suite, mitron dans une boulangerie à Paris, puis mécanicien-dentiste et manutentionnaire, il découvre un univers de rêve et de raffinement qui l'éblouit quand Marie, sa mère, modiste passionnée de toute forme de spectacle, l’emmène au cinéma et surtout à l’Opéra-Comique, la Gaîté-Lyrique ou la Comédie-Française. Maurice Escande, de la Comédie-Française justement, à la porte duquel le jeune homme vient frapper un beau matin de mai 1943, convainc Marie Bouquet de le laisser passer le concours d'entrée du Conservatoire.

Michel Bouquet y est reçu septième, juste après Gérard Philipe. Albert Camus le remarque et lui confie le rôle de Scipion dans Caligula, en 1945, au côté de Philipe. La collaboration avec Camus se poursuivra avec Les Justes (1949) et Les Possédés (1959). Interprète de nombreuses pièces de Jean Anouilh – notamment L'Alouette, en 1953, et Pauvre Bitos, en 1956 –, il participe à partir de 1947 à la grande aventure du festival d'Avignon avec Jean Vilar, puis à celle du TNP en 1951. Mais jamais il ne se fondra dans une troupe, considérant que c'est au comédien et à lui seul d'inventer son personnage.

Au Club d'essai de la radiodiffusion française, fondé par Jean Tardieu en 1946, le jeune autodidacte rencontre Soupault, Aragon, Cendrars, Michaux, et surtout Malraux, fasciné par son timbre de voix. Plus tard, il sera la voix off de Nuit et brouillard, d'Alain Resnais (1955), comme du Festin de Babette, de Gabriel Axel (1987), ou de L'Œil de Vichy, de Claude Chabrol (1993).

Le cinéma, Michel Bouquet l'aborde d'abord avec distance, jusqu'à ce que Jean Grémillon lui offre un rôle exceptionnel dans Pattes blanches (1948), qui le fait comparer à Antonin Artaud. Mais ses prestations mineures dans Manon (Henri-Georges Clouzot, 1949), ou La Tour de Nesle (Abel Gance, 1955) ne le convainquent pas. C’est la télévision qui le fait connaître d'un large public, avec plusieurs prestations dans la populaire émission de Stellio Lorenzi La caméra explore le temps. Il y incarne successivement, de 1958 à 1963, Robespierre, sir Hudson Lowe – le gouverneur de Sainte-Hélène dont Napoléon disait qu’il avait « le crime gravé sur le visage » – et Charles Ier d’Angleterre, décapité en 1649. En 1971, Michel Bouquet interprète déjà le rôle d’Argan dans Le Malade imaginaire pour Claude Santelli et celui de Tartuffe dans le téléfilm éponyme dirigé par Marcel Cravenne, avant le très réussi Neveu de Rameau (d’après Diderot) de Santelli (1980) et La Danse de mort de Chabrol (1982, d’après Strindberg).

Dès 1954, Jean Delannoy avait ramené Bouquet vers le cinéma avec le personnage ambigu du père de Trennes dans Les Amitiés particulières. Vient alors la rencontre avec Claude Chabrol pour qui il va interpréter six films, dont trois au moins – La Femme infidèle (1968), La Rupture (1970) et Juste avant la nuit (1970-19 [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Joël MAGNY, « BOUQUET MICHEL (1925- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-bouquet/