BEGIN MENAHEM (1913-1992)

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Sixième Premier ministre de l'État d'Israël, Menahem Begin est né à Brest-Litovsk le 16 août 1913. La ville que les juifs appelaient Brisk, aujourd'hui biélorusse, était alors polonaise. Durant toute sa vie, Begin est marqué par l'atmosphère pesante, voire sombre, dans laquelle vivent les juifs de Pologne au cours des années 1920 : antisémitisme latent, parfois suivi d'explosions violentes, avec de nombreux incidents quotidiens. L'atmosphère familiale est sioniste, alors que les sionistes sont plutôt minoritaires à l'époque. Le milieu est modeste, mais loin d'être pauvre. Le père, relativement cultivé quoique dépourvu de diplômes universitaires, joue un rôle important dans la communauté locale. Il incite son fils à militer dans les mouvements sionistes, mais le pousse aussi à acquérir une culture polonaise traditionnelle. Le jeune Begin entre au lycée, puis à la faculté de droit de l'université de Varsovie dont il sera diplômé.

Le grand tournant dans la vie de Menahem Begin est sa rencontre avec le fondateur légendaire du sionisme révisionniste, c'est-à-dire nationaliste, Vladimir Ze‘ev Jabotinsky (1880-1940), dont, plus tard, il deviendra le successeur à la tête du mouvement Betar, fondé en 1925. Jabotinsky marqua profondément le jeune Begin, qui avait rejoint les rangs du Betar dès 1928. Rapidement, après la fin de ses études de droit, Begin se lance à plein temps dans la politique sioniste. En 1939, il devient le leader du Betar de Pologne, malgré quelques désaccords avec Jabotinsky. Ce dernier meurt prématurément en 1940. C'est à Jabotinsky que Begin emprunte les grands thèmes de son univers politique : nationalisme, résistance, sens de l'honneur, du courage, mais aussi une certaine démagogie. Comme lui, il est avant tout un grand tribun.

Lors de l'invasion de la Pologne, Begin est arrêté par les Soviétiques et déporté en Sibérie. Libéré, il s'engage dans l'armée polonaise du général Anders et arrivera en Palestine en 1942. Très rapidement, il s'impose comme le leader de la droite et du mouvement clandestin du Betar, Etzel (Irgoun Tsvaï Leumi, c'est-à-dire organisation militaire nationale).

À partir de 1944 et jusqu'à la création de l'État d'Israël, Begin vit dans la clandestinité. Pourchassé par les Britanniques, mais aussi par la Haganah, l'armée clandestine conduite par les travaillistes et Ben Gourion, il mène une lutte impitoyable, marquée par quelques épisodes tragiquement célèbres, tels le dynamitage de l'hôtel King David à Jérusalem (22 juill. 1946) ou encore le massacre des habitants du village arabe de Deir Yassine, près de Jérusalem (9 avr. 1948). Quelques semaines après la création de l'État, en juin 1948, Ben Gourion n'hésite pas à faire couler un navire qui devait fournir en armes le mouvement Etzel. Celui-ci est alors dissous, et Begin forme un parti politique, le Herout (liberté), qui présente des candidats aux élections dès janvier 1949. Il entame alors une lente et éprouvante traversée du désert, marquée par quelques épisodes troubles, notamment la tentation qui semble avoir été la sienne de vouloir renverser le pouvoir établi, en 1952, lors de la discussion sur l'approbation des accords de réparations avec l'Allemagne. Le fossé qui le sépare du pouvoir est plus large que jamais. Pour Ben Gourion, il n'y a alors en Israël que deux partis avec lesquels aucune alliance ne saurait être possible : le Parti communiste et le Herout de Begin.

Attentat sioniste

Photographie : Attentat sioniste

Des soldats britanniques fouillent les décombres de l'hôtel King David, à Jérusalem, quartier général des troupes britanniques en Palestine, après l'attentat perpétré par l'Irgoun, organisation sioniste, en juillet 1946. 

Crédits : Fox Photos/ Hulton Archive/ Getty Images

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En 1965, le Herout forme une alliance électorale avec le Parti libéral, qui représente la droite bourgeoise. L'alliance du Herout, populiste et nationaliste, appuyé de plus en plus sur la population séfarade du pays, qui se considère comme sacrifiée par les travaillistes, sera payante. Dès juin 1967, et pendant trois ans, Begin sera appelé dans le gouvernement d'Union nationale formé au moment de la guerre de Six Jours (il n'est alors que ministre sans portefeuille). Mais, en mai 1977, Begin parvient à réaliser ce qui paraissait impensable jusque-là : il remporte les élections et devient Premier ministre. La victoire de Begin sur l'establishment travailliste est interprétée par de nombreuses couches populaires comme une véritable revanche historique. Au-delà d'une simple alternance, c'est un autre Israël qui accède au pouvoir. De nouvelles mais aussi de très anciennes valeurs sont légitimées, y compris la montée en force des thèmes religieux les plus orthodoxes. Begin s'adresse véritablement à ce qu'il y a de plus enfoui dans la conscience collective israélienne.

En novembre 1977, le président égyptien Anouar al-Sadate se rend à Jérusalem, et un an plus tard seront signés les accords de Camp David qui préfigurent le traité de paix avec l'Égypte (mars 1979). Les deux hommes sont conjointement lauréats du prix Nobel de la paix en 1978. Par ailleurs, Begin développe une politique d'implantation très poussée dans les territoires occupés et fait annexer le Golan (déc. 1981). Il se lancera dans la guerre du Liban (juin 1982), dont Israël mettra longtemps à se remettre. Cette guerre inutile le brise, mais il est aussi très affecté par la mort de sa femme, survenue cette même année. Le 29 août 1983, il démissionne brusquement de ses fonctions et s'impose une vie de réclusion. Il refusera toute explication sur les causes de son départ. Begin était déjà entré dans la légende. Sa lutte contre les Britanniques avait fait de lui un héros. Sa résistance à l'hégémonie travailliste, sa forte rhétorique populaire, voire populiste, son caractère affirmé mais aussi sa vie personnelle modeste lui ont donné une dimension quasi mythique.

Jimmy Carter et Menahem Begin, 1979

Photographie : Jimmy Carter et Menahem Begin, 1979

Le président américain Jimmy Carter et le Premier ministre israélien Menahem Begin (1913-1992) se congratulent à Tel-Aviv (Israël), avant la signature du traité de paix entre l'Égypte et Israël, en mars 1979, à la suite des accords de Camp David. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Accords de Camp David, 1978

Photographie : Accords de Camp David, 1978

La poignée de main du président égyptien Anouar al-Sadate et du Premier ministre israélien Menahem Begin, sous le regard du président des États-Unis Jimmy Carter, à Camp David, le 17 septembre 1978. 

Crédits : David Hume Kennerly/ Getty Images

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Attentat sioniste

Attentat sioniste
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Jimmy Carter et Menahem Begin, 1979
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  • : professeur à la faculté de droit de l'université hébraïque de Jérusalem (Israël)

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Pour citer l’article

Claude KLEIN, « BEGIN MENAHEM - (1913-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/menahem-begin/