ÉGYPTEL'Égypte républicaine

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quelques données-clés.
Nom officielRépublique arabe d'Égypte (EG)
Chef de l'ÉtatAbdel Fattah al-Sissi (depuis le 8 juin 2014)
Chef du gouvernementMoustafa Madbouli (depuis le 7 juin 2018)
CapitaleLe Caire
Langue officiellearabe

D’une révolution l’autre : 23 juillet 1952, une poignée d’officiers égyptiens renversait la monarchie, mettait fin à la tutelle britannique et faisait de l’Égypte un État souverain et indépendant, dans le concert des nations nouvellement décolonisées. 25 janvier 2011, dans le sillage de la Tunisie, quelques milliers d’Égyptiens manifestaient contre le régime, et précipitaient la chute du président Hosni Moubarak, un militaire en place pendant trente ans, digne protecteur des intérêts d’un système hérité des temps de la lutte pour l’indépendance.

Égypte : drapeau

Dessin : Égypte : drapeau

Égypte (1972). Quand naquit l'ébauche d'une Union des Républiques arabes entre l'Égypte, la Libye et la Syrie, un drapeau aux couleurs du panarabisme fut créé pour sceller cette union : bandes horizontales rouge, blanche et noire, avec au centre un faucon doré posé sur un listel portant... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L’Égypte n’aura eu de cesse, pendant près de soixante ans, de constituer, aux yeux des grandes puissances, un territoire géostratégique dont la pérennité et la stabilité du régime sont garantes des intérêts de celles-ci dans la région. À ce titre, le pays a traversé trois conflits armés avec Israël, avant de signer une paix séparée, et d’obtenir ainsi les faveurs indéfectibles des États-Unis. Les bouleversements de la vie politique et de la société égyptiennes se comprennent aussi à l’aune des enjeux géopolitiques que ce pays représente, tout d’abord dans le contexte de guerre froide et des rivalités entre les deux blocs, occidental et soviétique. L’Égypte y est un acteur majeur, tant par sa frontière commune avec Israël et par l’engagement panarabiste, socialiste et tiers-mondiste de Nasser, que par l’adhésion de ses successeurs, Sadate, puis Moubarak, à l’Occident et à l’économie de marché. Ensuite, dans un monde post-1989 en profonde mutation, dominé par les États-Unis, où les interventions militaires au Moyen-Orient se font officiellement au nom de la démocratie et de la lutte contre le terrorisme, et où l’Égypte constitue un pivot de la politique moyen-orientale américaine.

Ce qu’il est convenu d’appeler les « printemps arabes » de 2011 constitue une nouvelle séquence historique au sein de laquelle l’Égypte joue toujours un rôle central, de par son rayonnement historique, culturel et politique. Tout bouleversement structurel y est exemplaire pour les autres pays de la région, mais surtout représente une menace pour les intérêts des uns et des autres, pour le régime lui-même en premier lieu. État le plus peuplé de la région, c’est aussi un pays où les défis économiques à relever et les attentes sociales et politiques sont immenses, où les incapacités du régime à les satisfaire génèrent frustrations et contestations, dont la puissance porte les transformations en cours, et laisse encore penser que si « le peuple veut » – slogan de janvier 2011 –, celui-ci peut encore décider du destin d’une nation.

Le nouveau pouvoir et les premiers défis

La situation de l’Égypte à la fin de la monarchie

Le renversement du roi Fārūk, le 23 juillet 1952, est l'œuvre de quelques officiers liés par une fraternité d'armes renforcée d'amitiés personnelles ou parfois de liens familiaux. Ces hommes, entrés dans la carrière militaire au milieu des années trente, ont constitué, surtout après la défaite de leurs armes en Palestine, une organisation secrète au sein même de l'armée, l'Association des officiers libres : celle-ci comprend au moment de la « révolution » un peu moins de trois cent cinquante officiers groupés en cellules plus ou moins cloisonnées, coiffées d'un conseil exécutif composé d'une dizaine de membres. Ces militaires ne peuvent plus en effet supporter la situation de leur pays : celle d'une Égypte engagée imprudemment par la monarchie dans une première confrontation en Palestine, humiliée en outre par l'occupation d'une partie de son territoire – la zone du canal de Suez – par les forces britanniques, bloquée dans son ambition d'unir la vallée du Nil, démoralisée par le comportement d'un monarque corrompu et par les agissements d'une mince couche dirigeante solidaire d'intérêts étrangers, dont une notable partie au surplus n'est pas d'origine autochtone, enfin celle d'un pays aux prises avec une démographie galopante qui réduit chaque jour la part de revenu à partager entre ses nombreux enfants. La prospérité relative de la période correspondant à la Seconde Guerre mondiale, liée à l'interruption des échanges transméditerranéens et au stationnement en Égypte de nombreuses troupes alliées, a pris fin avec le rétablissement de la paix et des grands courants commerciaux. Dans les cinq années qui précèdent le changement de régime, le produit national brut par tête d'habitant diminue de 18 p. 100. Le revenu annuel du paysan baisse de 7 p. 100. Les indices de natalité sont de 45 p. 1 000, ceux de mortalité de 20 p. 1 000. Les organisations internationales signalent que, en dépit du fait qu'il existe un médecin pour 2 000 habitants, 49 p. 100 de la population est atteinte de maladies endémiques (bilharziose, ankylostomiase) et de tuberculose. La malnutrition fait des ravages. L'Égyptien dispose en moyenne de moins de 1 800 calories et de 7 à 9 grammes de protéines par jour. Son alimentation trop riche en hydrates de carbone manque en revanche d'éléments oligo-azotés. La population ne cesse de croître dans les centres urbains. Si la densité rurale se maintient autour de 540 habitants au kilomètre carré, la densité urbaine est de 8 000 habitants au kilomètre carré dans les quartiers construits selon les normes « européennes » et atteint dans les quartiers populaires 112 000 habitants en 1950.

Malgré un début d'industrialisation, une économie de marché prospère, une monnaie solide, l'Égypte entre, dès la fin de la guerre 1939-1945, dans une ère de sous-développement. Le roi Fārūk, en se lançant dans l'aventure palestinienne, engloutit dans des achats d'armes une grande partie des crédits en devises que Le Caire possédait à Londres. Il laisse, en abdiquant le 26 juillet 1952 en faveur de son fils âgé de six mois, un pays ruiné, lassé par ses outrances, une administration corrompue, des partis déconsidérés et sans projet d'avenir. Salué par le général Muhammad Nagīb, qui avait été porté à la tête des conjurés, il part pour l'exil le jour même.

Le roi Farouk

Photographie : Le roi Farouk

Le roi d'Égypte Farouk (1920-1965) à la sortie de la mosquée el-Husseini, au Caire, en 1938. 

Crédits : Hulton Getty

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Les officiers, maîtres du pouvoir, n'ont, eux non plus, pas de programme d'action explicite. Ils ont jusque-là reculé devant une formulation qui aurait divisé leurs rangs, les documents écrits pouvant en outre tomber entre les mains de la police. Leurs buts affichés au lendemain de la pris [...]

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Égypte : drapeau

Égypte : drapeau
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Le roi Farouk

Le roi Farouk
Crédits : Hulton Getty

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Réforme agraire en Égypte, 1952

Réforme agraire en Égypte, 1952
Crédits : Hulton Getty

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Néguib et Nasser

Néguib et Nasser
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Écrit par :

  • : docteure en science politique (Institut d'études politiques de Paris), chercheuse associée au Centre d'études et de documentation économiques et juridiques, Le Caire (Égypte)
  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

Sandrine GAMBLIN, Robert SANTUCCI, « ÉGYPTE - L'Égypte républicaine  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-l-egypte-republicaine/