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MÉDECINE Relation malade-médecin

Par quelle aberration la médecine a-t-elle méconnu que porter la main sur le corps d'un autre, geste que l'« acte médical » implique toujours, suscite chez cet autre des réactions qui ne se limitent pas à la matérialité physique de l'homme ? Comprendre le sens d'un tel oubli révélera la nature et la place de ce qui, après avoir été négligé pendant des siècles, envahit maintenant la littérature médicale sous le nom de « relation malade-médecin ».

À l'abri des adages bien connus comme : « Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours », ou : « Primum non nocere », la médecine a assumé, depuis la révolution de l'hygiénisme, au xixe siècle, l'exigence d'une toujours plus grande objectivité scientifique, que lui imposait le progrès technique, au bénéfice de nombreuses maladies, mais parfois aussi au détriment de certains malades. En effet, la technicité de la médecine scientifique tend à réduire la rencontre malade-médecin, appelée aussi le « colloque singulier », à un inventaire des performances objectives des fonctions biologiques essentielles. Cependant, le malade attend autre chose du médecin. Il ne peut pas être indifférent aux souffrances de son corps, à la menace qu'une maladie fait planer sur son avenir et celui de son entourage. Et il attend aussi du médecin qu'il lui apprenne à vivre avec la maladie... et après.

Or le médecin n'est pas préparé à entendre cette demande, ni prêt à y répondre. De là naissent des malentendus de plus en plus fréquents entre malades et médecins, et, malgré l'énorme progrès de la médecine, jamais malades n'ont été aussi insatisfaits et revendicateurs, médecins aussi déçus et aigris, chacun des deux partenaires cherchant ailleurs la consolation de son dépit.

Trouver les remèdes à ce malaise incombe à la «   psychologie médicale », ou, mieux, « psychologie appliquée à la médecine », dont la première tâche sera en toute logique d'amener à la conscience du médecin ce qui se joue dans la rencontre avec le malade.

Or l'objectivité de la rencontre du malade et du médecin, comme de toute rencontre humaine, est un acte de foi. Il n'y a pas de rencontre vraie sans effet de l'un sur l'autre ; et les partenaires, avant de se trouver face à face, ne sont pas indemnes de représentation préalable.

Le médecin a, au moins à ses débuts, une représentation assez arbitraire, car universitaire et hospitalière, de son malade. Quant au malade, l'image qu'il se fait du médecin est inévitablement très disparate. Les facteurs socio-économiques ajoutent de plus en plus à cette complexité. Le droit à la santé paraît des plus légitimes, à condition de ne pas le confondre avec un mythique droit à la guérison, qui excéderait les possibilités humaines. Le dépassement des présupposés devrait permettre de rencontrer l'autre dans sa réalité, qui est celle de l'acte médical, c'est-à-dire du contexte dans lequel vont opérer les représentations de la fonction médicale, les malentendus de la rencontre et leurs conséquences, et enfin les remèdes et leurs effets.

Qu'est-ce qu'un acte médical ?

Prenant le relais des universités médiévales, le xixe siècle a établi les principes de base de l'activité médicale en développant une méthodologie cohérente dans l'analyse des situations pathologiques : c'est la méthode anatomo-clinique, qui est toujours en vigueur. Dans ce contexte, l'acte médical ne peut être exercé sans une longue préparation, à la fois théorique et pratique, qui met le futur médecin en contact avec ses confrères plus expérimentés et avec les patients. Il acquiert ainsi l'exigence des critères éthiques fondamentaux qui sont le principe même de la déontologie. On peut aujourd'hui définir l'acte médical comme l'ensemble des activités humaines, techniques[...]

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Écrit par

  • : président d'honneur de l'Ordre national des médecins, membre de l'Académie nationale de médecine
  • : professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, médecin des hôpitaux.

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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