MAYOTTE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Au nord du canal de Mozambique, Mayotte fait partie géographiquement, avec Anjouan, Mohéli et Grande Comore, de l'archipel des Comores. Mais, depuis 1975, celui-ci est politiquement divisé entre la République des Comores, qui proclama unilatéralement son indépendance, et Mayotte qui obtint, un an plus tard, le statut provisoire de collectivité territoriale de la République française. Connaissant ensuite une « départementalisation de fait », Mayotte souhaitait qu'elle devienne définitive, au-delà du statut octroyé le 11 juillet 2001 de collectivité départementale. Le référendum du 29 mars 2009 a entériné la situation, et, le 31 mars 2011, Mayotte devient officiellement le 101e département français et le 5e département d’outre-mer. Située à 1 700 kilomètres de La Réunion et à plus de 8 000 kilomètres de la France, espace économique dans lequel elle s'inscrit, Mayotte est dans une position d'isolement. Sur cet espace réduit de 375 kilomètres carrés, le défi par rapport aux spécificités géographiques, aux pressions démographiques, politiques, sociales et au développement futur, est permanent.

Mayotte [France] : carte administrative

Mayotte [France] : carte administrative

carte

Carte administrative de Mayotte [France]. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher l'atlas

D'origine volcanique (8 millions d'années pour les plus anciennes formations), Mayotte comprend deux îles principales. Petite Terre, constituée de l'îlot de Pamandzi, est reliée au rocher de Dzaoudzi, qui a été le lieu de résidence des fondateurs de l'établissement. Grande Terre est séparée des deux premières par un bras de mer de 2,8 kilomètres ne pouvant être traversé que par des barges. « Île hippocampe » par sa forme, avec quarante kilomètres de longueur et une vingtaine de largeur, Mayotte a une topographie très accidentée. Si les altitudes sont modestes (mont Bénara, 660 mètres), une série de lignes de crêtes s'avance en promontoire jusqu'au lagon et jalonne ainsi le territoire de caps et de baies remblayées par les terres d'alluvions favorisant le développement de mangroves. De type tropical humide, le climat est marqué par deux saisons : l'une humide, d'octobre à mars, avec la mousson de nord-est aux pluies abondantes qui accélèrent l'érosion des sols pentus ; et l'autre plus sèche, d'avril à septembre, lorsque les alizés dominent. La pluviométrie importante (1 500 à 2 000 mm/an), une humidité relative et la rareté des cyclones font de Mayotte une terre d'excellence pour de nombreuses espèces tropicales (ylang-ylang, canne à sucre, vanille, riz, manioc, palétuviers, cocotiers). Qualifié de joyau, le lagon est un plan d'eau transparente de 1 100 kilomètres carrés, entouré d'une barrière de corail (l'une des plus grandes au monde), qu'apprécient les passionnés de sports nautiques, de plongée et, plus récemment, d'observation des baleines.

La société mahoraise est le résultat de fortes influences extérieures. Ce sont trois familles linguistiques, Arabes, Bantous et Malgaches, qui forment le « peuple mahorais » uni par la communauté de lieu de vie (Maore), par la religion (islam) et par un mode de vie et de culture. À partir du ixe siècle, le système matrilinéaire existant se remodèle avec l'introduction de l'islam sunnite par les Shiraziens. Des villages-hameaux et une économie de subsistance se mettent en place. L'arrivée de populations africaines via Madagascar vers 1600 constitua une étape supplémentaire à la structuration de la société, mondes shirazien et malgache s'influençant mutuellement au plan tant linguistique que sociopolitique et culturel. À la fin du xviiie siècle, l'île souffrit des razzias malgaches et des querelles dynastiques qui conduisirent le sultan Adriantsouli à la céder à la France, le 25 avril 1841, répondant en cela à la politique d'expansion maritime de la monarchie de Juillet. Mayotte devint alors une colonie que des concessionnaires européens et réunionnais tentèrent vainement de faire prospérer en île à sucre, de 1846 à 1886, puis à plantes à parfums (ylang-ylang), mais l'exploitation coloniale n'a jamais atteint le stade de l'économie de plantation. L'établissement du protectorat français à Mohéli, Anjouan et Grande Comore à partir de 1886 génère des antagonismes, du fait que les Comores obtiennent, en 1946, une autonomie administrative, prolongée par la loi-cadre de 1956. Les clivages se font de plus en plus âpres entre les élus mahorais qui réclament le statut de département et leurs homologues des autres îles qui préfèrent le statut de territoire d'outre-mer (1958). Le transfert de la capitale de Dzaoudzi à Moroni, en 1962, est le premier épisode de la confrontation. Le Mouvement populaire mahorais est créé pour défendre l'intégration avec la France et pour répondre à l'« ostracisme comorien ». L'antagonisme politique qui se traduit alors par une série d'incidents, entre 1960 et 1970, se greffe également sur une situation économique et sociale difficile. Après la déclaration unilatérale d'indépendance, les Mahorais se prononcent à 99,4 p. 100 en faveur du rattachement à la France lors d'un référendum spécial, organisé à Mayotte le 8 février 1976. Lors de la séparation définitive des îles, Mayotte avait la structure d'un pays sous-développé, avec un secteur traditionnel où l'activité agricole était prédominante et l'autosubsistance constituait une priorité, et un secteur marchand, animé par les transferts publics et le commerce. Si l'obtention du statut de collectivité territoriale a permis d'importantes avancées, elle ne règle pas les nombreux problèmes de l'île, notamment celui de la démographie. De 1966 à 2007, la population est passée de 32 607 à 186 452 habitants, du fait de la forte natalité (40 p. 1000), d'un indice de fécondité record (4,7 enfants/femme), de la jeunesse de la population (56 p. 100 a moins de vingt ans) et d'un solde migratoire positif (+ 3 600 entre 1997 et 2002) avec les arrivées de métropolitains et de Comoriens. Se pose également la question de l'immigration clandestine en provenance d'Anjouan notamment. Depuis 1986, année où Mayotte a été intégrée dans la loi relative au développement des D.O.M., les dépenses de l'État et de la collectivité dans les services de base (santé, éducation, transports) et les équipements ont fortement amélioré les conditions de vie ; toutefois, les niveaux de confort des ménages restent bien en deçà de ceux de leurs homologues réunionnais et l'économie reste très dépendante des financements de l'État (342 millions d'euros en 2005). L'emploi (44 500 actifs en 2002) s'est accru en même temps que le chômage (29 p. 100) et son évolution témoigne des importantes mutations que le pays connaît. L'agriculture (cultures vivrières de manioc, banane et cocoteraies occupent 75 p. 100 de la surface agricole utilisée, soit 55 p. 100 de la surface totale de l'île), qui dominait avec 68 p. 100 des actifs en 1980 n'occupe plus que 10 p. 100 de ces derniers. La pêche reste un secteur où domine l'autoconsommation, malgré l'exportation d'ombrine. Le bâtiment, le commerce, les services administratifs et surtout les services non marchands (près de 50 p. 100 des actifs) qui concernent surtout les dix-sept communes, sont les secteurs qui portent le développement. L'amélioration du transport maritime (port de Longoni) et surtout de la desserte aérienne, a ouvert Mayotte au tourisme. Le flux a triplé en cinq ans (34 000 touristes en 2005), en provenance principalement de La Réunion et de la métropole.

La démographie, les emplois et les qualités d'équipement sont inégalement répartis sur Mayotte : d'un côté, Mamoudzou (chef-lieu administratif et pôle urbain) et les communes limitrophes concentrent 50 p. 100 de la population totale et 68 p. 100 des emplois, alors que les autres communes, malgré de réels progrès, ne sont pas aussi attrayantes.

—  Guy FONTAINE

Écrit par :

  • : professeur en géographie, doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines, université de La Réunion

Classification


Autres références

«  MAYOTTE  » est également traité dans :

ABDALLAH ABDERAMANE AHMED (1919-1989)

  • Écrit par 
  • Marie-Françoise ROMBI
  •  • 970 mots

Premier chef d'État des Comores, Ahmed Abdallah est né le 12 juin 1919 sur la côte est de l'île d'Anjouan, dans l'aristocratie de Domoni, selon sa biographie officielle. Mais divers portraits du chef du Parti vert (de la couleur des bulletins de vote) le décrivent plutôt comme un paysan madré ou un boutiquier roublard. Après une formation de niveau secondaire, il s'initie très vite aux affaires so […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmed-abdallah-abderamane/#i_32987

COMORES

  • Écrit par 
  • Marie-Françoise ROMBI
  • , Universalis
  •  • 4 926 mots
  •  • 4 médias

Situées près de Madagascar et proches de l'Afrique, les Comores se trouvent sur la route des moussons qui fait de l'océan Indien un carrefour plutôt qu'une barrière. Les pétroliers géants du xx e  siècle ont été précédés par les boutres arabes, les praos malais et les pirogues africaines. Leur peuplement est complexe et on […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/comores/#i_32987

OUTRE-MER FRANCE D'

  • Écrit par 
  • Jean-Christophe GAY
  •  • 6 567 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Des territoires éparpillés et inégalement peuplés »  : […] Sur les 12 millions de kilomètres carrés de l’empire colonial français de l’entre-deux-guerres, il n’en reste plus que le centième, dispersé dans les trois grands océans et dans les deux hémisphères (cf. carte ). Les trois départements français d’Amérique, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, ainsi que les petites collectivités de Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon r […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/outre-mer-france-d/#i_32987

Pour citer l’article

Guy FONTAINE, « MAYOTTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mayotte/