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GRÜNEWALD MATTHIAS (1475 env.-1528)

Les premières œuvres

<it>Femme aux mains jointes</it>, M. Grünewald - crédits :  Bridgeman Images

Femme aux mains jointes, M. Grünewald

À la différence de Dürer, dont les œuvres sont nombreuses, Grünewald n'a laissé que quatre retables (au total dix-sept panneaux), sept tableaux et environ quarante dessins. Si Dürer, lui, emprunte à l'art de la Renaissance italienne des sujets profanes, mythologiques et allégoriques, Grünewald concentre sa création tout entière sur des thèmes religieux traités de manière très personnelle.

Dans une collection privée en Angleterre, on a retrouvé un panneau représentant la Cène, sainte Dorothée et sainte Agnès, et où l'on observe déjà tous les traits caractéristiques de l'artiste. Ce panneau est sans doute l'œuvre la plus ancienne de Grünewald parmi celles qui ont été conservées. Il paraît bien être antérieur aux volets du retable de bois sculpté (daté de 1503) de l'église paroissiale de Lindenhart près de Bayreuth.

En 1504, il acheva Le Christ outragé (Alte Pinakothek, Munich), œuvre originellement placée à Aschaffenburg en Bavière, et probablement conçue en guise d'épitaphe pour la sœur de Johann von Cromberg, décédée cette année-là. À cause de la composition resserrée en forme de croix de saint André, le Christ a été repoussé vers l'avant gauche du tableau, tandis que ses bourreaux gesticulants se détachent sur un fond noir. Dans ce tableau se manifestent déjà l'expression et la tension dramatique dont la conjonction est la marque propre de Grünewald.

La souffrance du Christ est aussi le thème des Crucifixions de Bâle et de Washington. Le corps émacié, épuisé du Christ est peint avec un accent bouleversant, dans des tons ocre, rouge foncé et verdâtre, devant un étrange paysage.

Les figures monumentales des saints du Retable Heller ont cette même puissance d'expression que, déjà, Sandrart reconnaît comme la marque de Grünewald. À cet autel, aujourd'hui demantelé, commandé par le riche négociant francfortois Jacob Heller, collaborèrent Dürer et Grünewald. Les grisailles des volets extérieurs, qui ont probablement été ajoutés plus tard, vers 1510, sont de la main de Grünewald : Saint Laurent et Saint Cyriaque (Staedelsches Kunstinstitut, Francfort), Sainte Élisabeth de Thuringe et Sainte Lucie ( ?) (Fürstlich Fürstenbergische Gemäldegalerien, Donaueschingen).

Si l'on compare le panneau central de Dürer, dont on ne possède qu'une copie (L'Assomption et le couronnement de la Vierge) avec les volets dus à Grünewald, on voit nettement combien la composition du premier est influencée par les modèles italiens tandis que les personnages du second, avec leurs draperies décoratives, obéissent à la plastique allemande de la dernière période du gothique.

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Pour citer cet article

Thomas Wolfgang GAEHTGENS. GRÜNEWALD MATTHIAS (1475 env.-1528) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<it>Femme aux mains jointes</it>, M. Grünewald - crédits :  Bridgeman Images

Femme aux mains jointes, M. Grünewald

<it>Noli Me Tangere</it>, M. Schongauer et son atelier - crédits :  Bridgeman Images

Noli Me Tangere, M. Schongauer et son atelier

La Crucifixion, Grünewald - crédits : O. Zimmermann, Musée d'Unterlinden, Colmar

La Crucifixion, Grünewald

Autres références

  • MATTHIAS GRÜNEWALD (expositions)

    • Écrit par Christian HECK
    • 1 110 mots

    Dans la floraison de génies qui marque, en ce premier tiers du xvie siècle, la peinture de la Renaissance dans le monde germanique, Matthias Grünewald (1475 env.-1528) occupe une place à part. Bien que faisant partie des tout grands, aux côtés de Dürer, Baldung Grien, Holbein, Cranach, Altdorfer,...

  • JÉSUS ou JÉSUS-CHRIST

    • Écrit par Joseph DORÉ, Pierre GEOLTRAIN, Jean-Claude MARCADÉ
    • 21 165 mots
    • 26 médias
    ...les coups de ses bourreaux. Il en ainsi du Couronnement d'épines du Maître de la Passion de Karlsruhe ou de la Crucifixion de Hans Schäufelein. La scène de la crucifixion est rendue avec une violence extrême dans le Retable d'Issenheim de Matthias Grünewald (vers 1510). Les mains et les...
  • TITUS-CARMEL GÉRARD (1942- )

    • Écrit par Dominique VIART
    • 981 mots

    Très tôt remarqué comme dessinateur, notamment par Aragon, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida ou Pascal Quignard, Gérard Titus-Carmel (né en 1942 à Paris) a engagé depuis 1970 une œuvre picturale en de longues « séries » attachées à travailler successivement les mêmes motifs. Dans la lignée d'un...

Voir aussi