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TITUS-CARMEL GÉRARD (1942- )

Très tôt remarqué comme dessinateur, notamment par Aragon, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida ou Pascal Quignard, Gérard Titus-Carmel (né en 1942 à Paris) a engagé depuis 1970 une œuvre picturale en de longues « séries » attachées à travailler successivement les mêmes motifs. Dans la lignée d'un Cézanne, il explore avec obstination un cône de lumière (Intérieurs, 1987-1988), une forme de jarre (Egéennes, 1993), la mandorle des saints (Dédicaces, 1991-1992), un torse crucifié (Nielles, 1996-1998), un poing levé, un crâne (Quartiers d'hiver, 1999-2000 et Memento mori, 2000-2002), d'autres motifs encore (Dopo Como, 1992 ; Sables, 1998-1999, La Bibliothèque d'Urcée, 2006-2009), comme pour mettre à l'épreuve quelques formes singulières et faire jouer leurs nuances et couleurs.

La poésie de Gérard Titus-Carmel paraît s'ouvrir à encore plus de variations. Une vingtaine de recueils déploient proses, vers, laisses, dispersions de mots ou cristallisations de texte dans l'espace de la page, ballets de typographies oscillant du romain à l'italique. Des pages pour l'œil autant que pour l'esprit, multiples parfois dans l'espace d'un même livre, mais toutes habitées par l'inquiétude du monde et de ses ressacs. Murmures de mémoire (Instance de l'orée, 1990), nœuds d'une existence chahutée de silences (Ici rien n'est présent, 2003), traversées de deuil et de mélancolie (Manière de sombre, 2004)... Un titre pourrait résumer toutes ces plongées au cœur obscur du sujet : Travaux de fouille et d'oubli (2000). Et ce toujours dans une grande retenue, qui confine parfois à l'hermétisme tant les blessures se murent derrière des mots qui les laisse à peine entrevoir.

Après l'étude de la technique de la gravure sur cuivre de 1958 à 1962 à l'école Boulle à Paris et sa première exposition en 1967, les dessins de la première période donnaient à voir des nœuds de cordes fortement crayonnés, des bâtons rituels entourés de linges serrés comme d'autant de linceuls et, aux angles de boîtes et de cercueils (The Pocket Size Tlingit Coffin, 1975), l'extrême précision des corrosions et des heurts subis. Quelque chose s'enferme, se cherche et se refuse dans cette œuvre, qu'elle soit graphique, peinte ou écrite. En évolution constante, les « séries » ne se contentent pas de filer le même procédé. Chacune décale un peu le travail, l'offrant à de nouvelles pratiques : empreintes de peinture, réencrages, papiers collés, découpés et surcollés, laissant affleurer gisements et repentirs par transparence.

C'est alors une peinture palimpseste qui s'impose à l'œil. Chaque série devient la mémoire et le prolongement de celles qui la précèdent. Des Forêts (1995-1996) semblent issues les cages thoraciques des Nielles, que le peintre a peu à peu fait migrer vers le végétal (Feuillées, 2000-2004 ; Jungles, 2004-2005). Il y a là l'ambition inavouée de maîtriser le monde et les affects qu'il procure, à travers quelques formes infiniment reprises et variées. Quand bien même les poèmes seraient plus disparates, on y retrouve les mêmes effets de résonances, le même désir de partage et d'accueil. Peintre avec les poètes et poète avec les peintres, Gérard Titus-Carmel a su ouvrir ses textes au dialogue avec Jean Le Gac ou Tony Soulié, offrir ses dessins, estampes et gravures, en échos aux poèmes d’Yves Bonnefoy, de Jacques Dupin, de Denis Roche, de Bernard Noël ou de Philippe Jaccottet. Il s'est également fait le commentateur des œuvres de Munch, de Chardin ou de Philippe de Champaigne – voire de Reverdy.

Le point d'orgue de ce parcours, sans doute inachevable, a été exposé en 2009 au couvent des Bernardins, à Paris. Réalisée de 1994 à 1996, la Suite Grünewald, composée de 159 dessins[...]

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Écrit par

  • : professeur des Universités, université Paris Nanterre, Institut universitaire de France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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