BELLOCCHIO MARCO (1939- )

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Contemporain de Bernardo Bertolucci, « provincial » influencé comme lui par Gramsci, Brecht et Godard, débutant en même temps que lui, Bellocchio a connu une évolution différente, plus confidentielle, plus austère aussi. Loin des succès internationaux, il construit une œuvre de révolté marqué par le sens de l'absolu et de la dérision. Passionné de psychanalyse, il a réalisé une œuvre profondément autobiographique, en empruntant les outils de la métaphore et sans aucun attendrissement sur soi.

Marco Bellocchio est né à Plaisance (Émilie-Romagne). Son père est avocat. Dernier avec son frère jumeau Camillo d'une famille de huit enfants, il fréquente les écoles religieuses et s'intéresse à la poésie, à la peinture, pense devenir acteur. Pendant ses études de cinéma au Centro Sperimentale de Rome (où il deviendra professeur en 1996), il réalise plusieurs courts-métrages où apparaissent les thèmes de la révolte en milieu étudiant, du « film dans le film », de la critique de la famille et de l'appel aux mythes antiques. Il écrit le scénario des Poings dans les poches à Londres, où il réside grâce à une bourse d'études, et réalise le film en 1965, principalement dans la maison de famille de sa mère à Bobbio. C'est le récit de la destruction et du meurtre des membres de sa famille par un jeune garçon épileptique. Le film, différent de la production habituelle, remporte un grand succès international. Son protagoniste, Lou Castel, sera longtemps l'alter ego de Bellocchio, et jouera dans Au nom du Père (1971) et Les Yeux, la Bouche (1982).

En 1967, La Chinoise de Godard et La Chine est proche de Bellocchio sont couronnés au festival de Venise. Ce second film, critique féroce de la bourgeoisie provinciale, évoque la tentation de l'inceste, de la révolution, l'opportunisme des sociaux-démocrates, que Bellocchio, alors proche des maoïstes, rejette, sans montrer pour autant d'indulgence envers l'extrême gauche. Bouleversé par le suicide en 1968 de son jumeau, il « se jette dans le militantisme », tourne de courts films commandés par l'« Union des communistes marxistes-léninistes d'Italie », comme Vive le 1er mai rouge et prolétarien (1969). En 1971, il retourne à son enfance avec Au nom du père, où il affirme que l'enseignement catholique ne vise même pas à former des consciences religieuses, mais simplement des « lâches », pacifiques et apolitiques. La présence de la comédienne Laura Betti dans le film rappelle le dialogue constant entre Pasolini et lui au cours de ces années.

Après l'échec esthétique de Viol en première page (1972), qui lui montre qu'il ne saurait faire de compromis avec le cinéma commercial, il tourne en 1975 un long reportage, Fous à délier, qui se situe dans la logique du mouvement antipsychiatrique. L'institution militaire est mise en cause à son tour dans La Marche triomphale (1976). Il retrouve Laura Betti pour une adaptation cinématographique de La Mouette de Tchekhov (1977).

Marco Bellocchio rencontre en 1977 le psychanalyste Massimo Fagioli, qui sera lié très intimement à tous ses films suivants. Suicide, solitude, révolte marquent Le Saut dans le vide (1980), Les Yeux, la bouche (1982) et l'adaptation d'Henri IV (1984) de Pirandello avec Marcello Mastroianni. Le scandale injustifié que provoque Le Diable au corps en 1986 remet un moment Bellocchio du côté du succès commercial, mais ses films suivants, La Sorcière (1988), Autour du désir (1991), Il Sogno della farfalla (1994) restent confidentiels, malgré une recherche esthétique et thématique toujours aussi rigoureuse. Le Prince de Hombourg (1997), adapté de Kleist, médite avec brio sur la culpabilité, la loi et l'institution. Avec La Nourrice (1999) et surtout Le Sourire de ma mère (2002) et Buongiorno, notte (2003), sa thématique de référence (le pouvoir, la folie, la famille) a pris un relief nouveau, lui permettant d’élargir le cercle de son audience. Il donne ensuite Vincere (2009), qui évoque l’ascension vers le pouvoir de Mussolini. Avec La Belle endormie (2012), le thème de l’euthanasie lui permet de décrire une nouvelle fois l’impossible dialogue entre l’Église et la société italienne.

La rigueur et l'intransigeance de Bellocchio sous-tendent ce que Bertolucci caractérisait à son propos, en décembre 1995, comme « l'amour (réciproque) de la beauté ».

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Pour citer l’article

René MARX, « BELLOCCHIO MARCO (1939- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marco-bellocchio/