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véritablement en 1905, avec le tournage du premier film de fiction, La Prise de Rome, le cinéma italien a connu l'une des histoires les plus riches de la production mondiale. Il figure encore aujourd'hui, après l'éclat de la période muette, le triomphe international du néo-réalisme, l'épanouissement des années 1960, parmi les pôles qui résistent le mieux à la mondialisation hollywoodienne.

Grandeur et décadence du cinéma muet italien (1896-1929)

Les débuts du cinéma en Italie se font, comme dans la plupart des pays européens, avec le Cinématographe des frères Lumière. Dès 1896, des opérateurs de la maison lyonnaise sillonnent la péninsule, prennent des « vues » et ramènent leurs sujets pour les présenter aux spectateurs. Alexandre Promio, par exemple, séjourne à Venise et filme le Grand Canal et la place Saint-Marc : ses vues prises d'un vaporetto constituent les premiers travellings – les catalogues de l'époque parlent de « panoramas » – de l'histoire du cinéma. D'autres opérateurs enregistrent des bandes à Gênes, Turin, Milan, Naples, Rome. À l'instar des frères Lumière, Filoteo Alberini (1865-1937) a bien fait breveter en novembre 1895 un appareil pour l'enregistrement, le tirage et la projection des images, mais il semble que cet appareil, le Kinetographe, soit demeuré à l'état de plan et ne connut même pas le stade du prototype.

En Italie, les salles fixes exclusivement consacrées au spectacle cinématographique apparaissent de façon précoce : dès 1897, des salles à Rome, Naples, Venise accordent une large place aux présentations de films. Filoteo Alberini inaugure à Florence en 1899 une salle réservée aux projections de vues fixes et d'images animées. Parti à Rome, il ouvre dans cette ville en 1904 un des premiers cinémas du monde – au sens contemporain du terme –, le Moderno. Conscient de la nécessité de lancer une production nationale, Alberini s'associe avec Dante Santoni pour créer en 1905 – dix ans après les Français – la première société de production digne de ce nom, l'Alberini & Santoni qui deviendra en avril 1906, avec l'appui financier du Banco di Roma, la Cines. C'est l'Alberini & Santoni qui produit le film considéré traditionnellement comme la première œuvre de fiction réalisée en Italie, La presa di Roma (La Prise de Rome, 1905), mise en scène par Alberini lui-même. Ancêtre des innombrables films de reconstitution historique tournés en Italie, il évoque l'occupation de l'État pontifical et la naissance du royaume unitaire sous la dynastie des ducs de Savoie.

À partir de 1905, le cinéma italien comble progressivement son retard sur ses concurrents européens. L'industrie du cinéma se met en place ; elle connaît une période de développement intense qui durera jusqu'au début des années 1920. Phénomène typiquement italien, la production ne connaît pas une centralisation comparable à celle qui s'est instaurée en France : deux pôles principaux se constituent à Rome et à Turin tandis que des pôles secondaires naissent dans d'autres villes. À Rome, la Cines domine le marché. Le succès est si net que la société ouvre dès 1907 une succursale à New York, amorçant ainsi la conquête du marché américain par les films italiens. À Turin, Arturo Ambrosio (1869-1960) crée, à la fin de 1905, la société Ambrosio & Cie. Dans cette même ville est fondée la société Carlo Rossi & Cie qui devient en mars 1908 l'Itala Film. La nouvelle firme s'impose très vite, aux côtés de l'Ambrosio et de la Cines, comme le troisième pilier de l'industrie italienne.

Les films historiques ou pseudo-historiques ont constitué très tôt un genre de prédilection pour les réalisateurs. C'est dans cette optique que se constitue en 1909, sous l'aile protectrice de Pathé, la Film d'Arte Italiana. Dirigée par Gerolamo Lo Savio, cette société connaît une grande activité jusqu'en 1913 et produit une série de films ambitieux dont les sujets sont empruntés aux périodes historiques les plus diverses et qui sont tous marqués par le souci d'une représentation figurative soignée. Les autres maisons de production suivent le même chemin. L'Ambrosio produit en 1908 la première version de Gli ultimi giorni di Pompei (Les Derniers Jours de Pompéi d'après le roman de l'écrivain britannique E. B. Lytton) et, en 1909, un Nerone qui utilise déjà les ressources d'un personnage sanglant (les deux films obtiennent un excell [...]

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Paisà, R. Rossellini

Paisà, R. Rossellini
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«Huit et demi», F. Fellini

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Le cinéaste Ettore Scola

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Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, E. Petri

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean A. GILI, « ITALIE - Le cinéma », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/italie-le-cinema/