MACROÉCONOMIEThéorie macroéconomique

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État de la recherche contemporaine en macroéconomie

On a cherché dans ce qui précède à faire apparaître les orientations prises au milieu du xxe siècle, à l'époque où s'est constituée la théorie macroéconomique. Il reste à considérer quelques exemples typiques des évolutions qu'a connues depuis lors cette branche vivante de la discipline économique.

Investigations macro et microéconométriques sur l'épargne des ménages

Le recours à l'économétrie a été massif, en symbiose avec l'affinement des conceptualisations théoriques. Il est notable aussi qu'une partie des recherches a porté sur les fondements microéconomiques et sur les agrégations sous-jacentes aux lois de comportement figurant dans les modèles macroéconomiques. À titre d'exemple, nous allons considérer la fonction de consommation inscrite dans le modèle du multiplicateur. Dans la théorie générale, Keynes s'était expliqué à son sujet, lui consacrant le chapitre 10 intitulé « La Propension marginale à consommer et le multiplicateur ». Il avait alors fait appel à la psychologie pour justifier l'hypothèse selon laquelle normalement le paramètre a dans le modèle du multiplicateur keynésien présenté ci-dessus devait être positif et inférieur à 1 (lorsque le revenu augmente, la consommation augmente, mais d'un montant moindre). Qu'en est-il aujourd'hui, alors qu'ont été effectuées de nombreuses études empiriques sur ce sujet ? Au risque de caricaturer les choses, nous pouvons distinguer quatre étapes.

Dans l'immédiat après-guerre, une confirmation de l'hypothèse keynésienne fut apportée par des évaluations rétrospectives des grands agrégats de la comptabilité nationale. Des séries annuelles sur l'entre-deux-guerres commençaient à être publiées et s'ajustaient approximativement sur la relation linéaire posée dans le modèle keynésien. Peu à peu, on reconnut cependant le besoin de faire intervenir un retard de la consommation par rapport au revenu, tel qu'il apparaît sous la forme suivante souvent retenue : Ct = aRt/pt + bCt—1 + c.

Une certaine effervescence s'ensuivit dans les années 1950 et 1960. Le retard fut expliqué par Milton Friedman grâce à son hypothèse du revenu permanent, lequel était censé mesurer en quelque sorte le niveau moyen du flux des revenus que les ménages s'attendaient à percevoir, un flux qui était lui-même calqué avec retard sur le revenu perçu. Une hypothèse alternative consistait à faire intervenir dans la fonction de consommation la richesse des ménages à côté de leur revenu. Simultanément Franco Modigliani avait lancé son hypothèse du cycle de vie selon laquelle chaque ménage a un plan de consommation qu'il adapte peu à peu en fonction de ce qu'il estime devoir être les flux de ses revenus et de ses besoins durant le reste de sa vie. La fonction de consommation à faire intervenir dans la théorie macroéconomique doit résulter de l'agrégation des demandes de tous les ménages appartenant aux diverses générations. Pour étayer l'hypothèse qu'il maintint tout au long de sa vie, Modigliani fit état de sources empiriques diverses, notamment de données microéconomiques sur les budgets d'échantillons représentatifs de ménages individuellement interrogés.

Durant une troisième étape, particulièrement active au cours des années 1980, l'attention se porta sur les caractéristiques du processus stochastique bidimensionnel constitué conjointement par l'évolution du revenu disponible des ménages et par celle de leur consommation (cela le plus souvent sur des séries de données trimestrielles). L'intention était d'abord empirique : plutôt que de préjuger l'existence et la forme d'une fonction de consommation, ainsi que cela avait été fait antérieurement, il s'agissait de voir si les propriétés statistiques dynamiques du processus observé confirmaient ou infirmaient la présence de telle ou telle fonction. Des discussions de l'époque, il ressortit surtout que, dans les pays de l'O.C.D.E., la série de la consommation suivait de trop près celle du revenu pour coïncider avec les modélisations dont il a été question ci-dessus. Certes, on avait souvent dit antérieurement qu'une partie des ménages ne disposait pas de faculté d'emprunt et ne pouvait consommer, avant toute épargne, que dans la mesure de ses revenus courants. Mais dans les pays en cause, la proportion de ces ménages était trop faible pour expliquer le phénomène. Peu à peu, on eut tendance à tourner l'attention vers [...]

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Pour citer l’article

Edmond MALINVAUD, « MACROÉCONOMIE - Théorie macroéconomique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/macroeconomie-theorie-macroeconomique/