LUTH

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La tablature de luth

Le courant de la théorie harmonique amorcé entre autres par les luthistes au xive et au xve siècle fut fondé en raison dans les premières années du xvie siècle avec la diffusion d'un système de notation original et spécifique de l'instrument : la tablature.

Contrairement à l'écriture musicale moderne qui détermine des hauteurs de son, la tablature est une partition de doigtés qui indique, par des signes spéciaux, la place que doit prendre chaque doigt sur le manche de l'instrument. La tablature ne renseigne donc pas sur la nature de la musique, et l'on est contraint de la transcrire et de la jouer au luth pour la connaître.

Trois systèmes de tablature sont apparus à peu près simultanément en Allemagne, en Italie et en France. Le système allemand, qui aurait été inventé vers 1450 par Konrad Paumann, est d'une grande complexité. Il consiste à chiffrer systématiquement toutes les cases du manche, obligeant ainsi l'interprète à connaître par cœur environ cinquante-quatre lettres représentant chacune une case. La difficulté de lecture qui en découlait le fit très vite abandonner pour les systèmes français et italien, à la fois plus simples et surtout plus concrets. Dans ceux-ci, les six lignes de la tablature figurent les cordes, les lettres désignent les cases, le rythme étant indiqué au-dessus de l'ensemble par des hampes de note. Seules différences entre les deux systèmes : l'emploi de lettres pour les Français qui placent la corde aiguë en haut, tandis que les Italiens font l'inverse et notent en chiffres.

L'intérêt capital de la tablature est en premier lieu son caractère concret qui donne en une vision réaliste une sorte de synthèse entre la technique et la musique. En outre, comme le luth n'était pas accordé selon un diapason fixe, on évitait ainsi les problèmes de transposition.

L'avènement de la tablature se pose comme un événement unique dans l'histoire de la musique instrumentale. Elle constitue une tentative d'écriture musicale parallèle à la notation traditionnelle abstraite. Les luthistes entendirent révéler, par le système de la tablature, non seulement la musique elle-même, mais aussi les aspects techniques spécifiques du luth, que l'écriture en notes ne communique pas. On peut d'ailleurs se demander si, en d'autres circonstances, le système ne se serait pas étendu à tous les instruments puisqu'en fait l'orgue et la viole furent à l'origine notés en tablature. La tablature, dans son essence, présente un caractère spécialisé qui ne correspond guère à l'idéologie universaliste de la Renaissance ; ce qui expliquerait que la notation traditionnelle se soit généralisée, laissant la tablature aux seuls luthistes qui, dès lors, se trouvaient enfermés dans une sorte d'ésotérisme. L'expression « donner de la tablature » est d'ailleurs passée dans le langage pour exprimer le caractère impénétrable de quelque chose.

Un esprit créatif imprégna la vie musicale de tout le xvie siècle pendant lequel le luth fut, socialement, l'instrument roi. Dès les premières publications de musique en tablature (Ottaviano Petrucci en 1507, à Venise), l'accord le plus fréquent apparaît : 4te, 4te, 3ce, 4te, 4te ; c'est le « vieil ton ». Dès lors, le luth s'affirmera dans une orientation intimiste, ne participant que très faiblement à la musique d'ensemble. Il devient l'instrument dont on joue seul, ou devant une compagnie restreinte. C'est alors l'avènement de la musique pure.

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Écrit par :

  • : directeur de la revue Musique ancienne, luthier d'art (copies de luths et clavecins anciens)

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Pour citer l’article

Joël DUGOT, « LUTH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/luth/