TIECK LUDWIG (1773-1853)

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Le nom de Tieck est indissolublement lié à la genèse et à la diffusion du romantisme allemand. Le cénacle de Berlin, en 1797, celui d'Iéna un peu plus tard ont reçu de puissantes impulsions de ce génie précoce, éveillé et rêveur, ironique et fantasque, plus ample d'ailleurs que profond et dont la production abondante, inégale, toujours suggestive, comporte des œuvres qui demeurent : tels, pour la période romantique, les contes et les comédies qui fascinent par leur sinueuse musicalité, l'entrelacement du plaisir et de la douleur, la recherche de l'identité au bord d'un gouffre, les lazzis et les pirouettes.

Au temps de Metternich, Tieck, sorti infirme d'une grave maladie, s'impose à ses contemporains par un cycle de nouvelles, écrites pour la plupart entre 1820 et 1840, dont Goethe le premier vante l'acuité du coup d'œil, l'art de la conversation, le sens de l'humain. Comme traducteur et comme pénétrant critique théâtral, Tieck, sans être une figure de proue, se situe au centre d'un vaste réseau littéraire : il fut l'homme de lettres par excellence, espèce rare en Allemagne.

Moins doué pour la spéculation que les frères Schlegel, moins « poète pur » que Brentano, moins profond que son ami Novalis, il reste un créateur ouvert à tous les appels, mais néanmoins original, un médiateur indispensable, un imaginatif lucide.

Du roman noir au romantisme

Fils d'un cordonnier épris de théâtre et raisonneur, Johann Ludwig Tieck, né à Berlin, s'était gavé tout jeune déjà de livres et de spectacles, puis avait été mis à contribution par des maîtres sans scrupules qu'il aidait à bâcler des romans noirs ou des écrits satiriques. Il y gagna comme Balzac une parfaite connaissance du métier et en même temps fut saisi d'effroi devant sa propension au mimétisme. William Lowel (1793-1796) exprime les frissons de novembre d'une jeunesse dévastée, mais reflète aussi certains aspects de la société prussienne, livrée après la mort de Frédéric II à l'obscurantisme d'escrocs illuministes, maîtres d'un roi falot. Une grande honnêteté intellectuelle, unie à la nostalgie de l'innocence perdue, amènera périodiquement Tieck, au cours de sa longue vie, à dénoncer les mensonges et les méfaits de l'âme sensible aussi bien que la tyrannie des esprits forts. L'« ironie » fait ainsi partie intégrante du romantisme tel qu'il le concevra. Nullement destructrice, elle permet à l'esprit de tracer la subtile ligne de démarcation entre magie trompeuse et jaillissement des forces profondes de l'être.

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Pour citer l’article

Robert MINDER, « TIECK LUDWIG - (1773-1853) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ludwig-tieck/