LIBERIA

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Nom officielRépublique du Liberia (LR)
Chef de l'État et du gouvernementGeorge Weah (depuis le 22 janvier 2018)
CapitaleMonrovia
Langue officielleanglais
Unité monétairedollar libérien (LRD)
Population4 491 000 (estim. 2020)
Superficie (km2)99 691

Vie politique

Largement inspirées du modèle américain, les institutions politiques libériennes reposent, jusqu'au coup d'État de Samuel K. Doe en avril 1980, sur un exécutif fort. Le président, élu pour quatre ans et secondé par un vice-président, en est la clé de voûte. Jusque-là, la vie politique s'est organisée autour d'un parti unique, le True Whig Party (T.W.P.), monopolisant le pouvoir depuis 1869. Jusqu'à son interdiction après le coup d'État, le T.W.P. fut l'instrument de la domination politique des Américano-Libériens.

L'ère Tubman

Les bouleversements nés de la Seconde Guerre mondiale coïncident au Liberia avec l'accession à la magistrature suprême d'un homme qui allait marquer profondément l'histoire de son pays : William Vacanarat Schadrach Tubman. Descendant d'une famille originaire de Georgie, fils de pasteur méthodiste, il embrassa tôt la carrière politique et devint à vingt-huit ans le plus jeune sénateur de l'histoire du Liberia. Nommé à la Cour suprême en 1937, il fut élu chef de l'État à la fin de 1943, et investi officiellement en janvier 1944. Il resta à la tête de son pays pendant vingt-sept ans, son dernier mandat étant interrompu par la mort en 1971.

William Tubman est resté célèbre pour ses efforts d'intégration de la population autochtone. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il se montrait conscient des divisions du pays entre la minorité américano-libérienne, très soudée par les liens du sang, l'histoire et l'appartenance à la franc-maçonnerie, et la grande masse des indigènes, qui restaient largement exclus de l'accès aux ressources politiques et économiques. Mettant en œuvre sa politique dite d'unification au prix de tensions parfois vives avec la minorité américano-libérienne, William Tubman entreprit de réconcilier les deux principales composantes de la population. Les mesures les plus significatives consistèrent à désenclaver l'arrière-pays et à donner à ses populations une représentation politique digne de ce nom. Conduite méthodiquement, la politique d'unification consolidait la domination de la minorité américano-libérienne en même temps qu'elle facilitait la mise en valeur des ressources économiques nationales en favorisant l'adhésion de la périphérie aux objectifs du pouvoir central. La cooptation de segments des élites locales à des postes de responsabilité politique ou administrative, leur assimilation à la minorité américano-libérienne par des mariages mixtes, l'extension vers l'intérieur des réseaux de patronage côtiers contrôlés par les descendants des premiers colons, la dispersion de la population autochtone, tous ces facteurs conjugués empêchaient la cristallisation d'identités locales ou régionales et jouaient en faveur de la stabilité du régime.

Celle-ci était d'autant plus grande qu'à l'apaisement du climat politique répondait une croissance économique remarquable quoique trompeuse. D'abord lents, les résultats s'accélérèrent à partir des années 1960. En effet, le caoutchouc restait, au début des années 1950, la principale source de devises. Bientôt, toutefois, le minerai de fer puis l'exploitation de la forêt prirent le relais. Les facilités fiscales attiraient les investissements étrangers, dont la valeur fut multipliée par 200 entre 1944 et 1970. Américains, Suédois, Allemands se partageaient l'exploitation des mines de fer dont la production atteignit plus de 20 millions de tonnes en 1974, faisant du Liberia le quatrième exportateur mondial. À cette manne s'ajoutaient les recettes fiscales tirées de l'immatriculation des navires étrangers battant pavillon libérien mais appartenant en fait à des armateurs grecs ou à des compagnies américaines. Avec une capacité de 22,5 millions de tonneaux, la flotte marchande libérienne se hissait au premier rang mondial. Au total, selon les statistiques de l'O.N.U., le Liberia connut le taux de croissance le plus élevé du monde entre 1950 et 1960, avec une moyenne annuelle de 11,5 p. 100.

Une succession ratée

C'est donc un héritage relativement bon que laissait à sa mort, en juillet 1971, William Tubman. Son successeur, William Tolbert, poursuivit son œuvre. En tant que vice-président, il lui succéda automatiquement, avant d'être élu normalement en 1975. Son mandat fut tragiquement interrompu par le coup d'État d'avril 1980 dans lequel il trouva la mort. Franc-maçon, pasteur, le nouveau chef de l'État se démarqua quelque peu de lui en accordant davantage d'attention à l'agriculture. Son objectif, ambitieux, était de rendre son pays autosuffisant en riz, l'aliment de base des Libériens. Dans cette perspective, il encouragea le mouvement coopératif, la mécanisation de l'agriculture et le développement de l'agro-industrie. Assez paradoxalement, toutefois, sa politique rizicole volontariste allait contribuer à provoquer la perte de William Tolbert. Afin d'inciter les paysans à accroître leur production de riz, le gouvernement décida, en avril 1979, d'en augmenter le prix à la consommation. Fatalement impopulaire, cette mesure fut d'autant plus mal perçue qu'elle intervenait à la suite d'une grave affaire de meurtre rituel impliquant plusieurs personnalités politiques très influentes et des hauts fonctionnaires. La Progressive Alliance of Liberia (P.A.L.), parti d'opposition créé en 1975 aux États-Unis par des émigrés libériens et toléré, réagit contre l'augmentation du prix du riz par des manifestations, et des émeutiers s'en prirent aux commerces d'alimentation de Monrovia, notamment à ceux qui appartenaient aux Libanais. Appelée à la rescousse, l'armée rétablit le calme, mais il y eut plusieurs dizaines de morts. Dans la foulée, le gouvernement abrogea les mesures d'augmentation des prix et légalisait la P.A.L., sous le nom de Progressive People's Party (P.P.P.). Pourtant, le malaise social persistait et, en mars 1980, le P.P.P. appela à une grève générale nationale. Aussitôt, son président, Gabriel Baccus Matthews, et soixante-dix de ses partisans furent arrêtés. Mais il était trop tard : le 12 avril, un petit groupe de soldats conduits par un sergent-major (promu général ultérieurement) du nom de Samuel K. Doe occupèrent la présidence, exécutèrent le président Tolbert et s'emparèrent du pouvoir.

La revanche des Natives

Ce coup de force illustrait dramatiquement les blocages sociopolitiques du Liberia. En effet, à la croissance sans véritable développement économique avaient correspondu la crispation de l'élite américano-libérienne sur ses privilèges et la généralisation de la corruption. William Tolbert, conscient des risques, avait bien tenté d'atténuer les effets de cette domination. Mais, même timide, son réformisme s'était heurté au conservatisme de l'appareil du pouvoir et du parti, dont l'hostilité de son propre frère, Frank Tolbert, président du Sénat. En outre, il n'avait pas su se rallier vraiment les milieux libéraux. Dans ce co [...]

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  • : directeur de recherche au C.N.R.S., à Sciences Po Bordeaux

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Pour citer l’article

René OTAYEK, « LIBERIA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/liberia/