FIEDLER KONRAD (1841-1895)

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Né à Oederan, près de Dresde, l'historien de l'art allemand Konrad Fiedler (1841-1895) est un des représentants majeurs de ce que l'on appelle le formalisme en histoire de l'art. Parallèlement à l'école de Vienne et au formalisme de l'objet artistique qu'illustrèrent de grands historiens de l'art tels que Franz Wickhoff ou Aloïs Riegl, son entreprise est orientée, pour l'essentiel, vers le processus de création artistique, plus que vers les œuvres elles-mêmes. Elle est par ailleurs indissociable du milieu dans lequel il vécut. Très tôt, Fiedler se lie avec quelques-uns des plus grands artistes allemands de son temps, tous installés en Italie, comme les peintres Hans von Marées et Anselm Feuerbach ou le sculpteur Adolf von Hildebrand, futur auteur d'un livre essentiel : Das Problem der Form (Le Problème de la forme, 1893). Avec ce dernier et Marées, Fiedler fera même l'acquisition, en 1874, du cloître de San Francesco di Paolo à Florence, symbole s'il en est d'une confraternité au sein de laquelle création artistique et réflexion esthétique ne pouvaient se concevoir l'une sans l'autre. Comme l'écrit Philippe Junod dans sa présentation à la traduction française des Essais sur l'art (2002), « Fiedler n'a rien d'un pur spéculateur, et sa philosophie se nourrit au contact de la pratique, dans l'atelier ». Elle relève ainsi d'une « poétique vécue », intensément partagée avec ses amis artistes.

À ces années italiennes, au cours desquelles il ne cesse de voyager en compagnie de ces mêmes amis, correspondent les premiers écrits dans lesquels Fiedler met en place les fondements de sa conception des arts visuels. L'édition des Essais sur l'art offre précisément au lecteur français la traduction d'un essai capital publié en 1876 : De la manière de juger les œuvres des arts plastiques. Fiedler y développe l'idée, essentielle dans sa pensée, que l'art « ne crée pas un autre monde, en plus du monde réel, qui existerait sans lui ; il fait advenir le monde lui-même, par la conscience artistique, et pour elle ». Il conçoit en outre de la manière la plus radicale le rapport de l'art à la tradition : « Tout ce qui a déjà été soumis à un processus intellectuel est perdu pour lui. [...] Ce que l'esprit humain n'a encore jamais effleuré, voilà ce qui suscite son activité ». Avec un autre essai médité durant la même période, Remarques sur l'essence et l'histoire de l'architecture (1878), Fiedler tente, dans le prolongement des conceptions de l'architecte et théoricien Gottfried Semper, de séparer ce qui relève d'une histoire des « besoins constructifs » et ce qui appartient en propre à l'histoire de l'art, soit le développement de formes autonomes visant, toujours selon l'historien, un véritable « accomplissement de fins spirituelles ». Ainsi, Fiedler en vient à opposer l'art roman, « ébauche d'un développement artistique nouveau et autonome », à l'art gothique, dont les prouesses, selon lui, ne relèveraient pas d'une pure aspiration artistique.

Fiedler devait encore approfondir sa conception de l'art comme quête de la pure visibilité et comme enrichissement de la conscience dans son grand texte de 1887, Sur l'origine de l'activité artistique. Les Essais sur l'art en proposent une version sensiblement abrégée, alors que de son côté Danièle Cohn en offre la traduction intégrale (2003). Fiedler cherche encore à montrer comment l'historien, face à la multiplicité des propositions artistiques, peut extraire de l'œuvre d'art son contenu propre. À côté du langage à partir duquel se déploie le pensable, à côté de la science qui transporte le réel par les concepts, l'art édifie le visible, il est une activité de l'esprit compris comme une faculté de mise en forme, ou encore comme un éveil de la perception. C'est à cet héritage qu'allaient puiser, au xxe siècle, d'autres historiens de l'art, comme Heinrich Wölfflin, ou des philosophes, comme Ernst Cassirer, qui trouvait chez Fiedler une pièce majeure, un fondement sûr au grand édifice qu'allait être sa Philosophie des formes symboliques. Y recoururent aussi des artistes tels que Wassily Kandinsky, et surtout Paul Klee, pour qui, d'accord avec ce qu'avait pressenti Fiedler, « l'art ne [...]

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  • : ancien pensionnaire à l'Institut national d'histoire de l'art, chargé de cours à l'École du Louvre

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Pour citer l’article

François-René MARTIN, « FIEDLER KONRAD - (1841-1895) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/konrad-fiedler/