KERBELA ou KARBALĀ

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Également appelée Mashhad (Mechhed) Ḥusayn, ou Mausolée de Ḥusayn. Ville oasis de l'Irak à quelque 100 kilomètres au sud-ouest de Bagdad, sur les bords du désert, Kerbela (Karbalā) est un des hauts lieux du shī‘isme.

Irak : carte administrative

Carte : Irak : carte administrative

Carte administrative de l'Irak. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le 10 du mois de muḥarram (an 61 de l'hégire ; 10 oct. 680), Ḥusayn b. ‘Alī, petit-fils du Prophète et fils de ‘Alī, venant de La Mecque, marche vers le cœur de l'Irak pour y faire valoir ses droits au califat. Il livre bataille au calife umayyade de Damas, Mu‘āwiya. Cantonnées à Kūfa, les troupes de ce dernier assiègent Ḥusayn et sa petite escorte durant une dizaine de jours, mais la bataille elle-même sera brève, et Ḥusayn tombera sous les coups. Son corps a dû être mutilé : sa main fut coupée, selon certaines sources (la main de l'imām est un emblème fréquent dans l'islam shī‘ite) ; il fut décapité d'après d'autres sources. Le corps de Ḥusayn fut enterré sur place ; l'endroit prit le nom de Qabr al-Ḥusayn (tombeau de Ḥusayn) et devint vite un haut lieu shī‘ite et un but de pèlerinage. La date de 684 est souvent citée comme celle du premier pèlerinage.

En 850, le calife abbasside al-Mutawakkil fait raser le tombeau et les constructions annexes, semer arbres et autres plantes sur les lieux et interdire quelque pèlerinage ou commémoration que ce soit. Cette lutte idéologique entre deux courants religieux est aussi une lutte politique entre les souverains ‘abbāssides et les contestataires ‘alīdes qui tiennent ceux-là pour usurpateurs et califes illégitimes. Bien qu'assortie de peines horribles, l'interdiction d'al-Mutawakkil ne réduit pas longtemps l'ardeur des fidèles : le tombeau fut rapidement reconstruit. La tradition rapporte qu'en septembre 1016 la chute d'un cierge mit le feu et détruisit le nouvel édifice et ses annexes. Réédifié, le tombeau reçut de nombreuses visites dont celle du saldjūqide Malik shāh (1086) qui visita aussi celui, assez proche, du père, à al-Nadjaf (Mashhad ‘Alī).

Nombre de voyageurs ont décrit le lieu comme un sanctuaire situé au cœur d'une petite ville, entourée de palmeraies. Dans le tombeau lui-même, le sarcophage d'argent est éclairé par de nombreuses lampes d'or et d'argent qui font croire « à des étoiles incrustées dans la voûte du firmament » (Ibn Battūta). Les descriptions abondent en détails magnifiques : rideaux de soieries, brocarts, or, argent.

L'Ottoman Soliman le Magnifique, par égard pour ce lieu sacré, fait recreuser et agrandir, en 1535, le canal al-Husayniyya qui alimente la ville en eau, ce qui permet de créer de vastes jardins. Jusqu'au xviiie siècle, donations et fondations pieuses permettent de nombreux embellissements et ornements nouveaux. C'est à la fin de cette période, vers 1790, que le fondateur de la dynastie des Qadjars, Agha Muḥammad khan, fait revêtir la coupole d'or. Mais une troupe de la secte des Wahhabites, conduite par le shaykh al-Sa'ūd d'Arabie, pénètre dans Kerbela, massacre ses habitants et détruit tous les édifices pour faire cesser ce qu'ils considèrent comme de l'idolâtrie et permettre, selon les préceptes de la secte, un véritable retour aux sources destiné à retrouver la pureté de l'islam primitif. Cet acte provoque une grande émotion dans le monde shī‘ite ; pour effacer le sacrilège, les dons affluent. Une dizaine d'années après, le sanctuaire est reconstruit, plus beau peut-être et aussi richement décoré que l'ancien.

La ville doit évidemment sa prospérité à la présence du tombeau de Ḥusayn, mais c'est aussi le point de départ dans l'accomplissement des pèlerinages soit à La Mecque, soit à al-Nadjaf (tombeau de ‘Alī). Le sanctuaire proprement dit est constitué d'une vaste cour de près de 10 000 mètres carrés, ornée d'un bandeau bleu qui court sur tous les murs d'enceinte : le Coran y est entièrement calligraphié en lettres blanches. Le tombeau lui-même occupe le milieu de la cour, surmonté de la célèbre coupole. Le cercueil, enfin, énorme catafalque de quatre mètres sur deux entièrement recouvert d'argent, est entouré de lampes, recréant la même atmosphère que celle décrite par Ibn Battūta en 1327. Toute la région est, grâce à la présence du sanctuaire, sainte : quiconque, en effet, est enterré à Kerbela ou aux alentours immédiats, pourra, disent les croyances popul [...]

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Pour citer l’article

Philippe OUANNÈS, « KERBELA ou KARBALĀ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kerbela-karbala/