GUESDE JULES (1845-1922)

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Guesde, guesdisme et S.F.I.O.

La fondation de la Section française de l'Internationale ouvrière en avril 1905 marque donc en apparence la victoire des guesdistes. Qu'en est-il en réalité ?

Ce qu'apportent les guesdistes à la S.F.I.O., ce n'est pas seulement leurs qualités d'organisateurs, leur pédagogie simple, leur hebdomadaire, Le Socialiste, c'est aussi un appareil qui tend assez souvent à se nourrir de lui-même. Les délégués guesdistes font bloc dans les congrès. Ils tentent d'obtenir – en vain – une organisation régionale du parti, où triompherait leur coordination. Ils parviennent à conserver le contrôle d'une vaste entreprise d'édition, l'Encyclopédie socialiste, dont l'un des leurs, Compère-Morel, a eu l'initiative.

Pourtant, dès lors que les amis d'Édouard Vaillant se détournent d'eux sur quelques problèmes essentiels – politique internationale, rapports avec les syndicats –, ils ne peuvent infléchir la S.F.I.O. de façon décisive, et l'animosité que la majorité syndicaliste révolutionnaire de la Confédération générale du Travail (C.G.T.) éprouve à leur égard les prive de tout soutien extérieur nouveau.

La sclérose menaçait le guesdisme depuis longtemps, et d'abord sous une forme particulièrement insidieuse : le divorce entre le verbe, resté révolutionnaire, et la pratique devenue bien souvent réformiste. Guesde, pourtant, restait capable de coups d'éclat : le 31 mars 1910, d'accord pour une fois avec la C.G.T., il fut le seul élu de la S.F.I.O. à voter contre la loi des retraites ouvrières et paysannes, où il voyait, en raison du prélèvement opéré sur les salaires, un « vol législatif » ajouté « au vol patronal ». Surtout, le guesdisme s'avéra incapable d'analyser les changements survenus à la fin du xixe siècle et au début du xxe dans l'économie, la société, la vie politique. Limitant ses objectifs à la préparation de la conquête de l'État par le parti socialiste, il ne sut ni comprendre les aspirations révolutionnaires qui s'incarnaient dans le nouveau syndicalisme, ni saisir la signification de l'expansion coloniale, ni estimer la gravité de la menace de guerre : à ces militants qui se disaient porteurs de l'orthodoxie marxiste, l'impérialisme resta pour l'essentiel étranger.

La guerre, la révolution russe, la fondation du Parti communiste français atteignent un Guesde plus vieilli encore que le guesdisme. Totalement rallié à l'Union sacrée, celui qui avait toujours refusé toute participation socialiste à un ministère bourgeois entre le 27 août 1914 comme ministre d'État dans le gouvernement français et y reste jusqu'en décembre 1916. En octobre 1917, il s'inquiète des conséquences de la révolution bolchevique sur la défense nationale. En décembre 1920, s'il ne participe pas au Congrès de Tours, il y cautionne le courant favorable au maintien de la « vieille maison ». Peu avant sa mort, survenue le 28 juillet 1922, il laissa toutefois ce message : « Veillez sur la révolution russe. »

Les historiens du socialisme français débattent en particulier de trois problèmes qui concernent davantage le guesdisme que la personne de Guesde.

Le premier est de savoir dans quelle mesure apparaît, à la veille de 1914, un néo-guesdisme capable de rajeunir une pensée et une pratique en train de se scléroser. Pour les uns, Guesde exerce sur ses disciples une papauté si rigide que les possibilités de renouvellement sont presque nulles. D'autres soulignent que de jeunes guesdistes s'engagent alors dans l'étude sérieuse des structures économiques et sociales : Pierre Brizon à propos du statut du métayage, Marcel Cachin à propos des trusts, etc. Ils voient là l'embryon d'un rajeunissement du guesdisme qui se prolongera pendant la guerre : Cachin apportera son rayonnement à la défense de la révolution bolchevique et à la fondation du P.C.F., Brizon sera pacifiste.

Plus important encore est le problème de la place du guesdisme dans l'introduction du marxisme en France. « L'originalité du Parti ouvrier français, écrit Claude Willard, réside dans son idéologie marxiste. » D'autres soulignent que Guesde en particulier et les guesdistes en général réduisirent la pensée de Marx à quelques schémas politiques. Mais tous sont d'accord pour admettre que ni la philosophie ni l'économie politique ne furent renouvelées par l'apport guesdiste et que les œuvres de Marx et d'Engels furent diffusées par eux essentiellement sous la forme de brefs résumés, de « catéchismes », à la rédaction desquels Gabriel Deville apporta d'ailleurs plus que Guesde. Les guesdistes ont été des pédagogues du marxisme plus que des intellectuels marxistes. Guesde est en partie responsable de la relative indifférence du mouvement ouvrier français pour la recherche théorique.

On peut enfin se demander dans quelle mesure le guesdisme survit aujourd'hui à l'intérieur du mouvement socialiste français. On en recueille encore les échos dans les controverses du Parti socialiste autour du maintien de la « doctrine » et dans la difficulté qu'éprouva la S.F.I.O. à admettre, pendant les guerres coloniales livrées par la IVe République, la primauté des aspirations politiques sur ce qu'elle appelait le réalisme économique.

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Madeleine REBÉRIOUX, « GUESDE JULES - (1845-1922) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jules-guesde/