JUDAÏSMELes pratiques

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Des pratiques corporelles à la symbolique

Avant de réciter, debout, la prière appelée 'Amidah, l'orant fait trois pas en avant, puis revient à sa place dans une complète immobilité, en s'inclinant lors des deux premières bénédictions. Certaines parties de la prière se disent assis, d'autres debout. Le Qaddiš requiert du fidèle une gestuelle complexe exprimant un respect immense. Durant la répétition de la 'Amidah, lors de la triple sanctification, l'orant hausse la plante des pieds, frémissant tel le peuple d'Israël devant le Sinaï. Ces gestes et attitudes sont précisés dans les rituels imprimés (cf. pour le rite séfarade, Tephilat Chalom, et pour le rite ashkénaze, Seder Abodat Israël).

Danse et musique

Bien que, selon la Bible, David ait dansé devant l'Arche, il n'est pas, dans le culte juif, de chorégraphie ni au Temple ni à la synagogue, à l'exception des danses des fidèles qui portent la Tōrah et la font danser lors de la fête de Simḥat Tōrah. L'une des innovations du hassidisme fut d'introduire les danses collectives – hommes et femmes séparés –, cette forme d'expression de la joie en Dieu étant alors jugée digne de faire partie intégrante du culte.

Le récitatif et le chant sur des modes divers, selon des traditions liturgiques anciennes ou modernes, constituent le devoir et le délice des fêtes majeures ou mineures : Pesaḥ, Šabu'ot, Sukkot, d'une part, Hanukka et Purim, d'autre part. À Pesaḥ (Pâque), la Haggada narre la sortie d'Égypte ; à Purim, on lit la Megilla ou rouleau d'Esther ; la fête – comme la néoménie – donne lieu à la récitation du Hallel (Psaumes, cxiii-cxviii). Dans le Temple, des morceaux de musique étaient exécutés par des lévites sur divers instruments. Mais les musiques hébraïques antiques demeurent inaccessibles pour les musicologues.

Actuellement, en semaine, on dit la prière sur un ton sobre, presque sans recourir à la musique, celle-ci étant réservée au šabbat et aux fêtes. Tout office est conclu par l'hymne 'Alénu – « C'est à nous de célébrer le Seigneur de toutes choses » –, qui est chanté avec une solennité exceptionnelle dans le Musaf. Les cantiques bibliques et les psaumes – et, parmi les premiers, le « Cantique de la mer Rouge » (Exode, xv, 1-18) – constituent l'essentiel du service cultuel. La poésie hébraïque médiévale a fourni aussi les morceaux classiques du rituel. Composé en Terre sainte, au xvie siècle, le cantique Lekha Dodi (« Viens, bien-aimé ») a ainsi trouvé place dans l'accueil du šabbat pour tous les rites. L'office lui-même peut être célébré par n'importe quel fidèle de sexe masculin âgé de plus de treize ans. Dans les synagogues importantes, on engage un ḥazan, chantre choisi pour le timbre de sa voix, qui imprime au service sacré un air de récital.

La sonnerie du šofar est prescrite par la Tōrah le jour de Roš ha-Šana, qui est le premier de l'an ; et il est d'usage de clore par elle le jeûne de Kippur (Lévitique, xxv, 8). Au xixe siècle, dans les « temples » des métropoles d'Europe ou d'Amérique, apparurent des musiques synagogales dues à des auteurs de « services sacrés », relayés ensuite par des compositeurs tels que Samuel Naumbourg, Darius Milhaud et Léon Algazi. À cette époque, et aujourd'hui encore, dans les synagogues réformées ou conservatrices des États-Unis, l'orgue accompagne le service sabbatique et festif. Dans les grandes synagogues, des chœurs masculins exécutent les portions majeures des offices. La musique est partout admise lors des cérémonies patriotiques et des mariages.

Le vêtement

Dans le cadre du culte juif, les vêtements occupent une place importante. La « Loi des prêtres », c'est-à-dire le Lévitique, détaille avec précision leurs formes et leurs teintes, ainsi que celles des coiffes et des parures sacerdotales : tekhélet (azur), argaman (pourpre), tola'at-šani (écarlate). L'habillement du grand prêtre, qui entrait seul – une fois l'an – dans le saint des saints, est longuement décrit tant dans l'Écriture que par Flavius Josèphe (La Guerre des Juifs, v, 232). Aujourd'hui, l'obligation vestimentaire se limite au port du vêtement frangé, le ṭallit – ou châle de prière, blanc, pourvu de larges rayures noires ou bleues –, et des tefillin ou phylactères lors de Saḥarit.

Par respect pour son Créateur, un juif doit garder la tête couverte (Ire épître aux Corinthiens). Dans les rites ashkénaze et polonais, on revêt le kittel ou sarguenes, long linceul blanc, durant les trois jours aus [...]

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  • : directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)
  • : docteur en théologie, docteur en histoire de la philosophie, docteur d'État ès lettres, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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Pour citer l’article

Gérard NAHON, Charles TOUATI, « JUDAÏSME - Les pratiques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/judaisme-les-pratiques/