ALLIANCE, histoire biblique

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Nom donné, dans la Bible, à des contrats, à des promesses ou accords passés en forme rituelle et solennelle entre Dieu et des individus, entre Dieu et Israël, entre plusieurs individus ; ces alliances sont sanctionnées par un serment. Elles étaient, à l'origine, des instruments politiques servant à maintenir un ordre politique ou social, et on trouve leurs traces dès la préhistoire. C'est à l'âge du bronze final qu'elles ont pris la forme de traités entre nations (par exemple, l'alliance conclue dans le Proche-Orient antique entre l'Empire hittite et ses États vassaux).

Les conventions d'alliance, sans obéir à des règles rigides, comportent généralement : un préambule nommant le suzerain qui accorde son alliance au vassal ; un prologue historique décrivant les relations existant antérieurement entre les deux parties ; diverses stipulations, qui prennent souvent la forme de « lois apodictiques », c'est-à-dire d'une série de règles à suivre, énoncées sous forme de commandements ; une clause ordonnant le dépôt du traité et sa lecture en public à des périodes régulières ; une liste de témoins, parmi lesquels des divinités ou des esprits possédant un pouvoir surnaturel ; des formules finales de malédiction et de bénédiction incitant au respect du traité conclu.

Les historiens distinguent deux sortes d'alliances : celles qui sont octroyées (par un suzerain à un vassal) et celles qui sont conclues entre égaux. Dans les premières, le supérieur décide et l'inférieur se voit offrir sécurité et protection en échange de son accord. Les secondes sont fondées, au contraire, sur la réciprocité : chacun des partenaires (qui peuvent être deux ou plusieurs) s'engage à respecter une paix définie par des obligations bilatérales.

Plusieurs accords de ce genre sont mentionnés dans l'Ancien Testament, tel celui qui s'est conclu au sujet des eaux de Bersabée (dans le sud de la Palestine) entre Abraham et le roi philistin Abimelek. En gage des serments échangés alors, Abraham avait donné sept brebis, ce qui autorise deux étymologies pour le nom de Bersabée (Beersheba) : puits des Sept ou puits du Serment.

Des alliances de suzerain à vassal ont été octroyées par Dieu à certains personnages de l'Ancien Testament : Adam et Ève, Noé, Abraham et David. Le contrat (en hébreu, berīt) qui liait à Dieu le premier couple humain (Gen., i-iii) comprenait une clause de bénédiction pour l'homme et la femme : ils pourraient se multiplier et dominer sur toute créature. Mais cette bénédiction était accompagnée d'une malédiction : il était interdit, par une « loi apodictique » (infrangible), de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal ; si l'homme enfreignait cette loi, il devait mourir. La souffrance, qui allait être le lot d'Adam et Ève, ainsi que de leur descendance, s'explique par la violation d'un contrat conclu avec le Créateur.

Dans son alliance avec Noé, Dieu promet à celui-ci et à sa descendance de ne plus jamais détruire la Terre par l'eau ; et l'arc-en-ciel joue le rôle d'un sceau apposé sur un contrat. Une des clauses de cet accord reconnaît aux hommes un privilège : ils pourront manger la chair des animaux qu'ils auront tués selon les règles et vidés de leur sang ; mais ils devront se garder de répandre sans motif le sang des êtres animés et de tuer leurs semblables, qui sont à l'image de Dieu. L'alliance conclue avec Abraham, telle qu'elle est décrite au chapitre xvii de la Genèse, a été inconditionnelle. Abraham a reçu la bénédiction divine assortie d'une double promesse : il allait devenir le père de nombreuses nations et sa descendance devait posséder pour toujours la terre de Canaan. Le sceau de cet accord, le « signe de l'alliance », était l'obligation de faire circoncire tous les mâles à l'âge de huit jours, les incirconcis devant être rejetés de la communauté comme violateurs d'un contrat. Aux termes de l'alliance conclue avec David, au ~ xe siècle, Dieu promettait de faire durer éternellement le royaume davidique. Quand la dynastie issue de ce roi fut détruite au ~ vie siècle, ce fut la promesse d'un Messie fils de David (jouant le rôle du Rédempteur) qui maintint vivante l'idée de cet engagement pris par Dieu.

La plus caractéristique des « alliances » de l'Ancien Testament fut celle que Dieu octroya à Israël par l'intermédiaire de Moïse, au ~ xiiie siècle, sur le mont Sinaï (Ex., xx), et qui contient les lois apodictiques connues sous le nom de Décalogue (ou Dix Commandements). Dans cet accord, Yahvé s'affirme comme la partie octroyante et comme le libérateur d'Israël, asservi par les Égyptiens. Le peuple a le choix : ou bien il reconnaît son Dieu et lui obéit, ou bien il le rejette et lui refuse l'obéissance — dans ce cas, le lien contractuel est brisé.

L'idée d'une nouvelle alliance — celle en particulier que suggérait le prophète Jérémie quand il préconisait les accords conclus dans le cœur des hommes de préférence aux lois gravées sur la pierre — a été réinterprétée par les écrivains du Nouveau Testament. Pour eux, en effet, cette nouvelle alliance a été conclue par Jésus à la dernière Cène, avant sa mise en croix et sa résurrection. Les fidèles du Christ se considèrent ainsi comme le nouveau peuple de la Promesse, le Nouvel Israël.

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Pour citer l’article

Jacques PONS, « ALLIANCE, histoire biblique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alliance-histoire-biblique/