HAYDN JOSEPH

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Un cheminement tenace

Musique instrumentale

C'est dans les quatuors et les symphonies qu'on peut suivre le mieux l'évolution de la pensée de Haydn. Dans ses premières symphonies, il utilise des éléments empruntés aux formes de la musique baroque : opposition d'un petit groupe concertant et de l'ensemble de l'orchestre rappelant le concerto grosso, mouvements simples en forme de danses évoquant le divertissement, introduction lente avant le mouvement principal vif, selon le modèle de la sonate d'église ; cette dernière particularité se retrouvera, avec une singulière force expressive, dans plusieurs des dernières symphonies. Très rapidement, Haydn adopte la division en quatre mouvements qu'il gardera presque constamment : allegro, andante, menuet et allegro ou presto.

À partir de 1768, son style symphonique prend peu à peu un tour nouveau, à tel point que ses commentateurs parleront de « crise romantique ». Une expressivité beaucoup plus forte est soulignée par des modulations rapides et inattendues, qui éclairent thèmes et motifs de jours différents, par une couleur harmonique qui recourt fréquemment au mode mineur, associé aux effets dramatiques ; les contrastes se multiplient entre les mouvements, entre les thèmes, entre les parties d'un même thème, dans une écriture où alternent les éléments horizontaux (lignes mélodiques, motifs combinés avec des imitations), la verticalité de grands accords abrupts, et la combinaison de ces deux éléments. Dans le domaine de la forme, des innovations montrent le goût de Haydn pour l'asymétrie : finales interrompus par des retours fugitifs de fragments des mouvements précédents, réexposition du thème échappant à la répétition textuelle en tenant compte des éléments du développement ; les mouvements lents, qui utilisent souvent les cordes avec sourdine, prennent la forme sonate, lied, ou thème et variations enchaînées.

On s'est beaucoup interrogé sur les raisons du retour de Haydn à un style moins singulier ; ses innovations avaient-elles fini par déplaire à son « patron » ? La pause de dix années dans l'évolution de son style symphonique n'est qu'une interruption ; les dernières symphonies composées à Eszterháza, et les douze « londoniennes », sont l'aboutissement de cette évolution. L'orchestration y souligne la construction avec une diversité et une force accrues. Les silences qui coupent le discours musical en accentuent l'expression ; parfois utilisés comme ellipses, ils peuvent remplacer un accord, un motif, un refrain, que l'auditeur doit reconstituer. On trouve là, à l'échelle de l'orchestre, la volonté de construction et la maîtrise d'écriture des quatuors.

Parallèlement à son activité de symphoniste, Haydn a composé une œuvre considérable de musique de chambre : sonates pour piano, trios, œuvres avec baryton, et surtout quatuors à cordes. Nul doute que ses symphonies aient bénéficié du remarquable travail thématique accompli dans les quatuors. Il semble que Haydn y ait eu le souci constant de rattacher ce que l'oreille perçoit à ce qu'elle a déjà perçu. Le développement thématique se fait par transformation et enrichissements successifs des motifs initiaux : mutations mélodiques (amplification des intervalles, renversement), et mutations rythmiques (étalement, contraction, variation dans les durées). Le monothématisme y est fréquent. Les motifs secondaires, qui apparaissent généralement dans l'exposition, entre la première et la seconde idée, jouent un rôle très important dans le développement, où ils se prêtent à d'habiles jeux contrapuntiques. L'organisation thématique à la fois si rigoureuse et si inventive des quatuors est souvent apparentée au style fugué ; quelques mouvements d'ailleurs prendront la forme de la fugue. C'est peut-être dans les quatuors que le travail de synthèse de Haydn est le plus apparent : en utilisant avec originalité les formes déjà existantes, il crée une unité nouvelle et trouve un équilibre particulièrement heureux entre la construction et l'expression.

Musique vocale

La production théâtrale de Haydn comprend d'abord des opéras bouffes, tel Lo Speziale (1768), où le sens de l'humour du compositeur se donne libre cours dans des airs d'une spirituelle vivacité, et des opéras sérieux, tels Acide e Galatea (1762), Orfeo ed Euridice (1791), Armida (1783). Puis Haydn réussit à unir ces deux styles dans L'Infedeltà delusa (1773), et surtout dans La Vera Costanza (1779), dont les p [...]

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  • : compositeur, fondatrice et directrice artistique de l'Association pour la collaboration des interprètes et compositeurs

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Pour citer l’article

Nicole LACHARTRE, « HAYDN JOSEPH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-haydn/