SOTO JESÚS RAFAEL (1923-2005)

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Jesús Rafael Soto était l'un des plus grands représentants de l'art cinétique ; il est décédé à son domicile parisien, le 14 janvier 2005, dans la ville où il avait décidé, bien longtemps auparavant, d'aller chercher, comme d'autres artistes sud-américains, la reconnaissance.

Né à Ciudad Bolivar au Venezuela en 1923, Soto arrive à Paris dès 1950, pour s'y confronter à ce qui lui apparaissait alors comme à la pointe de la recherche en matière de peinture : l'abstraction géométrique. S'appuyant sur une conscience historique remarquable, il rejette la plus grande part de l'abstraction existante et décide de reprendre le problème à sa source : à Malévitch et à Mondrian. Avec un premier groupe d'œuvres réalisé de 1951 à 1953, Soto fait éclater la forme compositionnelle classique léguée par le maître du néo-plasticisme, pour lui substituer de simples structures all-over (c'est-à-dire remplissant toute la surface de manière indifférenciée), fondées sur la répétition et la progression d'éléments identiques – points, carrés, lignes et trames –, qui traversent de part en part le champ pictural et, déjà, le font vibrer. Dans Répétition et progression (1951, Fundación Museo de Arte moderno Jesús Soto, Ciudad Bolivar), la surface tressautante donne l'illusion de ne plus adhérer à son support, mais de surgir vers l'œil du spectateur.

Ce qui pouvait paraître comme l'aveu d'une sorte d'échec – l'impossibilité d'ancrer quoi que ce soit de stable et de durable sur la toile – devait en fait servir les intentions de Soto. En 1953, il met au point un procédé de dédoublement du plan du tableau par la disposition, en avant de ce dernier, d'un second panneau, transparent, en Rhodoïd ou en Plexiglas (Métamorphose, 1954, Fundación Museo de Arte moderno Jesús Soto, Ciudad Bolivar). Entre les deux se jouent des effets d'ombres portées, de superpositions, de décalages et d'interférences ; le spectateur découvre alors les surprenants effets d'un champ lumineux instable, dont l'intensité fluctue avec ses déplacements et son angle de vision. Les premières œuvres réalisées à partir de ce principe seront montrées à l'exposition Le Mouvement, qui se tient à la galerie Denise René à Paris en avril 1955, puis l'année suivante, dans le même lieu, à l'occasion de la première exposition personnelle de l'artiste. Vibration, saccade optique et effets moirés constituent désormais les effets les mieux maîtrisés de Soto et bientôt il trouve, avec Carrés concentriques et Vibration horizontale-verticale (1958), le moyen définitif de les produire. Il resserre en effet le rythme des rayures des panneaux destinés à servir de fond, les réduit à des plages de fines lignes presque imperceptibles, mais investies du pouvoir décuplé de faire éclater en vibration lumineuse la structure géométrique qui s'y confronte. Soto établit ainsi la note fondamentale de l'ensemble de son œuvre, qu'aucune des évolutions ultérieures de son art ne remettra en cause.

Confiant en sa méthode, il l'expérimente aussi sur tout objet que le hasard place sur son chemin, et vérifie, dans des œuvres qui le rapprochent de ses amis les nouveaux réalistes (Tinguely, Spoerri), qu'aucun solide n'est capable de résister au pouvoir destructeur de ses fonds rayés. Amas de fil de fer, assemblage de pièces métalliques usagées, matériaux organiques : toute matière est irrémédiablement attaquée, corrodée, dévorée par la vibration lumineuse. Soto maîtrise des effets optiquement de plus en plus violents, et oblige la forme à laisser le champ libre à des tourbillons de lumière vibrante. Dans les années 1960, le geste souple de ses Écritures en fil de fer se dissout dans le frémissement lumineux, tandis que les cascades de tiges métalliques des Vibrations horizontales émettent des bouffées d'énergie au rythme de leurs molles oscillations. Au début des années 1970, les T disposés en trames all-over lancent des éclairs stroboscopiques en direction de l'observateur. Dix ans après, les carrés multicolores de la série des Ambivalences l'entraînent dans une danse saccadée qui actualise les potentialités dynamiques du dernier Mondrian, celui des Boogie-Woogie (1944). D'une série à l'autre, la vibration est ce qui permet à l'artiste de contrer l'apparition de toute forme pérenne à la surface de l'œuvre, et de substituer à l'ancienne conception du tableau, comme composition interne d'éléments statiques, celle d'un champ d'énergie activé par la couleur et la lumière irradiantes.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Grenoble-II-Pierre-Mendès-France

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Pour citer l’article

Arnauld PIERRE, « SOTO JESÚS RAFAEL - (1923-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jesus-rafael-soto/